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Entre les frontières : Haïti et l’Espagne à la croisée des chemins - par : lenouvelliste.com

mercredi 15 février 2012 par Administrator

La visite du président Michel Joseph Martelly en Espagne, et celle en Haïti de la reine d’Espagne, Doña Sofía, en octobre 2011 sont autant de preuves qui justifient le rapprochement de ces deux pays. Leurs peuples sont historiquement liés par des faits et des personnalités qui ont marqué l’histoire de l’humanité et cette région du monde dénommée Amérique, des siècles plus tôt.

Haïti : Au cours de ces dix dernières années, les relations hispano-haïtiennes se sont renforcées et sont devenues de plus en plus dynamiques, surtout sous l’administration du président René Préval, et l’actuel gouvernement du président Michel Joseph Martelly, qui après son investiture le 14 mai 2011, a effectué en juillet son premier voyage officiel à Madrid, en Espagne.

Une histoire qui a débuté il y a plus de 500 ans, avec les voyages suivis des grandes découvertes de Christophe Colomb. Avec tout ce que cela va engendrer dans l’histoire du monde comme choc culturel, rapprochement, échange, exploitation, génocide, etc., les colons conduits par Colomb allaient en 1492 découvrir l’île d’Haïti qu’ils baptisèrent « Hispaniola ».

Séjournant pendant près de deux siècles entre 1492 et 1699 sur ce petit coin de terre, l’Espagne avait été obligée de céder cette partie de l’île à la France après la signature du traité de Ryswick (1697) et de Bâle (1795). A partir de ce moment-là, le royaume d’Espagne occupa la partie Est de l’île (aujourd’hui la République Dominicaine et la France, la partie Ouest (République d’Haïti). Depuis, les liens entre Haïti et l’Espagne étaient interrompus. Les relations haïtiano-espagnoles ont dû reprendre pour de bon dans les années 1980 et 1990, et la coopération s’est beaucoup plus renforcée après le violent tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Relations diplomatiques haitiano-espagnoles

L’Espagne disposait en Haïti d’un ambassadeur résident depuis les années 50, soient en 1954 et 1955. Les relations entre les deux pays se sont développées depuis le début du XXe siècle, mais sans échange d’ambassadeur. Le siège de l’ambassade se trouvait à Pacot. Et le 12 janvier, l’ambassade, la résidence, le bureau de coopération et le centre culturel, qui sont les propriétés de l’Etat espagnol, ont été détruites. Dès lors, l’ambassade sera transférée à Pétion-Ville.

Après le séisme...

Les autorités espagnoles ont effectué une opération inédite dans les annales de la diplomatie espagnole en Haïti. Cinq avions des forces armées espagnoles basées en République dominicaine ont été envoyés en Haïti pour apporter de l’aide au peuple haïtien.


Selon l’ambassadeur Manuel Ruigómez Hernández, cette opération a été complétée par un bateau-hôpital de la marine de guerre espagnole, basée à Petit-Goâve, qui participait à un mouvement de solidarité mondiale en faveur de la nation haïtienne. A ce niveau, des opérations chirurgicales ont été réalisées à l’intention des femmes et des enfants victimes de la catastrophe.

Cette vaste opération d’assistance, selon le diplomate espagnol, a duré jusqu’au mois de juin 2010. D’après lui, le peuple espagnol a eu une réaction formidable en faveur Haïti, par l’envoi de fonds, de nourriture, de tentes et de vêtements.

« La contribution du peuple espagnol en don après le séisme se situe autour de 90 millions d’euros. Près de 700 experts espagnols dont des sapeurs-pompiers, des sismologues, des militaires, des experts en risques et désastre, des équipages de flotte des avions espagnols, ont comme bon nombre de peuples sur la planète, apporté leur précieux soutien à la nation haïtienne. L’équipe diplomatique espagnole en République dominicaine est arrivée en Haïti au lendemain de la catastrophe pour diriger les opérations », a précisé le le diplomate.

D’un autre côté, le président de la République, Michel Joseph Martelly a fait remarquer que la réponse d’urgence déployée en Haïti après le séisme par l’Espagne - et son agence de coopération, AECID- a constitué la plus grande opération humanitaire déployée par ce pays ami, avec un total de 88 millions de dollars supplémentaires. Les actions de la coopération espagnole se sont développées principalement dans les départements du Sud-Est (Jacmel), de l’Ouest (Port-au-Prince) et du Centre.

