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Tout est permis grâce au pétrole - Par : Ian Urbina, The New York Times

mercredi 9 décembre 2009 par Administrator

Le président Obiang vient d’être réélu à la tête du pays malgré les soupçons de corruption et de détournement dont sa famille fait l’objet. Ainsi, son fils et successeur probable a fait l’objet de nombreuses enquêtes aux Etats-Unis

Teodoro Obiang Nguema et sa femme, Pretoria, mai 2009

Plusieurs fois par an, Teodoro Nguema Obiang quitte son pays, la Guinée-Equatoriale, pour se rendre aux Etats-Unis. Il retrouve à Malibu, en Californie, son domaine de 35 millions de dollars [23 millions d’euros], sa flotte de voitures de luxe, ses hors-bord et son jet privé. Et, chaque fois, les portes de l’Amérique sont grandes ouvertes pour Teodoro Nguema Obiang, ministre des Forêts et de l’Agriculture de la Guinée-Equatoriale et fils du président Teodoro Obiang Nguema, qui vient d’être réélu avec plus de 95 % des voix. Pourtant, les forces de l’ordre fédérales estiment, selon des documents internes du ministère de la Justice américain et de l’Agence de l’immigration et des douanes, qu’il doit “l’essentiel sinon la totalité” de sa fortune à des manœuvres de corruption liées aux vastes réserves de pétrole et de gaz de ce minuscule Etat d’Afrique de l’Ouest. Les portes s’ouvrent encore, malgré une loi fédérale et une ordonnance présidentielle qui interdisent la délivrance de visas américains aux responsables étrangers corrompus et à leur famille. Reste que ces mesures nécessitent des preuves de corruption tangibles, et pas uniquement une forte présomption…

Susan Pittman, porte-parole du Bureau de lutte contre le trafic de drogue et la criminalité internationale au département d’Etat, dit avoir reçu l’ordre de ne pas évoquer les décisions individuelles en matière d’attribution de visas. En revanche, d’autres fonctionnaires du ministère reconnaissent que ce laxisme s’explique par les liens étroits entre la Guinée-Equatoriale et le secteur pétrolier américain. La production équato-guinéenne, qui avoisine les 400 000 barils par jour, est dominée par des entreprises américaines telles que Hess, ExxonMobil et Marathon. “Evidemment que c’est à cause du pétrole”, assure John Bennett, qui fut ambassadeur des Etats-Unis en Guinée-Equatoriale de 1991 à 1994. “Les dirigeants zimbabwéens, par exemple, ne peuvent pas entrer aux Etats-Unis. Mais, si le Zimbabwe avait autant de pétrole que la Guinée, ses représentants ne trouveraient pas porte close…”

“Le fait que quelqu’un comme Teodoro Nguema Obiang puisse continuer à voyager librement dans ce pays laisse clairement penser que le département d’Etat n’applique pas encore la loi avec la vigueur voulue par le Congrès”, explique Patrick J. Leahy, sénateur démocrate du Vermont et auteur de la loi de restriction des visas. Cette loi a d’ailleurs été en partie conçue comme une réaction aux accusations de corruption qui pesaient sur la famille Obiang et le gouvernement équato-guinéen, précise l’entourage du sénateur. D’avril 2005 à avril 2006, selon un rapport du ministère de la Justice daté du 4 septembre 2007, Teodoro Nguema Obiang a fait venir au moins 73 millions de dollars aux Etats-Unis, blanchis grâce à des sociétés écrans et à des comptes bancaires offshore, qui lui ont permis d’acheter sa propriété de Malibu et son jet de luxe. Le document a identifié plusieurs virements bancaires réalisés par Obiang de 2005 à 2006 à partir d’une banque en Guinée-Equatoriale. L’argent transitait ensuite par la Banque de France et arrivait aux Etats-Unis dans les établissements Wachovia, Bank of America et UBS. En 2006, en seulement six semaines, il a transféré pas moins de 33 799 799,99 dollars aux Etats-Unis, précise le rapport. Cette somme fut utilisée pour l’achat d’un jet Gulfstream V.

Une partie de cette richesse, toujours selon le même document, provient d’un “impôt révolutionnaire” levé par Teodoro Nguema Obiang sur le bois. Au lieu d’envoyer d’en envoyer le montant au Trésor de la Guinée-Equatoriale, le ministre des Forêts et de l’Agriculture – considéré par ailleurs comme un sérieux candidat à la succession de son père – a “insisté pour que les sommes lui soient versées directement”. Toujours selon le document, le ministère de la Justice estime qu’Obiang fils “pourrait percevoir des pots-de-vin ou des fonds extorqués”, versés par des compagnies pétrolières comme commission sur leurs contrats. Les porte-parole d’ExxonMobil et de Marathon assurent que leurs groupes ont respecté l’ensemble de la législation. La société Hess se refuse à tout commentaire.

Selon une autre enquête préparée par l’Agence de l’immigration et des douanes, Obiang junior “se rend régulièrement aux Etats-Unis avec plus de 1 million de dollars en espèces” qu’il omet de déclarer, “oubli” qui pourrait lui valoir cinq ans de prison s’il était traité comme un individu ordinaire. “Le ministre de l’Agriculture vient souvent avec un passeport diplomatique, même s’il est rarement en visite pour affaires diplomatiques”, souligne également l’Agence de l’immigration et des douanes. L’objectif des services de l’immigration était de refuser de fournir un refuge à Obiang et d’“identifier, localiser, geler et récupérer les actifs présents aux Etats-Unis et acquis de façon illicite”. C’est Global Witness, une organisation britannique de défense des droits de l’homme, qui dénonce la corruption dans les secteurs liés aux ressources naturelles, qui a obtenu ces deux rapports.

Le fils du président équato-guinéen, par la voix d’un porte-parole de Qorvis Communication, une société de communication travaillant pour l’ambassade de Guinée-Equatoriale à Washington, a refusé de nous rencontrer. Mais son frère récuse les accusations de corruption. “C’est le problème que rencontre tout pays qui réussit très bien”, affirme Gabriel Mbega Obiang Lima, un autre fils du président installé au poste de vice-ministre chargé des Mines, de l’Energie et de l’Industrie. “Aux yeux de tous, nous sommes présumés coupables jusqu’à preuve du contraire !” Les accusations de corruption qui pèsent sur la famille Obiang ne datent pas d’hier. En 2004, une commission sénatoriale avait accusé la banque Riggs, qui avait accepté des centaines de millions de dollars de dépôts venus de Guinée-Equatoriale, d’avoir “fermé les yeux sur des preuves indiquant que l’établissement bancaire gérait des sommes issues de pratiques de corruption à l’étranger”. Les enquêteurs de cette commission ont identifié des dizaines de versements irréguliers, de comptes ayant des titulaires individuels multiples et même des dépôts de plusieurs millions de dollars arrivés en liasses de billets emballées sous cellophane. La banque Riggs a dû payer une amende de plus de 25 millions de dollars pour sa gestion des comptes équato-guinéens et plusieurs de ses dirigeants ont fait l’objet de poursuites pénales.

Depuis que “l’or noir” y a été découvert, il y a une dizaine d’années, la Guinée-Equatoriale est devenue le troisième producteur d’Afrique subsaharienne derrière le Nigeria et l’Angola. Si le pétrole a rendu la famille Obiang et son entourage immensément riches, la manne ne bénéficie pas au reste du pays. En 2006, selon un rapport du FMI, plus des trois quarts de la population vivaient sous le seuil de pauvreté.








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