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L’epineux dossier de la Stanford bank - Par : Gary BODEAU

lundi 11 mai 2009 par William Toussaint

Haiti : L’épineux dossier de la Stanford BANK

J’ai lu l’article de Mr. Vailles paru dans le quotidien « La Presse » (Montréal), sur la faillite de la Stanford Bank. Je l’avoue, les révélations du journaliste canadien m’ont un peu troublé. A entendre que 412 de nos compatriotes ont perdu 219,7 millions de dollars à l’étranger, franchement, cela m’a révolté. En tant que citoyen, je suis indigné de voir que les autorités haitiennes, en dépit de cette apparence de stabilité politique que connait le pays depuis la prise du pouvoir par l’Agronome René Préval, ne mettent en place aucune politique publique visant à rassurer les hommes et femmes de bonne volonté qui investissent dans ce pays. Il est tout à fait naturel et légitime que des citoyens-nes qui risquent leurs capitaux dans les conditions que nous connaissons tous, font des placements à côté pour se protéger. En vérité, je vous le dis, sans vouloir paraitre comme un oiseau de mauvais augure, beaucoup de nos concitoyens-nes qui ont traditionnellement investi en Haiti commencent déjà à se tourner vers d’autres cieux comme la République Dominicaine.

Je comprends mal que certains politiciens de la classe politique s’approprient cette affaire pour faire des tapages médiatiques et acculer d’honnêtes gens qui, jusqu’ici, ont permis à des mères et pères de famille de répondre aux besoins de leurs enfants. Alors, Messieurs, au lieu de continuer à polluer les ondes de la bande FM en faisant le procès de ceux qui ont été ruinés, vous devriez poser la problématique de cette fuite de capitaux qui gangrène le pays et voir comment la stopper. Il fut un temps où posséder était une fierté en Haiti ! Où sont passés les « grands-nègres » de quisqueya ou bohio ? Pourquoi ce sont les frustrés et les Criseurs pour reprendre Pierre Raymond Dumas qui occupent la scène nationale ? Sachez que nous sommes dans un système capitaliste où le profit est la règle. En ce sens, comment convaincre un citoyen d’investir toute son épargne dans un pays marqué par une crise énergétique sans précédent et l’absence totale d’infrastructures ?

Il est temps que nos élites prouvent qu’ils sont à la hauteur des aspirations de nos masses défavorisées qui réclament dans la dignité un emploi décent pour assurer leur devenir et celui de leurs progénitures. Partout dans nos régions, nous contatons une exode massive de nos paysans vers Port-au-Prince ou la Dominicanie en quête de vies meilleures. Tout ceci est dû à ce manque d’investissement qui caractérise nos campagnes. Nombreux sont les travailleurs du secteur agricole qui se sont d’emblée convertis en marchands-des de produits « pèpè » à cause de cette concurrence déloyale qui se fait sur le marché où les importateurs font la loi. Partant de ce constant, le paysan a de plus en plus de difficultés à écouler ses denrées en étant talonné par des produits importés disponibles à un bien meilleur tarif que les siens. Sa production (le paysan) lui coûte plus chère, pourtant il est obligé de vendre à bon marché sous peine de tout perdre. Verrons-nous un jour des Parlementaires capables d’élaborer des propositions de loi en faveur de nos investisseurs pour les mettre à l’abri des inconvénients du marché local ? Ainsi, je ne partage pas le point de vue selon lequel ces résidents haitiens qui ont misé gros du coté d’Antiqua sont des apatrides.

C’est vrai qu’il faut se comporter en entrepreneur-citoyen vu l’ampleur de la crise économique actuelle. Néanmoins, tant qu’il n’y a pas un cadre institutionnel et un climat propice à l’investissement, les grandes compagnies ne viendront pas ; et nos citoyens continueront à aller voir ailleurs. Pour remédier à cette situation désastreuse, il nous faut projeter une meilleure image de notre nation à l’échelle internationale et solliciter l’arrêt immédiat des « warning » sur Haiti auprès des pays qui se disent nos amis. Nous devons aussi changer notre façon de faire de la politique puisque toutes les crises qui ont émané de notre société durant ses vingt (20) dernières années sont d’ordre politique. De ce fait, la société civile, le gouvernement, les partis politiques devraient débattre des mécanismes à utiliser pour la tenue d’un grand forum citoyen souverain où tous les secteurs de la vie nationale pourraient s’engager dans la construction d’une société démocratique basée sur de nouvelles lois adaptées à la réalité quotienne du peuple Haitien. L’Etat ne peut continuer à être indifférent par rapport aux préocupations de nos producteurs et investisseurs nationaux parce qu’il est né de la volonté des individus de se dôter d’un instrument politique pour la gestion et la défense de leurs intérêts. Ainsi, l’activité économique peut-elle se concevoir sans l’intervention de l’Etat ?

