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Georges Eddy Lucien, un chercheur émérite (suite et fin)

samedi 18 janvier 2014 par Administrator

Georges Eddy Lucien est professeur et directeur du Centre de recherche et d’appui aux politiques urbaines (Crapu) à l’Université Quisqueya (Uniq). Détenteur d’un doctorat en Histoire urbaine à l’Université de Toulouse-Le-Mirail, il vient de recevoir une distinction de l’Association des études haïtiennes (HSA, Haitian studies association) qui couronne ses travaux de recherche en sciences sociales.

LN : Ce n’est pas la première fois que vous recevez une distinction de ce genre ?

GEL : Si ! C’est la première fois. Sinon, il y a eu aussi les félicitations des jurys pour les travaux académiques que j’ai effectués.

Un parcours remarquable

LN : Présentez-nous Georges Eddy Lucien.

GEL : Ancien étudiant de l’Université d’Etat d’Haïti (Ueh) aux Département des Sciences Sociales et de Mathématiques de l’Ecole normale supérieure (Ens), j’ai poursuivi une partie de mes études de deuxième cycle à l’Université Antilles-Guyane (UAG). Puis, j’ai complété mes études doctorales en Histoire urbaine à l’Université de Toulouse-Le-Mirail. Je suis également détenteur d’une licence en géographie avec mention urbanisme, d’une maîtrise en géographie avec mention Aménagement et d’un master 2 en géographie avec Spécialité Villes et Territoire et Territorialité. J’ai effectué un stage postdoctoral en études urbaines à l’Université du Québec à Montréal.

J’ai publié, en 2009, aux Éditions de l’Ueh et du CIDHICA, Espaces périphériques et économie d’archipel : La trajectoire contemporaine de Verrettes (Haïti). La récente publication est le deuxième ouvrage (mai 2013) qui est une reprise de ma thèse Une modernisation manquée, Port-au-Prince 1915-1956, volume 1 : Modernisation et centralisation. Le second volume sera prêt en décembre 2013.
Je suis également chercheur associé de l’Université de Poitiers, au centre Icotem (Identité et Connaissance des territoires et Environnements en mutation). En 2010, j’y ai travaillé à titre de chercheur invité. Je suis Responsable de l’Axe Société, Territoire, Frontière et Développement, du Laboratoire Dynamiques des Mondes Américains (Ladma) de l’École normale supérieure de Port-au-Prince.

J’enseigne à l’Université Quisqueya (Uniq) où je dirige aussi le Centre de Recherche et d’appui aux politiques urbaines (Crapu). J’y ai occupé successivement des postes administratifs et académiques. J’ai été durant l’année 2008-2009 coordonnateur du programme (Quisqueya) de master « Aménagement des quartiers précaires et développement urbain en Haïti », développé en partenariat avec l’Université du Québec à Montréal (UqaM). En plus d’avoir effectué le stage postdoctoral à l’UqaM, j’ai participé à l’organisation du colloque « L’habilitation urbaine postséisme de Port-au-Prince : quel rôle pour les universités et la recherche ? » du 16 au 18 avril 2012, et coordonné le Centre de recherche et d’appui aux politiques urbaines (Crapu). Ce centre est une unité mixte internationale de recherche qui regroupe les chercheurs de l’Uniq (Haïti), de l’UqaM (Canada), de l’IRD (France) et de l’Ueh (Haïti). J’enseigne aussi à l’Université d’Etat d’Haïti (Ueh) (Ens, Ierah et Sciences humaines) et à l’Institut des hautes études commerciales (Diplôme Collectivités territoriales)
L’obsession de la ville

LN : Parlez-nous un peu de vos projets.

GEL : Je poursuis des recherches sur les migrants haïtiens à Miami. Mes recherches menées depuis plus de dix ans interrogent principalement les dynamiques sociales et spatiales de la ville de Port-au-Prince pendant la période 1915-1956. Les champs thématiques dans lesquels s’inscrivent ces recherches concernent les axes suivants : les politiques d’aménagement et le développement de la ville de Port-au-Prince, le jeu des acteurs dans la production de la ville. Par ailleurs, si les thèmes étudiés sont assez proches, les espaces d’étude, les échelles d’analyse et les méthodes montrent une grande diversité. En effet, mon étude sur la commune rurale de Verrettes propose une lecture de ses mutations socio-spatiales contemporaines au travers de la thématique de la mondialisation. Elle nous livre une géographie renouvelée des « périphéries » du monde contemporain. Dépassant les traditionnelles oppositions entre pays développés et pays du tiers-monde, espaces urbains et espaces ruraux, centre et périphérie, elle s’engage dans une démarche (approche multiscalaire) mettant l’accent sur les imbrications entre ces différentes catégories pour montrer comment la commune de Verrettes participe pleinement aux mutations contemporaines.

Le travail sur la communauté haïtienne installée à Miami (qui sera publié en 2014) se propose aussi d’interroger les dynamiques socio-spatiales de la ville de Miami. Il s’attache à montrer comment cette communauté participe aux mutations du quartier dans lequel elle s’est installée. Il vise à saisir la transformation du fonctionnement spatial de la communauté haïtienne à Miami vers une forme diasporique ainsi que l’évolution des effets des transferts vers Haïti. Ainsi, loin d’une vision misérabiliste, je veux mettre en lumière, de façon certes incomplète, les initiatives et la relative autonomie de la communauté haïtienne qui vit entre ses villes d’origine (Haïti) et Miami.

La tendance dominante tend en effet à faire des migrations la résultante quasi mécanique d’une contrainte à laquelle le candidat migrant serait irrésistiblement soumis. En rupture avec ce point de vue, il paraît intéressant de restituer au migrant son empowerment, sa part d’initiative et sa capacité à inventer et à esquisser un « projet de mobilité » personnel. En d’autres termes, il s’agit de faire du migrant un acteur et d’envisager la migration comme ressource et stratégie.

L’hypothèse qui est privilégiée vise à montrer que la communauté haïtienne installée à Miami influe sur le caractère « métropolitain » de la plus grande agglomération de Floride. En effet, les migrants haïtiens génèrent différents courants d’échanges et élaborent des stratégies qui structurent la ville de Miami. Mon étude s’inscrit dans un projet de recherche plus large dont le point de réflexion sera la mise en lumière de ces processus, certes, plus limités, mais qui semblent participer de la même dynamique de la tendance contemporaine d’une économie d’archipel. Dans ce cadre, il s’agit de proposer de nouvelles lectures du processus de développement de la ville de Miami dont la particularité est l’importance de l’immigration dans sa composition démographique.

En termes de perspective de recherche, je suis intéressé à poursuivre mes recherches sur Port-au-Prince. Je voudrais revisiter la ville dans sa trajectoire contemporaine plus précisément pendant la période de la dictature des Duvalier. L’approche comparatiste y sera particulièrement utilisée. Elle permettra, au sein d’une réalité diverse et complexe, de faire apparaître des liens entre des faits ainsi que des différences caractéristiques. Port-de-Paix, Saint-Marc ou Jacmel et Port-au-Prince pendant la dictature offrent une certaine similitude sur l’évolution de la ville. De même, il y a lieu de mettre en valeur les dissemblances dans leur trajectoire. Un même système est imposé à des villes mais dans des situations parfois très différentes. L’approche comparative peut révéler des différences marquées entre les villes pendant ladite période. Elle fournira sans l’ombre d’un doute des interprétations nouvelles et soulignera l’originalité des situations et des phénomènes.

Propos recueillis par Dieulermesson PETIT FRERE

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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