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Célébrer la vie - par : Robenson Geffrard, Lenouvelliste.com

mercredi 11 janvier 2012 par Administrator

Elle a été totalement détruite par le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Les pertes en vies humaines furent énormes. Dix jours après la catastrophe, l’Université Quisqueya s’est relevée et a repris ses activités en commençant par donner des soins de santé aux victimes. Aujourd’hui, l’UNIQ fonctionne à plein régime. Pour marquer la deuxième année du séisme, le recteur Jacky Lumarque invite tout le pays à célébrer la vie.

Haïti : Quinze étudiants, un professeur et deux membres du personnel tués dans la catastrophe. Quatre millions de dollars d’investissement, des prêts bancaires partis en poussière en seulement 35 secondes, longues et terrifiantes. Cela n’a pas suffi pour décourager les responsables de l’Université Quisqueya. Debout, construisons l’avenir, s’apitoyer sur son sort ne conduira nulle part. Tel est leur leitmotiv. L’UNIQ a fait un retour spectaculaire à la vie dix jours après le tremblement de terre qui a totalement détruit l’ensemble de ses structures.

S’il est vrai que deux ans après la catastrophe les séquelles de son passage dévastateur sont toujours perceptibles- par la présence des tentes géantes qui sont encore sur la cour de l’UNIQ- il n’en demeure pas moins vrai que les bâtiments reconstruits et d’autres en construction témoignent de la volonté des dirigeants et des étudiants à renouer avec la vie.

Un groupe de quatre étudiants sont assis sous un arbre à quelques mètres d’une grande tente qui leur sert de salle de classe. Trois garçons et une jeune fille. Un vent frais rend l’atmosphère agréable et propice au travail intellectuel. Les discussions vont bon train. Ils sont en retard avec ce devoir qu’ils devaient remettre une semaine plus tôt. Pas de temps pour la rigolade. Ils étudient les sciences de l’éducation. Dans la foulée, la jeune fille accepte de parler au Nouvelliste. « Ce n’est pas qu’on a oublié ce qui s’est passé le 12 janvier. Non. Nous avons perdu des amis, des camarades de classe. On les a entendus gémir et appeler au secours. C’est comme si c’était hier, mais il faut avancer. Ils auraient fait la même chose s’ils étaient encore vivants... », dit-elle en cachant ses émotions et en dissimulant maladroitement ses larmes.

Bien de mauvais souvenirs surgissent brusquement. Un moment de forte émotion. Le groupe observe une petite pause pour faire le vide et avancer dans son travail. Comme eux, d’autres groupes d’étudiants, à l’intérieur ou à l’extérieur des tentes ou de beaux bâtiments préfabriqués, préparent leurs devoirs , mais n’oublient pas ce qui s’était passé le 12 janvier 2010.

Le recteur de l’UNIQ, Jacky Lumarque, avec qui on avait rendez-vous ce vendredi matin, est enfin arrivé avec 45 minutes de retard. Embouteillage. Il m’invite à visiter les nouvelles structures de l’université étalées sur deux hectares. Les progrès sont énormes. Des constructions préfabriquées en étages et bien structurées. D’autres sont en phase de finition.

La Banque interaméricaine de développement (BID) avait un programme de dotation de bâtiments préfabriqués en forme de boîte pour les écoles privées. Les responsables l’UNIQ se sont décidés à y participer, « mais à une seule condition : que la conception des bâtiments soit réalisée par les étudiants de l’université. La BID a accepté. Je leur ai présenté le plan des étudiants, ils m’ont demandé si j’étais fou et dit que cela était trop coûteux. En leur disant que l’UNIQ allait aussi contribuer, à ce moment-là, nous nous sommes mis d’accord », explique M. Lumarque en souriant.

Aucune aide du côté de l’Etat. Rien du tout. « Mon expérience me montre que la communauté internationale ne donne pas d’argent aux pauvres. Elle en donne à ceux qui en ont déjà. Il fallait se montrer grand. Pendant deux mois, nous n’avons pas fait de payroll et nous avons pris cet argent pour faire des activités qui mettaient l’établissement en évidence. CNN était venu réaliser une émission de 90 minutes. A ce moment-là, on commençait à nous regarder avec intérêt et les supports ont commencé aussi à arriver... Une femme d’affaires nous a donné cinquante mille dollars américains et a promis de nous accompagner dans d’autres projets », ajoute-t-il.