« Nous notons avec reconnaissance que l’Espagne est le troisième bailleur de fonds bilatéral d’Haïti et le premier bailleur de l’Union européenne. Elle fait partie du G12, groupe dans lequel les plus grands bailleurs sont représentés. Un montant total de 305 millions de dollars a été déboursé entre 2010 et 2011 pour des projets de coopération », a rappelé le président Martelly, qui a décerné le vendredi 10 février 2012, l’ordre national Honneur et Mérite au grade de Grand-Croix, plaque argent, à Juan Fernández Trigo, ancien ambassadeur espagnol à Port-au-Prince pour sa contribution au renforcement de la coopération haïtiano-espagnole et son appui à la lutte pour le triomphe des valeurs démocratiques dans le pays.

Secteurs prioritaires

A en croire l’actuel représentant du royaume d’Espagne en Haïti, l’eau et l’assainissement sont les points essentiels et fondamentaux de la coopération espagnole en Haïti. Toujours selon le diplomate, un système d’approvisionnement en eau est en train d’être mis en place à Ouanaminthe ainsi qu’à Jacmel. Il fonctionne actuellement dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Les autres régions du pays seront touchées au fur et à mesure.

L’ancien consul général en République dominicaine précise plus loin, qu’à part l’eau et l’assainissement, il travaille sur d’autres projets , dont la reconstruction de maisons.Il y a aussi un grand projet en appui aux écoles salésiennes à Gressier. L’Espagne appuie aussi des projets des secteurs agricole et piscicole, surtout dans la région de Jacmel (Sud-Est). Les pêcheurs de cette région ont reçu en dons deux bateaux pour mieux exploiter la filière de la pêche.

Actions continues dans le Sud-Est

L’ambassadeur d’Espagne en Haïti, Manuel Hernandez Ruigomez et l’agronome Hébert Docteur, le ministre de l’agriculture, ont procédé le lundi 13 janvier 2012 à l’inauguration du Centre communal de pêche et marine de Cayes-Jacmel (CCPM). Financé par L’ONG espagnole Aide, Échange et Développement (AIDA) pour près de 2,5 millions de dollars américains, ce projet, initié en 2007, a été réalisé en 6 phases successives.

Le Centre Communal de pêche et marine de Cayes-Jacmel (CCPM) est doté d’infrastructures et d’équipements modernes qui facilitent le stockage, la conservation et la transformation du poisson. Exécuté par la Secrétairerie d’État à l’Alphabétisation (SEA), la construction de ce centre a été conçu spécialement dans l’objectif d’améliorer les conditions de vie de près de 5,000 pêcheurs et marchandes de poissons du Sud-Est, notamment dans la commune de Cayes-Jacmel, mais également dans les communes côtières de : Côte de fer, Bainet, Marigot, Jacmel, Belle-Anse, Grand Gosier et Anse-à-Pître.

Dans le cadre du renforcement de la coopération hispano-haïtienne, le royaume d’Espagne dispose de 346 millions d’euros qui devraient être dépensés en Haïti au cours de la période de 2010-2013, soit 115 millions d’euros par an au total. Ces fonds s’inscrivent dans le cadre des promesses faites par l’Espagne à la conférence de New-York en 2010 dans le processus de la reconstruction d’Haïti.

50 millions pour les PME

Pour assurer le suivi et la planification de l’aide de 50 millions d’euros octroyée à Haïti par l’Espagne au profit des PME haïtiennes, une rencontre s’est tenue le lundi 30 janvier 2012 entre le président haïtien Michel Martelly, et une délégation composée de l’ambassadeur d’Espagne accrédité à Port-au-Prince, Manuel Hernandez Ruigomez et du représentant de la Banque interaméricaine de développement (BID), Edouardo Almeida.

Ainsi, le chef de l’Etat s’est félicité d’avoir mené à terme ce projet qui, d’après lui, est le fruit généré par sa visite en juillet dernier au pays du Roi Juan Carlos. Et en guise de conclusion, M. Martelly s’est engagé une nouvelle fois à poursuivre son combat en faveur d’une amélioration des conditions de vie de la population.

Ces fonds de 50 millions de dollars ont été promis par l’Espagne à Haïti au cours du voyage de Martelly sur le territoire espagnol. « Les axes prioritaires étaient le tourisme, l’éducation (formation des enseignants) et l’agriculture. De plus, le président Martelly, au cours de ce même voyage, avait eu l’occasion de participer à un forum économique au bénéfice d’Haïti.

