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La Grand’Anse remet en question l’establishment politique

mardi 11 février 2014 par Administrator

Un forum, déjà réalisé dans les neuf autres régions du pays, s’est tenu à Roseaux, ce week-end. Il a permis à plusieurs acteurs de la vie sociopolitique de la région grand’anselaise de mieux appréhender les questions touchant à la loi électorale et celle relative au fonctionnement des partis politiques. Les participants, satisfaits des échanges, y ont trouvé l’occasion de manifester leur intérêt légitime pour les prochaines élections. Par contre, ils en ont profité pour remettre en question la politique du statu quo encore en œuvre, disent-ils, dans le pays, malgré des prétentions démocratiques affichées.

Etabli dans la commune de Roseaux (Grand’Anse), le nom du lieu, le terme « Escapade », inspire l’évasion. Mais, ce samedi 8 février, à l’invitation de la Fédération nationale des mairies haïtiennes (FENAMH) et de VNG International,- une agence d’appui à la gouvernance locale opérant dans la région des Palmes (Gressier/Léogane/Petit-Goâve) - les acteurs grand’anselais se préoccupaient surtout d’avoir une nette compréhension de la loi électorale, promulguée le 10 décembre 2013, et de la loi sur la formation, le fonctionnement et le financement des partis politiques.

Toutes tendances confondues, maires, Asecs, Casecs, représentants d’organisations paysannes, politiques, de femmes, de jeunes, des professionnels et universitaires, issus des douze communes du département de la Grand’Anse, ont trouvé là l’opportunité, dans une concrète expérience démocratique, de dégager des réflexions profondes qui, de leur avis, auraient pu alimenter et réorienter le dialogue interhaïtien actuellement en cours dans la capitale.

« Longtemps que nous n’avons pas vécu une expérience aussi enrichissante. A mon sens, elle devrait être réalisée et renouvelée dans chaque commune du pays, incluant les sections communales avec leurs habitations. Car tant que la politique se centralise dans la république de Port-au-Prince, je doute de la décentralisation effective du pays, donc de ses chances d’emprunter la voie du développement durable ». Cette remarque vient d’un participant rencontré après la formation, et qui s’est déclaré candidat aux prochaines municipales.

Ce genre de réflexion rejoint sans doute la vision de VNG International qui, selon sa conseillère politique, Mme Hilda Baker, présente au forum, se soucie d’apporter son expertise dans plusieurs pays, en vue d’une nouvelle approche de la gouvernance locale. Ce programme, a-t-elle confié, a été mis en œuvre par l’agence, suite à une demande formulée par les secrétariats techniques des Fédérations des mairies (FENAMH), des Casecs (FENACAH) et des Asecs (FENASEC). Il est donc spécifiquement conçu pour le renforcement des capacités de ces fédérations et la vulgarisation de la loi électorale.

Le projet, ont aussi souligné Hilda Baker et Joseph Gontran Louis (Billy)- directeur exécutif de la FENAMH,-comporte deux phases. Dans un premier temps, il s’agissait de présenter aux régions le projet de loi électorale. L’objectif consistait à sensibiliser les acteurs concernés à la question et faire germer chez eux des réflexions profondes y relatives. La loi étant désormais promulguée, VNG International, dans son rôle d’accompagnateur des fédérations sus-citées, s’est attelée à en faire la promotion pour en faire ressortir les nouveautés, faciliter sa compréhension en provoquant des discussions sur sa mise en application. Les échanges devraient habiliter également les électeurs à mieux choisir leurs représentants.

Pour permettre aux acteurs grand’anselais de parvenir aux finalités recherchées, deux intervenants, ayant de toute évidence la maîtrise de leur sujet, les ont entretenus pendant toute une journée. Depuis l’administration électorale, BED, BEC, en passant par les opérations jusqu’aux questions relatives au fisc. La loi électorale a été disséquée, avec un accent particulier sur la participation des femmes aux affaires politiques, donc aux élections.

Dans un second temps, fut établie pour le public la relation entre l’application de cette loi aux partis politiques. A cette phase, le débat s’est à nouveau enrichi, comme au début, lors de l’analyse du contexte politique actuel. Certes, à partir de leur expertise, les formateurs ont projeté beaucoup de lumière sur les échanges. Mais, par moments, ils n’ont pu qu’acquiescer aux réflexions nées des appréhensions des participants soucieux d’élections inclusives et de l’issue de la crise politique actuelle.

« Cette crise a pris naissance de la manière irrationnelle et traditionaliste dont se fait la politique chez nous, en particulier, de l’exclusion dont sont victimes les populations locales disséminées dans les collectivités territoriales ». Cette réflexion d’une femme compte parmi celles qui trouvèrent l’adhésion de tous. « Nous avons pour preuve le débat
interhaïtien qui se déroule actuellement, renchérit un autre. Nos prétendus leaders politiques n’ont jamais eu ce genre d’échanges avec nous, et pourtant ils se disent démocrates. Alors, comment en demeurant figés à la capitale peuvent-ils savoir ce qui passe réellement dans le reste du pays » ?

« A l’évidence, nous servons de proie, de bétail aux vautours politiques qui n’ont que faire de nos opinions ou de nos sentiments sur les problèmes nationaux. Il ne nous reste donc qu’à nous approprier cette loi électorale, conquérir l’espace des collectivités territoriales, constituer une force en vue d’exiger l’application de la Constitution et imposer par la suite notre propre vision, la seule politique apte au développement de notre pays ! », a déclaré, avec véhémence, un autre participant.

Comme prévu, la loi électorale s’est donc retrouvée, avec celle sur les partis politiques, en possession de chaque acteur présent, qui aura à partager sa compréhension de ces deux sujets avec les membres de son organisation. La démarche comporte également d’autres avantages. Outre le fait pour les potentiels candidats aux élections de comprendre la nécessité de recourir à une assistance légale, elle aura permis aussi aux acteurs de mieux cerner les enjeux de la loi électorale pour une meilleure harmonisation avec la crise politique actuelle. Doit aussi être pris en compte, dans le cadre de ce programme initié par la FENAMH avec le support de VNG International, l’éclairage projeté sur le rôle de gestion du Centre de tabulation national.

Les promoteurs du projet croient leur objectif atteint. Ils se basent sur le fait qu’à l’unanimité, les acteurs réunis à Roseaux, recommandent, pour les réflexions qu’elles suscitent, « la réalisation régulière de telles séances à travers le pays. Cela, de leur avis, aiderait à atténuer le risque de violence en période électorale et devrait aussi permettre aux candidats d’avoir des chances égales de l’emporter ».

Yvon Janvier- jyvon21@gmail.com

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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