En faisant la visite guidée, on a rencontré sur la cour de l’UNIQ Jacques Edouard Alexis. Ancien recteur de l’université qui a abandonné son poste pour faire de la politique. Ancien Premier ministre du président René Préval et également ancien candidat à la dernière élection présidentielle, il accepte de faire de petits commentaires sur l’Université de Limonade, mais refuse de donner des interviews.

Après avoir fait le tour du l’UNIQ, Jacky Lumarque nous propose d’aller nous asseoir plus tranquillement dans un espace peu confortable qui lui sert de bureau. Les conditions de travail ne sont pas encore tout à fait comme avant pour le personnel. Le recteur est obligé de partager son bureau avec deux autres collaborateurs. « Partager un bureau avec deux autres personnes, c’est romantique, mais ce n’est pas pratique », lance-t-il sur un ton ironique.

L’UNIQ, ses prêts bancaires et ses moyens de survie

Un démarrage avec un prêt bancaire peu ordinaire. « Après le tremblement de terre, je suis allé voir la même banque qui nous avait prêté de l’argent pour construire notre campus. Je leur ai dit : votre argent est perdu, vous pouvez prendre le terrain si vous voulez. Sinon, prêtez-nous à nouveau. Ils ont accepté. Peu à peu, on a démarré », raconte Jacky Lumarque.

Pour trouver de l’argent, l’UNIQ a aussi décroché beaucoup de contrats de services. « Personne ne nous l’a demandé, pourtant, on met sur pied un observatoire pour contrôler la qualité de l’eau dans l’aire métropolitaine. 32 points d’observation sont installés bien avant l’épidémie de choléra. Maintenant, des gens viennent nous demander de faire des tests pour eux. Nous avons des contrats avec des ONG, l’Etat, des organisations internationales. Nous vendons de l’expertise. Cela renforce notre capacité de recherche... », ajoute le recteur.

Six étudiants en médecine ont donné le ton

La reprise des activités à l’UNIQ a été extraordinaire et surprenante. « Six étudiants en médecine sont venus me voir après la tragédie pour me dire : « recteur, il faut nous aider à trouver des visas pour aller poursuivre nos études ailleurs ». Je leur ai répondu : je vous comprends, puisqu’il ne reste plus rien ; mais moi, à votre place, je dirais qu’Haïti est actuellement la plus grande école de médecine de la planète avec tous ces blessés. Si vous êtes d’accord, j’installerai une tente pour vous sur la cour. De midi à quatre heures de l’après-midi, trois cents victimes sont venues prendre des soins sur la cour de l’université. Les étudiants sont passés de six à 42... et la machine a démarré... », avance M. Lumarque avec une rare satisfaction.

10 jours après la catastrophe, des étudiants en médecine, des professeurs qui n’avaient pas quitté le pays ou Port-au-Prince ont pris l’initiative de donner des soins de santé aux autres victimes de l’aire métropolitaine. Ils souffraient énormément dans leur esprit, mais debout en rejetant toute fatalité et tout attentisme.

18 personnes ont été enterrées à l’UNIQ même. Un mausolée a été érigé en leur mémoire. « Il était très important pour nous de récupérer les corps. Après leur avoir organisé des funérailles, les amis, les parents, les proches, les étudiants...nous avons beaucoup pleuré, puis on a senti une sorte de libération d’énergie pour démarrer », poursuit le recteur.

Cette toute première initiative des étudiants et responsables de l’université a été transformée en une clinique externe avec la collaboration des volontaires et des médecins venus d’un peu partout à travers le monde. « Après quoi, je me suis dit que si les étudiants en médecine peuvent s’organiser aussi bien, peut-être que ceux des sciences de l’éducation pourraient aller sous les tentes faire des prises en charge psychosociales pour les enfants et les parents victimes », et cela a encore marché. Puis, Jacky Lumaque a demandé aux étudiants de l’agronomie et de génie de faire la même chose dans leurs domaines respectifs. C’est ainsi que tous les étudiants de l’UNIQ, victimes au même titre que les sinistrés, sont sur le terrain et impliqués dans le service à la communauté.

