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Aménager l’espace haïtien

mercredi 19 novembre 2008 par Erich Jean René

Aménager l’espace haïtien - Par : Jean Erich René

En cette période particulièrement troublée de l’histoire nationale, nous
vivons des heures enténébrées par des événements malheureux qui nous
frappent coup sur coup tout en nous inspirant un sentiment de découragement
et d’abandon. Nous ne sommes pas victimes de la fatalité mais de notre
insouciance et de la faiblesse de notre système de gestion. La complexité
et la gravité de la détérioration de l’espace haïtien exigent à son chevet
toute une gamme de techniciens : géographes, urbanistes, économistes,
photo-interprétateurs, sitologues, paysagistes, agronomes, ingénieurs etc.
Ils doivent saisir sur le vif les données de la problématique inhérente aux
difficultés géo-économiques du territoire national. Le mode de vie est
étroitement lié aux opportunités qu’offre le milieu ambiant. Toute
modification de l’écosystème a des retombées directes sur les éléments de
l’environnement en général, y compris l’homme en particulier.

Nous devons tous prendre conscience du danger de la désertification du
Tiers occidental de l’Île d’Haïti que nous gérons en maître depuis 1804.
Point n’est besoin de chercher des boucs émissaires en remontant jusqu’aux
Duvalier qu’on accuse gratuitement puisqu’ils ne sont plus au pouvoir.
Faisons plutôt appel au bon sens pour restaurer de manière intelligente
notre espace vital détruit à cause de notre comportement anarchique. Il n’y
a pas de nation sans territoire. L’année 2008 nous a été particulièrement
fatale avec ses multiples cyclones, le débordement de nos lacs, le
déchaînement de nos rivières et les effondrements mortels de certaines
écoles. Les forces de la nature semblent se liguer contre nous en
fragilisant notre environnement. Si nous voulons compter encore comme
Nation du Monde, c’est à nous et à nous seuls d’assurer notre survie en
arrêtant des mesures adéquates pour conjurer le mal. Coqs et pintades sont
tous victimes.

Une analyse fine de la problématique de l’environnement haïtien met à
l’index la surpopulation comme la cause causante. En effet durant ces deux
dernières décennies on observe une explosion démographique et un mouvement
migratoire intense de la campagne vers la ville et des centres urbains vers
la Capitale. Il en résulte donc un déficit de la production agricole et une
augmentation de la consommation qu’on doit compenser par l’importation. Il
s’en suit un déséquilibre de la balance commerciale diagnostiquée par la
décote de la gourde. Haïti n’est pas le premier pays du monde à subir les
méfaits d’une surpopulation et des déplacements intempestifs de sa
population. L’histoire rapporte que la Grèce Antique confrontait un
problème grave de surpopulation. Pour relever ce défi un noyau de gens
s’était déplacé pour constituer d’autres villes initialement appelées
colonies grecques. En Amérique : New York, la Nouvelle Orléans, Montréal ,
Québec etc. sont autant de nouveaux Centres Métropolitains créés sous
l’intense pression de la population grandissante. En France, Marseille est
un exemple typique d’une ville portuaire formée par une agglomération
d’immigrants.

Dans l’espace géographique haïtien la particularité la plus frappante,
c’est l’étalement de nos villes sur le littoral et à proximité d’une
rivière ou cours d’eau. Le choix de cet emplacement s’explique surtout par
la nécessité d’approvisionnement en produits de premières nécessités et le
besoin urgent de l’eau pour la boisson, la lessive, le transport fluvial
avec les pipirites etc. Les données empiriques nous enseignent que nos
marchés se situent sur les berges de nous rivières, à leurs embouchures ou
à proximité. Toute étude de faisabilité entreprise en vue de
décongestionner Port-au-Prince et nos villes de province doit tenir compte
de ces deux caractéristiques pour la création de nouvelles agglomérations.
Un urbanisme ouvert, grâce à la percée de nouvelles voies, assurera les
relations interurbaines.

L’implantation de nouvelles structures urbaines, par sa rigueur, exige le
tracé d’un nouveau cadastre. La photographie aérienne ou mieux encore les
données landsat sont les plus évidentes pour concilier sans heurt les
nouvelles perspectives avec les données traditionnelles. Les espaces
publiques tels que : marché, place, terrain de sport, école dispensaire,
hôpital, poste de police, magasins etc. constituent un noyau indispensable
à l’implantation de nouvelles structures citadines pour les raisons
suivantes :

a) Marché public ; nécessité d’alimentation et de commercialisation.
b) Place publique : lieu de rencontre pour les manifestations sociales
c) Terrain de sport : besoin d’épanouissent des résidents
d) Dispensaire et hôpital : premiers soins et soins de santé
e) Poste de police : besoin de sécurité

Dans l’acceptation géographique du terme, une nouvelle dynamique
d’aménagement du territoire national s’impose et s’avère même urgente. Dans
la conception moderne de nos villes et villages, l’Église ne représente
plus l’épicentre. Ce rôle est plutôt dévolu au Centre d’achat et aux
Bureaux de l’Administration Publique. La croissance continue et
irréversible des populations de Port-au-Prince et de nos villes de Province
augmente la densité par mètre carré avec des conséquences funestes pour la
salubrité et la sécurité sociale. Les résidents vivent dans des conditions
exécrables, c’est à dire des réduits et des cloaques accrochés au bord des
ravins ou suspendus sur des pilotis sur des terrains marécageux du bord de
la mer les exposant à toutes sortes d’intempéries. D’où les accidents
regrettables et les pertes en vie humaine enregistrés lors des cyclones.
Nous applaudissons les efforts déployés dans le passé par les Gouvernements
de Élie Lescot, Dumarsais Estimé, Magloire, Duvalier Père et Fils pour
construire des logements sociaux au bénéfice des masses défavorisées.

