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Imbroglio politique - Par : Jean Erich René

dimanche 7 juin 2009 par Erich Jean René

Imbroglio politique - Par : Jean Erich René

USA. 7 Juin 2009

La confusion qui règne actuellement sur la scène politique haïtienne défie
toute analyse. Le hic vient du fait que tout se passe dans l’informel. Donc
il n’est pas possible pour les spectateurs distants de deviner ce qui se
passe derrière les coulisses. À moins que l’on détienne des informations
privilégiées. Toutefois le positionnement des acteurs laisse paraitre en
filigrane le nœud de l’intrigue. Qu’on le veuille ou non, il est un fait
certain que le pouvoir en Haïti n’est plus le monopole du Chef de l’État
conjointement avec le Législatif. Le partenariat signé entre le président
René Préval et l’ONU, l’accueil de la nomination de Bill Clinton comme
envoyé spécial, par les deux têtes de l’Exécutif sont des signes tangibles
et presqu’irréversibles d’une nouvelle donne politique.

Tout passe comme une lettre à la poste, sans même soulever la suspicion de
nos leaders politiques ni la moindre réaction de nos parlementaires.
Pourtant la Constitution accorde à l’Assemblée Nationale le pouvoir de
statuer sur certaines propositions de l’Exécutif.

ARTICLE 98.3 :
Les attributions sont :
1) de recevoir le serment constitutionnel du Président de la République ;
2) de ratifier toute décision, de déclarer la guerre quand toutes les
tentatives de conciliation ont échoué ;
3) d’approuver ou de rejeter les traités et conventions internationales etc.

La stature politique internationale de Bill Clinton, sa prétendue
popularité en Haïti vantée publiquement dans une émission d’une chaine de
télévision très écoutée comme CNN, font de lui l’étoile du jour. En effet,
lorsqu’on sait que sa voiture blindée a touché le sol national, que son
carré est en voie d’aménagement et qu’il dispose de 324 millions de dollars
pour mettre les structures préalables à l’installation des zones franches
en Haïti, on peut s’imaginer sa force de frappe. Il n’y a pas longtemps,
dans la même veine, le Gouvernement Préval Pierre Louis avait sollicité un
prêt qui ne lui a pas été accordé.

Qu’on ne se méprenne pas, l’objectif de la Nouvelle Administration
Américaine est clair : barrer la route aux boat people haïtiens et de la
Caraïbe. Dans son discours du 18 mai 2009, unique dans les annales de la
diplomatie américaine, le Président Barack Hussein Obama a exprimé son
soutien au Peuple haïtien. Cependant il n’a pris aucune décision en faveur
des sans-papier haïtiens. La marche colossale organisée cette semaine, par
nos compatriotes à Washington, en faveur du TPS ou Statut de Protection
Temporaire apportera-t-elle ses fruits ? La récession économique et
l’effondrement du marché immobilier de l’État de la Floride contrarient
l’accueil de nouveaux contingents d’Haïtiens qui viennent grossir la bande
des assistés sociaux.

Existe-t-il en Haïti, un homme, un Parti politique ou un représentant de
l’Exécutif, par défaut un membre du Législatif, motivé par le drame social
haïtien dont l’ampleur et la gravité augmentent de jour en jour ? Haïti est
un pays en pleine dérive c’est-à-dire nous voguons au gré du hasard des
événements, en allant de Charybde en Scylla. Les revendications des
étudiants de la Faculté de Médecine en grève depuis plus d’un mois, n’ont
pas été satisfaites. Personne n’a le mot juste ou du moins qui apaise. Le
Grand Rassemblement des Étudiants Haïtiens a relayé la revendication
populaire en réclamant l’augmentation du salaire minimum. Il s’agit d’un
épouvantail agité pour renverser René Préval. Le cri « NOU FOUT BOUKE »
des grévistes exprime des revendications latentes et extra estudiantines.
La main de Jean Bertrand Aristide est perçue dans ce brassage. Aujourd’hui
on est arrivé au stade de la confrontation qui ordinairement précède la
chute de tout Gouvernement haïtien.

Sommes-nous en train de revivre le drame de 1986, monté de toutes pièces
par les prélats de l’Église catholique ? Le slogan : LEGLIZ SE NOU, NOU SE
LEGLIZ a éclaté notre société en transformant Haïti en une véritable
jungle. Sommes-nous en train de rééditer le soulèvement de 2004, orchestré
par le Groupe des 184 qui en bout de ligne a atterri avec un congé fiscal
de 3 ans en abandonnant les GNBistes ? Pourquoi devons-nous répéter, à
chaque fois, les mêmes erreurs. Tout mal, si bénin soit-il, qui n’est pas
traité finalement devient agonisant. Il n’est pas superflu de rappeler que
dans les annales de la médecine qu’avant la découverte de la pénicilline
l’eczéma était mortel. Le coup de poker de Boulos, en répondant aux
revendications ouvrières de 200 gourdes par jour, met à nu la mauvaise foi
du Patronat, tout en ridiculisant la proposition de 150 gourdes de Préval.

A la fin de l’année académique il est inconcevable de prolonger la grève
des étudiants. Nous sommes à la période des examens qui doivent cautionner
les diplômes ou le passage à un échelon supérieur. Quelle que soit la
revendication, en abordant un deuxième mois de grève, les épreuves sont
sujettes à caution. La neutralisation n’est pas une solution mais une
triste capitulation qui va renforcer la médiocrité de nos diplômés. Déjà
ils sont conscients de leurs mauvaises préparations à cause d’un syllabus
rabâché suite à une carence de professeurs qualifiés. Les revendications
des étudiants sont justes. Le rectorat appuie le décanat mais la question
n’est pas encore réglée. La machine universitaire est bloquée. Quelles sont
les alternatives ?

Outre le caractère académique de la grève il convient aussi de mentionner
la décrépitude du tissu social haïtien. 300 étudiants approximativement
vivent dans les locaux de leurs Facultés respectives, nullement aménagés
comme résidence. Autrefois il y avait la maison des étudiants à la Rue
Magloire Ambroise. A la Fleur du Chêne le Père Rodrigue Auguste tenait une
Maison d’Accueil pour les étudiants défavorisés. Aujourd’hui on peut
s’imaginer le degré de frustration de ces universitaires privés de tout,
même d’une chambre confortable. Comment peut-on étudier dans des
circonstances pareilles ! Le manger, le boire et le coucher sont des
pré-requis indispensables au bon fonctionnement du cerveau. Lorsqu’on est
balloté par les aléas de la vie, au niveau du strict minimum, les méninges
sont plutôt tétanisées par l’influx nerveux. L’ironie du sort c’est que la
plupart des instigateurs des manifestations populaires de 1986 à 1991, se
retrouvent aujourd’hui à la barre, comme dirigeants et affrontent
l’imbroglio politique en cours.








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