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Infrastructures & Sous-développement - Par : Joël Lorquet

jeudi 15 janvier 2009 par William Toussaint

Six heures d’horloge pour relier Les Cayes a Jérémie
(92 kilomètres seulement) incroyable en 2008 !
L’asphaltage annoncé de cette route résoudra un problème majeur
au niveau de l’infrastructure routière dans la Grand’Anse
Par Joël Lorquet
NDLR. Cet article a été rédigé par l’auteur en décembre 2007 après une tournée à Jérémie, deux mois avant l’annonce par la Primature du lancement officiel ou plutôt symbolique du projet de construction de la route Cayes-Jérémie.
Les photos illustrant ce texte ont été prises le lundi 25 août dernier à « Rivière Glace » près de Jérémie par un photographe amateur. De justesse, il n’y pas eu de victimes parmi les passagers de l’autobus comme ce fut le cas le 18 août écoulé lors du passage du cyclone Fay ou des dizaines de personnes, dans les mêmes conditions, ont été emportées par les eaux en furie de cette rivière.

A l’ère de la technologie et des autoroutes de l’information, aucun habitant d’un pays de la Caraïbe ne croirait qu’il existe encore des endroits où en 2008 il faut mettre encore plus de 6 heures à parcourir moins d’une centaine de kilomètres entre deux villes principales, juste en raison de carence d’infrastructures routières sur un territoire situé à seulement une heure et demie de vol de la plus grande nation de la planète, les Etats-Unis ! C’est pourtant le cas pour plusieurs tronçons en Haïti reliés à la capitale (Hinche, Port-de-Paix, Thiotte, Petit Trou de Nippes), et plus particulièrement Jérémie où le voyageur se voit obligé de perdre temps et argent, tout en risquant sa vie en raison de l’état lamentable de la route.
Pour se rendre à Jérémie, une fois sur la route de Camp-Perrin, le conducteur n’a d’autre choix que d’emprunter une route serpentée, en terre battue, remplie de crevasses et de pierres le forçant ainsi à rouler à pas de tortue.
Par temps de pluie, lorsque la « Rivière Glace » est en crue, les automobilistes doivent attendre la baisse des eaux pendant plusieurs heures, sinon des jours, pour pouvoir la franchir. Toujours durant les temps d’averses, la chaussée est glissante et donc très dangereuse ; n’importe quelle erreur du chauffeur peut projeter le véhicule dans le ravin.
A différents endroits deux camions ne peuvent croiser, ce qui oblige l’un des conducteurs à faire marche arrière en raison de l’étroitesse de la route bordée de falaises dans sa plus grande partie, comme c’est le cas par exemple à la localité dénommée « Nan Ramp ». Ce tronçon est complètement exécrable car il faut affronter de grosses pierres que seules les solides 4x4 ou les poids lourds arrivent à vaincre, mais non sans difficulté.
Arrive à « Les Courberas » on se croirait à l’entrée de la ville de Jérémie, mais hélas, une marre de boue résultant d’une série d’avalanches complique la situation de l’automobiliste ; là, il faut pratiquer de la gymnastique et faire appel a son intelligence d’esprit pour arriver a franchir cet obstacle et rouler encore pendant une bonne cinquantaine de minutes avant d’arriver finalement à destination.
Une importante cérémonie a failli être reportée, au milieu du mois de décembre dernier, en raison du mauvais temps, car les principaux invités avaient opté d’arriver par avion au lieu d’affronter les rigueurs de cette route alors qu’entre temps les vols avaient été momentanément suspendus. Une situation qui aurait pu ne poser aucun problème, si la route était normalement praticable.
Le mauvais état de la route occasionne de nombreuses pertes
« C’est impensable ! C’est incroyable qu’en 2008 on n’a même pas la possibilité de se rendre aux Cayes ! » affirme le Père Ernest Joseph, Directeur de la Radio Tèt Ansanm de Jérémie (105.9 FM Stéréo). Le Père Joseph pense que la réalisation de la route favoriserait une porte ouverte au développement de la zone toutefois, il préconise « l’entretien et une gestion efficace de l’environnement et non faire la route pour faire la route », dit-il.
Jean-Luckner Laguerre, professeur et journaliste de carrière (correspondant de la Voix de l’Amérique) note que « le mauvais état de la route reliant Camp-Perrin à Jérémie n’est pas à l’avantage des Grandanselais qui sont obligés de risquer leur vie en bateau ou payer au prix fort un billet d’avion », dit-il. Laguerre observe que « la route occasionne également de nombreuses pannes au niveau des bus assurant le transport en commun, sans oublier le nombre d’accidents enregistrés sur une base quasi-régulière ».