S’il faut tirer une leçon des initiatives de nos prédécesseurs la palme
revient au Gouvernement de Paul Eugène Magloire qui a vraiment manifesté le
souci de loger dignement la population. La Cité militaire, la Première et
la Deuxième Cité etc. sont des structures qui s’intègrent sans heurt et
sans aucune discrimination dans nos parcs de logement. Tandis que les
autres Cités plutôt dressées sur des sites inappropriés sont de véritables
témoins de la misère, de la pauvreté et par surcroît, le repaire des
malfrats. Les reconstructions de Belladère et de Cabaret respectivement par
Estimé et Duvalier sont des éléphants blancs. En effet, les emplacements
ont été mal choisis et les éléments d’avant-garde devant faciliter le
déplacement de la population vers ces nouveaux centres urbains n’étaient
pas pris en compte dans la planification.

En dépit des erreurs commises, ces pionniers ont droit à nos respects et à
nos considérations. On dira qu’ils ont échoué mais ils ont tout de même
osé. Depuis près de 20 ans on ne perçoit aucune velléité de construction de
logements à bon marché au profit des défavorisés. Nos contemporains ne s’en
soucient guère. La masse livrée à elle-même se démène pour aménager sa
couche lavalassement. A ce compte nous adressons nos hommages publics aux
professeurs Hubert Deronceray et Leslie François Manigat qui sont les seuls
à inclure dans leurs programmes politiques respectivement deux structures
parallèles mais congruentes et appropriées : l’UTD et l’UTA. En effet, pour
assurer la prise en charge globale des problèmes relatifs à la croissance
de la population tels que éducation, santé, environnement etc. le Leader du
GFCD ou GRAND FRONT DE CENTRE DROIT prévoit la mise en place d’une Unité
Tactique de Développement (UTD) dans chaque département géographique.
Aussi nous confesse-t-il : « Chaque Village UTD comprend le bureau du
CASEC et au minimum une école, un dispensaire, une église, une banque, une
place publique, une salle de spectacle, un terrain de jeu, un marché, une
piste d’atterrissage pour hélicoptère ou avion léger, un cimetière, etc.
L’UTD devient finalement un établissement public, un cadre social endogène
vecteur de décentralisation, de déconcentration, de participation pour la
croissance de la production nationale. »

La congestion apparente de la Capitale et de nos villes secondaires est
principalement due à une utilisation inadéquate de l’espace urbain. La
faute revient au mode de lotissement basé sur le modèle seigneurial que
nous héritons des Colons français. Les rues sont très distantes bordées de
maisons rectangulaires. Elles sont plutôt oblongues avec le plus côté
tourné vers la rue. Le souci des Français c’était de permettre d’avoir plus
de pignons sur rue. Une longue cour inutilisée au 2/3 les sépare. Une vue
aérienne nous montre aussi bien qu’à Jérémie, aux Cayes qu’à
Port-au-Prince, aux Gonaïves et à Port de Paix, que dans un pâté de maisons
il existe un vide capable de recevoir deux autres rangées une rue
transversale ou de préférence en cul-de-sac. Le problème ne se pose pas
pour le Cap Haïtien bâti sur le modèle anglais. Les rues sont par contre
plus rapprochées.

Avant de penser à la création de nouvelles villes, l’implantation de Town
House(anglais), dans les espaces vacants grâce à de nouvelles percées de
route est une perspective enrichissante. D’autant plus qu’elle contribuera
à effacer ces ghettos qui ordinairement s’y développent. Ces baraquements
s’observent au Bel Air, les rues de la Réunion, Mgr Guilloux, Grand Rue,
Solino, St martin etc. sans compter nos villes de province. Ces favelas
portent les noms les plus grotesques : corridor Fourmi, corridor punaise,
corridor Bourrique, la Cour Bréya, la Cour Mouzin, Nan Coton, Nan Savann,
Cité Carton, Cité Chany etc. Ce sont de véritables casernements, difficiles
d’accès en période de crise même par les Forces de l’Ordre.

L’implantation d’appartements de 3 à 4 étages bien proprets pourvus de
structures sanitaires avec adduction d’eau potable, suite à une utilisation
rationnelle de nos interstices urbains, augmentera notre parc de logement
presque de moitié tout en effaçant ces verrues qui offrent un spectacle
désagréable à la vue. Nous appuyons sans aucun fard la thèse du Président
René Préval de destruction de ces bidonvilles qui pour la plupart sont de
véritables camps de retranchement de voleurs aguerris parce
qu’inexpugnables. Cependant la destruction doit être progressive et
substituable. Nous entendons par là qu’on doit commencer par construire
d’abord certaines maisons au profit des ménages avant de détruire
progressivement leurs habitats. Nous nous inspirons de la méthodologie du
Gouvernement de Jean Claude Duvalier à Raboteau aux Gonaïves en 1984. Il
est malsain et irresponsable de laisser un pays se développer dans des
conditions aussi anarchiques que misérables. Les marchés publics, les
garages etc. s’installent n’importe où. Il faut réaménager l’espace haïtien.








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