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La médecine légale renaîtra de ses cendres

mardi 1er mai 2012 par Administrator

L’Institut médico-légal devra bientôt sortir de son agonie. Cette entité dont le travail éclaire la justice reprendra ses services au mois de mai, selon le ministre de la Justice, Michel Brunache. Depuis deux ans l’autopsie des cadavres n’est plus pratiquée en Haïti.

Haïti : L’Etat haïtien se donne jusqu’au mois de mai 2012 pour fournir l’appui scientifique permettant d’apporter les éléments de réponse aux crimes et forfaits graves perpétrés tant à Port-au-Prince que dans les villes de province. « Le local de l’Institut médico-légal a été réparé et les outils de laboratoires ont été achetés », a assuré Pierre Michel Brunache, ministre de la Justice et de la Sécurité publique. La question de salaire pour les professionnels de la médecine légale est en passe d’être résolue, a confié le ministre à radio Magik 9.

« C’est un ouf de soulagement », a soupiré le chef du parquet de Port-au-Prince, Jean Rénel Sénatus, invité à une table sectorielle, en prélude à la réouverture de l’Institut médico-légal. Cet instrument, dit-il, permettra aux juges d’exercer équitablement leur fonction. Avocat militant avant d’accéder à la tête du parquet de la capitale, Me Sénatus sait pertinemment qu’il n’y a pas de procès possible en cas d’homicide, de meurtre ou d’assassinat, si le corps est inhumé sans pratiquer une autopsie. « Depuis mon installation au parquet, j’ai livré avec le coeur serré, plusieurs dizaines de corps à leur famille sans la moindre autopsie », se désole le chef de l’action pénale. Et pour cause, l’autopsie des cadavres ne se pratique plus en Haïti depuis deux ans.

Dégoutés par les conditions de travail exécrables, les deux seuls médecins légistes dont dispose le pays avaient déposé leur scalpel. Découragés eux aussi, les premiers techniciens formés ont abandonné en raison du manque d’équipements scientifiques, d’où, par exemple, l’impossibilité d’effectuer les analyses d’ADN sur place. Ces experts formés à l’étranger ont fui le pays comme la peste, laissant derrière eux une longue liste de crimes impunis.

L’autopsie scientifique n’a pourtant rien perdu de son intérêt en Haïti. Quelque 500 cadavres placés sous contrôle judiciaire sont entrés en putréfaction à la morgue de l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti (HUEH) qui peine à réparer deux de ses chambres froides. « Ces corps, pour la plupart des prisonniers emportés par le choléra, sont entreposés depuis septembre 2010 », a affirmé Pierre Yves Jovin, le directeur de la morgue de l’HUEH qui intervenait à l’émission "Sak Pase" de Magik 9. Comme conséquence immédiate, une armée d’asticots sortis des cadavres de la morgue non réfrigérée ont envahit certains espaces du plus grand centre hospitalier du pays. Ces asticots se sont même répandus jusqu’au bâtiment de la médecine interne, avant qu’ils soient combattus à coups de produits chimiques.

Les cadavres sont tombés en putréfaction depuis que deux des quatre chambres froides de la morgue de l’hôpital général sont tombées en panne. « L’administration de l’hôpital a déjà décaissé les fonds nécessaires à la réparation des chambres froides. Nous attendons maintenant l’autorisation du parquet de Port-au-Prince pour inhumer les corps qui ne pourraient plus servir d’indices », a lancé M. Jovin. Le ministre de la Justice a lui aussi douté des possibilités que pourraient offrir ces corps en état de décomposition pour déterminer les principales causes du décès. « Qu’un diagnostic soit fait ! », a recommandé le ministre Michel Brunache.

Le chef du parquet a confirmé, entre-temps, un échange de correspondance avec l’administration de l’HUEH et une rencontre avec le chef de cabinet du ministre de la Justice pour faciliter la réparation de la morgue. Une note d’information, dit-il, a été publiée dans un journal à grand tirage pour annoncer l’inhumation des corps gardés trop longtemps. « Afin que nul n’en prétexte ignorance », a lancé Me Sénatus, sans l’espoir d’obtenir justice pour les victimes, en dehors d’une autopsie.

Les centaines de corps gardés, pendant plusieurs années, dans l’attente d’une autopsie ne sont pas les seuls fardeaux de la morgue de l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti. « Presque la moitié des cadavres admis sont abandonnés ou ne sont pas réclamés par leurs parents », selon des chiffres avancés par le directeur de la morgue attenante à l’Institut médico-légal. Des indices du faible pouvoir économique de la majorité des familles haïtiennes et des frais funéraires considérés très élevés.

Claude Gilles

Twitter : @ClaudeGilles

Voir en ligne : www.lenouvelliste.com







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