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Haïti au coeur d’une bataille canado-canadienne

dimanche 6 janvier 2013 par Administrator

Un changement de gouvernement au Canada et voilà que nos relations avec le Canada s’en trouvent changées. Après les touristes, c’est l’aide qui risque de disparaître. Combien sont-ils ces touristes canadiens ? A qui et à quoi sert-elle l’aide canadienne ? Quels changements sont en cours dans la politique de coopération canadienne ?

En moins de quatre jours le Canada a sorti la grosse artillerie. Haïti a été la cible de deux mesures. L’une tout aussi mortelle que l’autre. Un rafraîchissement des consignes de prudence aux éventuels voyageurs canadiens souhaitant visiter Haïti et l’annonce du gel de la coopération avec Haïti.

Pour les conseils de prudence, vous vous direz que ce n’est pas nouveau, qu’un pays a le devoir de prévenir ses ressortissants qu’il y a danger à s’aventurer dans certains quartiers. C’est vrai.

En fait, les relations touristiques canado-haïtiennes sont réduites au strict minimum. Les Canadiens qui fréquentent Haïti sont avant tout des Haïtiens. Ils ont la résidence ou le passeport canadien, mais l’âme haïtienne. Les pures laines ont des attaches haïtiennes ou font des affaires avec Haïti. Comme pour les premiers, les visites sont des obligations plus que des séjours touristiques.

Reste les vrais touristes. Ceux qui aiment l’aventure. Ils ne sont pas nombreux. Même le prochain programme de séjour d’Air Transat ne vise qu’une petite centaine de clients par mois dans les premiers vols.
Mais il n’en demeure pas moins que le rappel des mesures de prudence tombe comme un coup de massue alors que le groupe canadien Transat vient d’annoncer la reprise, modeste mais prometteuse, de ses forfaits touristiques à destination d’Haïti.

C’est comme donner d’une main et reprendre de l’autre. A ce jeu, les Canadiens sont forts. Ils nous font le coup à chaque fois et dans tous les dossiers.

Prenons l’immigration. Ils nous ravissent les cadres les mieux formés. Les diplômés. Ceux qui devraient être la relève. Depuis les années 60, profitant, il est vrai, de nos désordres et de nos incohérences, nos professeurs et scientifiques désertent nos écoles pour peupler leur hiver.

Aujourd’hui encore, le Canada pêche dans nos cerveaux. Secrétaires, ingénieurs, infirmières, gestionnaires, banquiers, tout diplômé est éligible, après un parcours du combattant pour sélectionner les meilleurs, à établir résidence dans ce beau pays. Pour ne pas vous laisser tenter à transférer vos économies en Haïti, toute la famille part d’un coup.

Ce sont nos arbres et leurs racines que le pays de l’érable nous prend. Il participe au dépeuplement systématique de nos ressources humaines.
Le Canada est aussi l’un des champions de la coopération internationale… tout inclus. L’aide vous est fournie avec les experts et les compagnies autorisées à dépenser l’argent.

« Le Canada est le parfait exemple de l’aide au pays donateur », ironise un haut responsable du ministère de la Planification et de la Coopération externe.

« On peut compter sur les doigts d’une main les projets financés par la coopération canadienne qui sont pilotés par les Haïtiens », jure-t-il. « Dans la même main vous trouverez de la place pour les gros projets issus de l’aide canadienne ».

Alors quand le ministre Julian Fantino a annoncé dans la presse de son pays que la coopération avec Haïti allait être mise sur la glace cela a pris tout le monde par surprise. La ministre de l’Economie et des Finances, Marie Carmelle Jean-Marie, tout comme le ministre des Affaires Etrangères, Pierre-Richard Casimir, concernés au premier chef, l’ont appris dans la presse et ne pouvaient en expliquer les raisons ce vendredi.

Pour le cadre du ministère de la Planification, libre de ses propos car parlant sous le couvert de l’anonymat, le gel de la coopération canadienne est une bonne chose. « Cela arrive au bon moment. »

« Depuis des et des années, une petite mafia canadienne fait la pluie et le beau temps en Haïti, au nom d’Haïti, avec l’argent du Canada. Ils savent avant nous les financements disponibles et les ficelles à tirer pour dénouer les cordons de la bourse. Ils sucent le lait à la mamelle. Rien ou presque ne reste pour le gouvernement d’Haïti. Si l’ancien flic qu’est le ministre Fantino mène bien son enquête, il verra que nous ne sommes coupables de rien. Cependant, je doute fort qu’il puisse ou veuille sévir contre ses compatriotes ».