Selon Jean-Luckner Laguerre, le tronçonsitué dans la zone de « Les Courberas » non loin des Roseaux et de « Carrefour St Charles » près de Beaumont est le plus dangereux de la route, à cause des falaises. Cette région est également formée de boue et d’alluvions en provenance des montagnes voisines lors d’éboulements provoqués particulièrement en temps pluvieux, obligeant les passagers à descendre de l’autobus pour traverser à pieds et attendre un autre pour poursuivre le trajet. L’une des parties encore très difficile demeure la zone communément appelée « André » non loin de « Carrefour Beaumont », cependant sa longueur ne dépasse pas 3 kilomètres. « Fanm pa dra », en dépit de l’intervention du président René Preval à la fin de son premier mandat, demeure une zone difficile avec une pente raide, fait remarquer Jean-Luckner Laguerre.
Pour Jean Marc-Antoine Guilloux, PDG de Radio Xaragua (89.5 FM), La route reliant Les Cayes à Jérémie est un véritable tombeau ouvert attendant des cadavres pour le remplir. Marc-Antoine n’hésite pas à faire la comparaison suivante : en 1987, il a fallu 7 heures d’horloge pour effectuer le trajet Port-au-Prince - Jérémie en véhicule public, et cela coûtait seulement 50 gourdes ; 11 ans plus tard indique-t-il, il en faut 14 heures et les frais sont fixes à 500 gourdes.
Les observateurs font remarquer que l’état de la route reliant Les Cayes à Jérémie s’est aggravé suite à la disparition du Service d’Entretien Permanent du Réseau Routier National (SEPRRN), après le départ de Jean-Claude Duvalier, et depuis il n’y a plus d’entretien sauf lors de la fête de Saint Louis Roi de France, patron de Jérémie, célébrée annuellement le 25 août. Les autorités sont alors obligés de rafistoler la route en raison du nombre d’étrangers et d’officiels visitant la ville. Malheureusement, les petits travaux de réparations effectués ne durent pas ; après quelques averses la route redevient dans le piteux état habituel.
A noter que présentement, grâce à l’initiative de M. Eddy René, propriétaire du bus « Dieu qui décide », au moins trois groupes de travailleurs équipés de brouettes et de pelles s’attellent à réparer à qui mieux mieux certaines parties de la route ; mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan, font remarquer les observateurs.
Attendre la fin des travaux avant de crier victoire
C’est effectivement incroyable qu’en 2008, il faut compter au moins 6 heures d’horloge pour parcourir les quelques 92 kilomètres de route reliant Les Cayes à Jérémie. Avec une bonne route, le conducteur aurait pu réaliser un tel parcours en moins de 2 heures.
Interrogé sur ses projets en ce qui a trait à la route Cayes-Jérémie, le Maire de la Métropole de la Grand’Anse, le Dr Ronald Etienne à peine installé dans ses fonctions au début du mois de décembre dernier a déclaré : « Etant donné qu’il s’agit d’une route interdépartementale, il revient au gouvernement de s’en occuper ». Interrogé plus loin sur ses projets en ce qui a trait à la route Cayes-Jérémie, prolongement de la Nationale Numéro II, le premier citoyen de Jérémie indique que ses attributions consistent plutôt à s’occuper des routes intérieures de la ville ». Toutefois, le Dr Etienne dit être informé que grâce a un financement de la BID, les travaux de constructions devraient finalement commencer au début de l’année 2008. Le maire précise que le tronçon reliera le « Poste Aux Bacs » à « Camp-Perrin ». De leur côté, les habitants rappellent que ce n’est pas la première fois que les autorités annoncent l’inauguration de cette importante route et rien n’a été fait. Cette fois-ci, ils préfèrent attendre de voir le début effectif des travaux pour confirmer la réalisation des promesses et la encore ils ne crieront victoire qu’a leur achèvement...
ANNOTATION
A noter qu’au moment où nous nous apprêtons à publier cet article rédigé depuis le mois de décembre dernier, nous avons appris que le Canada se propose de construire la route Cayes-Jérémie selon une dépêche de l’AFP en provenance de Montréal et datée du 15 février 2008.
Selon cette dépêche, le gouvernement canadien a annoncé une aide de 125 millions de dollars canadiens pour financer sept projets de développement en Haïti, dont la construction d’une route. “Ces projets procureront des bienfaits immédiats aux Haïtiens et contribueront en même temps à instaurer à long terme les conditions essentielles au développement durable d’Haïti”, a déclaré la ministre de la coopération internationale Beverley Oda à Montréal, où vit une importante communauté haïtienne.
La plus grande partie de la contribution — 75 millions de dollars — sera consacrée à la construction et à la réfection de la route reliant les villes de Jérémie et Les Cayes en Haïti. Les autres projets concernent notamment la santé et la maternité pour 19 millions de dollars ou l’éducation pour quelque 16 millions de dollars et 13,8 millions iront à l’assistance technique à l’Etat haïtien.

Joël Lorquet

Joellorquet@ yahoo.com








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