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Ils oseront encore ! - Par : Jean Erich René

jeudi 30 avril 2009 par Erich Jean René

Ils oseront encore ! - Par : Jean Erich René

Ottawa le 30 avril 2009

Tout conspire en Haïti à brader l’exercice démocratique. Fort heureusement,
grâce au progrès de la communication, la politique des États ne se limite
plus à leurs territoires. Si les unités politiques de l’intérieur sont
tétanisées par l’insécurité et observent la loi de l’omerta, les cohortes
de l’extérieur montent la garde et demeurent attentives à certaines
décisions politiques qui suscitent beaucoup de confusions et d’inquiétudes.
Le scandale des élections du 19 avril 2009 a mis sous les feux de la rampe
le Parti au pouvoir. En dépit des fraudes massives constatées et du
reniement des candidats de LESPWA clairement exprimé par les électeurs,
ILS ONT OSE détourner le verdict des urnes. Comme aux élections du 21 mai
2000, Frantz G. Verret, l’actuel Président du CEP se trouve dans une
situation analogue à Léon Manus qui a dû traverser la frontière pour
échapper à la fureur d’Aristide. Cette semaine il a dû avaler la patate
chaude sous la menace du Président Préval qui, dans un premier temps lui
a demandé d’annuler les élections. Son refus a déchaîné sa colère. Il
s’est vite retranché sous la protection de Hédi Annabi, Chef de la
MINUSTAH, qui s’est rendu au Palais National pour faire comprendre à René
Préval l’impossibilité d’annuler les élections après un investissement de
16 millions de dollars. Alors un compromis a été trouvé en aménageant un
second tour favorable aux candidats de Lespwa afin d’amortir le choc.

Durant ces 20 dernières années, le paysage politique haïtien a changé du
tout au tout. Tant pis pour les candidats qui se lancent dans l’arène sans
évaluer la mesure de ces transformations afin de les dompter. En Haïti, il
est dangereux de pratiquer la démocratie en Haïti en suivant les préceptes
de Socrate ou d’observer Aristide et Préval selon la grille d’analyse d’
Aristote d’Aristide. Il s’agit de deux ensembles mutuellement exclusifs. Si
la politique peut être définie comme une science, elle est après tout un
art c’est-à-dire lucidité et action. Il faut prendre les moyens requis pour
atteindre son but. Dans un pays où la qualité morale, les vertus
citoyennes, l’accomplissement de soi, ne comptent plus, les assassinats et
les morts par empoisonnement s’exécutent dans l’indifférence du "Conseil
Superieur de La Police Nationale d’Haiti" (CSPN), l’homme politique ne
peut être un homme de bien, nous prévient Aristote. (Aristote, Politique,
III, 4,1276 P.180)

La politique a des contraintes qu’il faut respecter, sans quoi on risque de
se faire écraser comme une punaise. La politique du béton en usage en Haïti
, en maintes occasions électorales, atteste que la foi, l’espérance la
charité, ces trois vertus théologales, apprises en Catéchèse, sont des
foutaises. L’éthique morale peut sévèrement nous empêcher d’atteindre nos
buts en politique en faisant de nous d’éternels contestataires.
L’administration politique haïtienne, du sommet jusqu’à la base, est
colonisée par les narcotrafiquants, les zenglendos, les kidnappeurs etc.
C’est une preuve de naïveté de se précipiter dans cette galère électorale
sans prendre les mesures adéquates pour contrecarrer les malfrats. Sous
l’angle seulement des moyens financiers disponibles et des magouilles
orchestrées à l’échelle étatique, la parole est à Machiavel. Si les erreurs
d’atterrissage sont catastrophiques pour un aviateur et ses passagers,
elles sont pires encore pour l’homme politique et ses partisans.

Avant de livrer bataille il faut évaluer ses chances de pouvoir renverser
les obstacles. Qui n’est pas au courant des recettes politiques de Lavalas ?
Depuis 20 ans ils ne font que mentir, déchouquer, brûler, empoisonner,
briser, piller, cambrioler les coopératives, les caisses de l’ONA, les
coffres de la Banque Nationale. En somme la violence, la subversion, la
terreur, la corruption sont leurs armes privilégiées. Julien Freud met les
hommes politiques en garde contre l’irénisme c’est-à-dire cette tolérance
dangereuse qui les porte à nier l’ennemi. Cette attitude, renchérit-il,
est plus qu’une défaillance de jugement mais une absence de jugement. Sous
un régime tyrannique, c’est une marque d’infantilisme de négliger les
présupposés qui conditionnent les compétitions électorales. Du moment que
les lois républicaines, la justice, les libertés citoyennes sont foulées
aux pieds, on devrait s’attendre au déchaînement des passions et à la furie
coutumière lavalassienne mettant en danger le droit de vote et le verdict
des urnes. Ce n’est pas un coup d’essai, c’est une pratique politique.

Il ne suffit pas de se réunir , comme au théâtre, à St Domingue pour
monter, avec des effets spéciaux, une pièce que l’on croit pouvoir
interpréter sans faute sur la scène haïtienne. En politique, le sophisme et
les arguties créent des attentes équivoques et dangereuses. Déclarer par
anticipation un candidat ou une candidate comme l’homme ou la femme
politique du moment, sans aucune corde à son arc, ne lui ouvre pas
nécessairement la porte du pouvoir. Cette illusion d’optique créée à
souhait pour imprimer notre rétine est passagère et participe plutôt de
l’effronterie. Il faut bien saisir le jeu politique en cours pour bien
dresser ses batteries et frapper en plein dans le mille. L’objectif de
Préval c’est d’obtenir la majorité au parlement, révoquer la constitution
de 1987, adopter une nouvelle constitution. Organiser les élections
générales en 2010 sans les casecs et les asecs et remettre le pouvoir à
Jean Bertrand Aristide. Tel est l’énoncé du problème.

Dans cet imbroglio on devrait s’attendre à des conflits. Point n’est besoin
de chercher des excuses en invoquant des arguments d’ordre moral. Un
préjugé intellectualiste à la fois stérile et béat nous porte à verser dans
des considérations scientifiques purement théoriques en laissant le champ
libre aux condottieres de Préval et d’Aristide. Turlututu bouche pointue !
L’analyse phénoménologique de l’action politique haïtienne, durant ces deux
dernières décennies, révèle que les Hommes de lettres n’ont pas la primeur.
La manivelle de la machine politique est entre les mains des chimères. Ce
n’est pas une impression personnelle, c’est la réalité haïtienne
contemporaine. Morale et politique souvent ne font pas bon ménage. C’est à
la faveur des pluies torrentielles que Lavalas descende tout en laissant
sur le macadam misère et désolation. A chaque joute électorale, nous nous
contentons de pérorer, polémiquer et protester. John Fitzgerald Kennedy
nous a bien mis la puce à l’oreille en affirmant : « Si les hommes de bien
ne déploient pas la même stratégie que les vagabonds, le pays est foutu. »
Si nous refusons de nous serrer les coudes, ils oseront encore !








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