Que peut faire Haïti sinon espérer que de la guerre canado-canadienne qui se livre sortira une vraie évaluation des politiques de coopération entre les deux pays et une redéfinition des relations.

« Vous pouvez rêver. Ils vont s’entendre et se repartir le gâteau. La coopération canadienne ne sert que les Canadiens. Ceux du Québec, ceux d’Ottawa et ceux d’ici ».

Blasé et amer, Monsieur le fonctionnaire ?

« Non. Je parle d’expérience », a-t-il jeté dans un sourire désabusé.

Michaël Jean réagit

En entrevue avec La Presse canadienne, vendredi, l’envoyée extraordinaire pour l’Unesco en Haïti s’inquiète des conséquences de cette décision. Elle espère que ces fonds seront gelés le temps de penser à une nouvelle approche.

Elle reconnaît que les pays donateurs doivent repenser à la manière de distribuer l’argent en Haïti afin d’assurer le succès du processus de reconstruction à long terme.

Mme Jean aimerait que des pays comme le Canada continuent d’aider Haïti à renforcer son gouvernement affaibli qui a perdu près de 30 pour cent de ses fonctionnaires et tous ses bâtiments sauf un, lors du tremblement de terre de janvier 2010.

Dans son édition de vendredi, le quotidien La Presse rapportait que le ministre de la Coopération internationale, Julian Fantino, se disait déçu de l’absence de progrès en Haïti au cours de sa visite dans le pays au mois de novembre.

M. Fantino a également comparé le mauvais état d’Haïti aux meilleures conditions qui règnent en République dominicaine, son pays voisin sur l’île d’Hispaniola.

Il a fait remarquer que les rues étaient envahies de déchets lors de sa récente visite. Il se demande comment un pays qui compte autant de chômeurs n’a toujours pas trouvé le moyen d’instaurer un système de collecte d’ordures.

Mme Jean soutient qu’il est très blessant pour les Haïtiens d’entendre des commentaires comme ceux-ci sur la condition de leur pays.
Depuis 2006, le Canada a versé environ un milliard de dollars pour le développement en Haïti, ce qui en fait un des pays donateurs les plus généreux.

La nouvelle philosophie de l’aide canadienne

Le ministre de la Coopération internationale, Julian Fantino, se défend de vouloir lier l’aide internationale aux objectifs de libre-échange du Canada. Mais en même temps, dit-il, les Canadiens sont en droit de s’attendre à ce que leur gouvernement recherche des occasions où « tout le monde ressort gagnant », rapporte le quotidien montréalais La Presse.

Le ministre a donné quelques détails sur ses intentions quant au virage d’« efficacité » de l’aide internationale qu’il a confirmé il y a quelques semaines. La « responsabilité », l’« efficacité » et la « vision d’entreprise » évoquées par l’ancien chef de police passent entre autres par des partenariats avec des sociétés privées ou des organismes de charité comme la Fondation Bill&Melinda Gates, a-t-il précisé.

Elle passe aussi par la sélection attentive de pays qui bénéficieront de la générosité canadienne : « Nous allons travailler avec des pays qui, certainement, aspirent à la démocratie, respectent les droits de la personne, l’État de droit en place... »

Les exemples de partenariats possibles fournis dans un récent rapport d’un comité parlementaire (où les conservateurs sont majoritaires) incluent les secteurs de la microfinance, de l’aide à l’envoi de fonds par les diasporas ou de PPP avec des sociétés minières pour la formation de la main-d’oeuvre. Ce dernier type de partenariat fait déjà l’objet de trois projets-pilotes fort controversés à l’ACDI.