Pour Adam smith (1723-1790), fondateur de l’école classique anglaise, le marché est l’outil qui permet de réguler l’activité économique en liant l’intérêt collectif et l’intérêt individuel. La libre concurrence dans la mesure où elle se manifeste par la présence de plusieurs vendeurs sur le marché garantit le juste prix. Car, les individus qui voudront faire des gains irréalistes n’auront pas d’autres choix que de se conformer à la loi du marché ou ils disparaîtront. Pour lui, l’Etat doit « laisser-faire » l’initiative individuelle et s’occuper de ses fonctions régaliennes. En ce sens, Friederick von Hayek (1899- 1992) pense que l’intervention de l’Etat sur le marché conduirait inévitablement au chomâge. Au contraire, Jhon Maynard Keynes (1883-1946) croit que l’Etat doit nécessairement intervenir dans l’économie surtout en période de crise pour combattre la récession, le chômage et voler au secours des institutions économiques. L’auteur de la théorie générale opte pour une régulation conjoncturelle afin de garantir le plein emploi. Il plaide aussi pour une relance économique par l’investissement et la consommation et est opposé au socialisme d’Etat et à la nationalisation. Une approche qui a connu énormément de succès au lendemain de la crise de 1929. Cependant, après la crise pétrolière de 1973, les gouvernements vont abandonner l’approche Keynesienne pour embrasser le libéralisme de Milton Friedman (1912-2006) plus approprié dans la lutte contre l’inflation selon certains. Dès le début des années 80, les idées économiques de Friedman sur la privatisation, le monétarisme, la fiscalité, la dérèglemention vont se matérialiser dans beaucoup de programmes gouvernementaux notamment aux Etats-unis avec Ronald Reagan, au Royaume-Uni avec Margaret Tatcher en passant par le Chili d’Agusto Pinochet etc.

Quelle Solution pour Haiti ?

Aujourd’hui, même ces pays réputés pour leur position libérale comme nous l’avons montré dans ce texte commencent à adopter des mesures visant à protéger leurs entrepreneurs. Nous avons vu aux USA par exemple le gigantesque plan de relance adopté par l’administration Obama pour stimuler l’économie et secourir certaines entreprises américaines. En Angleterre, Les mesures prises par le Premier Ministre Britannique Gordon Brown illustrent amplement la gravité de la situation. Donc, le gouvernement Haitien ne peut rester passif, il doit intervenir sur le marché non pour fixer les prix mais, pour le réguler momentanément par la mise en place d’un programme économique efficace dans le but d’accompagner nos investisseurs dans des secteurs où nous pouvons être encore compétifs. Toutefois, l’Etat n’a pas à s’approprier des moyens de production ni à asphyxier le secteur privé. Pour ce faire, Je proposerais à la Première Ministre Michèle Duvivier PIERRE-LOUIS d’envisager rapidement :

a) Un Plan de stimulation de l’économie en injectant 80 des 324 millions de dolars obtenus de la conférence des bailleurs dans le secteur informel, les coopératives agricoles et tout autre secteur clairement identifié.

b) La création d’un Fonds Initiatives Publiques (FIB) pour prêter de l’argent à un taux préférentiel aux jeunes désireux de monter leur propre business en leur garantissant un moratoire de quatre mois avant tout remboursement.

c) Des subventions pour les PME qui se sont établis dans les provinces afin de favoriser la décentralisation et inciter les entrepreneurs à donner le plus d’emplois possible dans l’arrière-pays.

d) Des investissements massifs dans des projets à effets rapides pour soulager la population des bidonvilles et des zones réculées en proie à de sérieuses difficultés.

D’autres mesures plus drastiques devront être prises pour accompagner nos hommes et femmes d’affaires dans leur volonté de contribuer au développement durable de la mère-patrie. A mon sens, nulle société ne saurait se développer sans la participation de la classe d’affaires. Il faut créer des conditions favorables à son épanouissement pourqu’elle se sente confortable du point de vue de la protection de ses intérêts.

En ce qui concerne, cette affaire de la Stanford Bank, le gouvernement ne peut laisser tout cet argent partir en fumée. L’ouverture dans le plus bref délai d’un bureau chargé de recueillir les doléances des victimes afin de les assister juridiquement dans leur démarche pour la récupération de leurs avoirs. Sauvons ce qui l’être !

Garybodeau@hotmail.com

Aucun sacrifice, aucune victoire !








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