L’UNIQ a repris ses cours le 4 avril 2010 avec seulement cinq cents étudiants qui ne pouvaient même pas payer les cours. Aujourd’hui, ils sont plus de 2 300 qui fréquentent l’université. « Depuis son existence, Quisqueya n’a jamais eu autant d’étudiants », affirme Jacky Lumarque.

Dans la foulée de l’interview, l’ancienne candidate à la présidence et aussi responsable de l’UNIQ, Mirlande H. Manigat, pénètre au bureau et Jacky Lumarque. Salutations d’usage, petites plaisanteries. « Dites du bien de tous les professeurs », dit-elle avec un large sourire avant de quitter le bureau.

Deux ans après

L’UNIQ aborde le deuxième anniversaire du tremblement de terre sur le thème ’’Célébrer la vie’’. La mort fait partie de la vie, avance Jacky Lumarque, soulignant que ceux qui sont encore en vie doivent continuer à travailler fort. « Moi-même, j’en fais la promesse pour le bien de la communauté. »

Cette année, l’Université Quisqueya va célébrer la vie avec tous les gens de son entourage. Les responsables de l’UNIQ vont inviter un ensemble de personnalités et des jeunes de la zone dans une activité commémorative ; messe, activités culturelles, entre autres. Le peintre haïtien Franck Lucien est sur le point d’achever deux superbes fresques qui mettent en évidence la joie et la volonté de vivre.

Perspectives

La vision de Jacky Lumarque pour l’UNIQ est grandiose. Il veut tout d’abord construire une grande et moderne bibliothèque de standard international qui coûtera environ deux millions de dollars. Ambitieux. Elle aura un espace numérique, un musée, entre autres. Le recteur est certain qu’il va trouver cet argent. Il a déjà mis sur pied une équipe d’ingénieurs étrangers et des étudiants de l’UNIQ qui travaillent sur le projet.

L’UNIQ et l’UEH, d’excellentes relations

Les critiques et les accusations de certains laissent croire que l’UNIQ accapare les dons ou aides qui seraient destinés à l’Université d’Etat d’Haïti. Loin de là. « Nous avons d’excellentes relations avec l’UEH, même s’il y a des allusions à des cas d’abus », avance Jacky Lumarque, soulignant qu’il a enseigné pendant vingt ans à l’UEH. Sans vouloir créer une polémique, il estime que certaines personnes du secteur public ont souvent une très mauvaise opinion de ceux du secteur privé.

L’UNIQ et l’UEH sont en train de monter un collège doctoral. « On a signé une convention il y a trois semaines de cela, dans le but de former 100 nouveaux docteurs pour les cinq prochaines années dans différents domaines. Ces deux universités sont les seules de l’Amérique à faire partie du prestigieux Réseau d’excellence des sciences de l’ingénieur. J’ai monté des projets pour permettre à l’Ecole normale supérieure de trouver des financements et des bourses d’études. Quisqueya rêve d’une grande université publique forte. Parce que si l’UEH n’est pas forte, elle dévalorisera ce qu’on fait ici. »

Selon le recteur de l’UNIQ, l’ennemi de la qualité de la formation universitaire, ce sont les nombreuses universités bidon qui fonctionnent sans aucun contrôle sur leur cursus. « Quisqueya est la seule université laïque privée de ce pays qui soit vraiment à but non lucratif », dit-il.

L’Université de Limonade, un faux débat

Le vrai débat sur l’Université de Limonade est, selon le mathématicien, de savoir si l’Etat mettra à la disposition de quelle que soit la structure de gouvernance les moyens et ressources nécessaires pour faire un travail de qualité. « La République dominicaine nous a donné une gifle en construisant ce campus que nous n’avons pas pu édifier en 200 ans, nous devons arriver à le faire fonctionner correctement sans être sous l’influence des politiciens... », soutient Jacky Lumarque.

« L’UNIQ a six facultés : Droit et Sciences politiques, Education, Agronomie et Environnement - qui est une discipline disponible seulement à Quisqueya-, Administration, Gestion, Economie, Médecine ; et dix programmes de master dont huit sont en activité en partenariat avec des institutions étrangères. »

Robenson Geffrard

rgeffrard@lenouvelliste.com








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