Le politicien s’indigne devant les critiques de ses détracteurs. « Nous ne finançons pas les compagnies minières. Ç’a été dit et c’est complètement faux », a-t-il précisé. Il a ensuite lancé : « Nous ne sommes pas une oeuvre de charité. Et s’il y en a qui croient qu’on l’est, on ne le sera plus à l’avenir. »
De lui-même, Julian Fantino évoque la possibilité de coupes éventuelles dans certains programmes - sans donner plus de détails. « Un programme a une date de début et une date de fin, dit-il. Et si on ne reçoit pas les bons résultats, ou les résultats anticipés, nous faisons des ajustements. »

L’opposition canadienne s’en mêle

Sur le site de Radio-Canada, Hélène Laverdière, députée néodémocrate de Laurier-Sainte-Marie et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’Affaires étrangères, dénonce le gel des fonds canadiens destinés aux nouveaux projets en Haïti, annoncé par le ministre de la Coopération internationale, Julian Fantino, dans une entrevue à La Presse. Elle illustre le manque de compréhension du dossier haïtien par le gouvernement conservateur en rapportant les propos de M. Fantino, qui a reproché aux Haïtiens de ne pas ramasser leurs ordures.

« Ce sont des gens qui se lèvent le matin en ne sachant pas s’ils vont manger », explique Mme Laverdière en entrevue au Réseau de l’information (RDI), expliquant que le ramassage des ordures ne constitue pas leur premier souci.

M. Fantino estime que le gouvernement doit revoir son approche de l’aide internationale afin de permettre aux Haïtiens « de se prendre en main ».

Un travail de longue haleine

La députée de Laurier-Sainte-Marie convient qu’il y a de nombreux problèmes et défis en Haïti. « Mais, c’est justement ce pour quoi il faut être là », poursuit-elle.

Elle mentionne que le Canada a une expertise en Haïti, grâce à plusieurs années de présence du gouvernement et des organismes de la société civile dans ce pays.

Le directeur scientifique de l’Observatoire canadien des crises et de l’aide humanitaire, François Audet, convient que la reconstruction d’Haïti prend plus de temps que prévu, mais il l’explique par les déficiences des infrastructures, de la logistique et de la gouvernance du pays. « Les capacités locales sont extrêmement limitées sur place, explique-t-il. Il faut reconstruire l’État haïtien à la base. »

La reconstruction d’Haïti ne se fera pas en trois ou cinq ans, poursuit-il. « Ça se fait en dedans d’une génération ! Il faut partir de l’école et construire la société civile pour arriver dans 10 ou 20 ans. Et, d’arrêter en plein milieu, surtout par rapport au rôle que le Canada joue en Haïti, c’est à la fois surprenant et même un peu décevant. »

M. Audet souligne que le pays part de très loin. « Avant même le tremblement de terre, l’État haïtien avait déjà énormément de problèmes. Des problèmes d’infrastructures, de gouvernance, des problèmes de capacités locales. »

Mme Laverdière dénonce, de son côté, l’approche commerciale du gouvernement conservateur qui va, selon elle, à l’encontre du mandat de l’ACDI qui est de lutter contre la pauvreté. « En fait, ça ne devient presque plus de l’aide au développement, ça devient de la promotion des intérêts commerciaux du Canada. »

La responsabilité des donateurs

M. Audet admet qu’on puisse remettre en question l’efficacité de l’aide canadienne en Haïti, mais il précise qu’il ne faut pas l’interrompre pour autant. Un retrait de l’aide canadienne pourrait entraîner le désengagement des États-Unis, de la France et même de l’ONU, selon lui.

Il prône plutôt la patience envers Haïti et estime que les pays donateurs ont également une part de responsabilités dans les difficultés rencontrées par ce pays. « Ça fait près d’un demi-siècle que l’État haïtien est sous tutelle de gouvernements donateurs », soutient-il en mentionnant également la surabondance d’organismes non gouvernementaux sur le sol haïtien.

Il estime que les pays donateurs devraient s’interroger sur l’efficacité de leur intervention plutôt que de rejeter le blâme uniquement sur le dos des Haïtiens.

Quant à Mme Laverdière, elle croit que la principale conséquence du désengagement canadien en Haïti se fera sentir lors de la prochaine crise dans ce pays. Si Haïti ne parvient pas à se relever, il se retrouvera de nouveau à la merci de l’aide internationale, un cercle vicieux qui n’avantagerait pas le Canada, croit-elle.

Frantz Duval avec La Presse, Presse Canadienne et Radio-Canada








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