Visite de la reine d’Espagne

Si en 1502, Nicolas Ovando détruisit le caciquat de la reine Anacaona (née à Yaguana, actuel Léogâne), en 2011, la reine Sofia d’Espagne a visité cette contrée, non pour continuer à détruire, mais pour construire, surtout après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010. Au cours de sa visite, la reine d’Espagne a soutenu des projets de coopération qui permettront d’améliorer la situation du logement, de l’éducation et des infrastructures. Des projets qui, de toute évidence, font honneur à la reine Anacaona, attachée à l’art, à la poésie et à la danse. Reine de la langue, du cérémonial et des jeux, elle avait fait adopter l’étiquette de sa cour, mis à la mode ses parures, ses meubles, ses fleurs préférées.

Cette visite royale a été la concrétisation d’une promesse faite par le roi d’Espagne, Don Juan Carlos de Burbón, au président Martelly lors de son séjour à Madrid en juillet dernier. D’abord annoncée pour le mois de septembre, la visite a été repoussée pour enfin être fixée au 7 octobre 2011. Néanmoins, la reine d’Éspagne avait déjà effectué une première visite dans le pays en janvier 2009.

Présence espagnole en Haïti

En Haïti, il y a une petite communauté espagnole évaluée à 40 ou 50 personnes approximativement. Il y a des Espagnols au sein de la Mission des Nations unies pour la Stabilisation en Haïti (Minustah), nous a informé l’ambassadeur accrédité à Port-au-Prince, Manuel Ruigómez Hernández, qui se rappelle avoir présenté ses lettres de créance au président René Préval, le 30 mars 2011.

« Parmi ces ressortissants espagnols figurent des policiers et des instructeurs espagnols qui s’occupent des cadres de la police nationale d’Haïti. Ils sont au nombre d’une trentaine, relate le diplomate. Toutefois, de l’autre côté des frontières, que je sache, il y a les étudiants et une petite communauté, qui travaille là-bas, à peu près 2000 personnes. Il y a aussi beaucoup de Dominicains, Cubains, Argentins, Brésiliens et Mexicains. »

Etudier en Espagne

Chaque année, pour les niveaux de maîtrise et doctorat, l’Espagne accorde entre 15 et 20 bourses complètes dans les domaines de la médecine, de l’histoire, de l’économie, de la technique, du génie, de l’ingénierie, se réjouit le diplomate, ancien chef de la région caraïbe de la chancellerie espagnole dans les années 80.

A noter que de nos jours, l’apprentissage de la langue espagnole devient de plus en plus une nécessité pour de nombreux jeunes écoliers, universitaires, et aussi des professionnels et commerçants haïtiens, et ceci en dehors de l’anglais. Une réalité qui se dessine en raison de la proximité géographique d’Haïti avec des pays voisins ; d’anciennes colonies espagnoles, tels la République dominicaine, Cuba, Mexique, et la majorité des pays de l’Amérique latine dont le Venezuela, le Chili, l’Argentine, etc.

Par ailleurs, ils sont très rares les jeunes Haïtiens et fans du football international qui ne se passionnent pour le championnat de football espagnol, pour vanter les prouesses de leurs vedettes respectives. Avec la complicité des médias, ces derniers, se sont, au fil des diffusions et des discussions, appropriés dans leur imaginaire collectif, certaines villes phares espagnoles, à partir des clubs tels Real Madrid, FC Barcelone, Valence, FC Séville, etc.

En dehors de certaines villes haïtiennes qui gardent encore les noms et des vestiges de la colonie espagnole, il faut signaler qu’à part la langue et certaines valeurs culturelles, les récentes participations d’artistes et de groupes espagnols, dont le Ruben Dantas Group, au Festival de Jazz de Port-au-Prince, ont favorisé un rapprochement culturel entre ces deux peuples pour le meilleur et pour le pire, au prix de la colonisation et de l’extermination des premiers habitants de cette île ; les « Amérindiens ».

Il fut un temps où Haïti et l’Espagne chevauchaient sur des chemins différents. Dorénavant, un nouveau vent souffle dans la coopération bilatérale entre ces deux pays.

Amos Cincir

cincir2005@yahoo.fr

Dominique Domerçant

succes33@yahoo.fr








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