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MUPANAH/Exposition

Le Mupanah expose les pionnières de l’atelier de Tête-de-l’eau

samedi 12 avril 2014 par Administrator

Dans un double souci de commémorer et d’honorer, le Musée du panthéon national haïtien a ouvert, le 29 mars écoulé, l’exposition « Les femmes peintres de l’atelier de Tête-de-l’eau ».

Les œuvres d’Andrée Naudé, Tamara Baussan, Marie-José Nadal et Michèle Manuel, les pionnières de cet atelier, mais également du Centre d’art de Dewitt Peters à son vernissage inaugural en 1944, ornent actuellement les murs de la galerie artistique du musée. Le public a la possibilité de découvrir ces femmes peintres jusqu’au 22 avril.

Cette exposition, qui est d’abord réalisée dans le cadre du mois de l’histoire des femmes, met en valeur plus d’une soixantaine de tableaux de ces artistes. Elle attire, par ailleurs, l’attention sur l’aspect avant-gardiste de la création artistique en Haïti. L’atelier ne se définissant pas en termes d’unité de forme ou de fond, chaque artiste a évolué dans son style particulier, s’intéressant chacune à des éléments spécifiques de l’art. Une recherche technique et d’inventivité transpire dans leurs peintures. Andrée Naudé, Tamara Baussan, aussi bien que Marie-José Nadal ou Michèle Manuel ont peint des sujets comme la nature morte, les scènes de marché, les paysages, la vie paysanne, les nus, l’espace…

Présentation des artistes

Andrée Georges Naudé (Belgique, 1904 - Haïti, 2003)

Andrée Naudé a fait ses études classiques et universitaires à Paris. Tout de suite après, elle s’est adonnée à la peinture en travaillant dans plusieurs académies. Au début du siècle, Andrée Naudé est venue s’installer en Haïti aux côtés de son époux. Séduite par le paysage, d’où elle tire l’inspiration pour son art, elle en a fait son pays d’adoption, depuis 1931. Andrée Naudé a participé à la fondation du Centre d’art. Elle y a, à maintes reprises, exposé seule et aussi en groupe avec les femmes peintres de « l’atelier de la Tête-de-l’eau ». C’est elle qui a créé cet atelier fréquenté régulièrement, pendant des années, par les femmes peintres d’Haïti.

En 1978, elle a eu un « one woman show » à Montréal : cinquante ans de peinture. Elle a exposé en permanence aux galeries Marassa, Mapou et Touche d’Art. On retrouve ses toiles dans des collections privées : au Canada, aux États-Unis, en France, en Suisse et en Allemagne. Dans son œuvre, elle affiche une volonté évidente de libérer les formes et éliminer les détails superflus. Sa peinture est faite de lignes précises.

Tamara Baussan (Russie, 1909 – Haïti, 1999)

Très jeune, Tamara Baussan a débuté son apprentissage de la peinture avec des professeurs privés à Bakou d’abord, puis à Istanbul, en Turquie, où elle a émigré avec ses parents. Ensuite, elle est entrée à l’académie Roman Jérôme de Paris. Elle a épousé l’architecte haïtien Robert Baussan et est venue habiter en Haïti, en 1931. Une des premières femmes à avoir rejoint le groupe du Centre d’art en 1944, elle a pris part à l’exposition inaugurale du centre. L’artiste s’est révélée une dessinatrice avisée, et aussi une passionnée de nature morte. En outre, une grande partie de ses dessins est basée sur l’art abstrait et la déformation des lignes. Le 26 février 1945, elle a inauguré un cours pour les enfants.

Dans ses œuvres, Tamara Baussan a fait preuve d’une rare maîtrise. On verra chez elle un grand souci, une obsession académique de la précision, du détail. Cette importance qu’elle accorde au détail, à la précision est telle que sa peinture est léchée même lorsque la touche se libère, devient forte, fragmentée. La couleur chez Tamara Baussan respecte le ton local. Ses touches, ses formes créent le mouvement, l’inattendu. En abordant la peinture de cette artiste, l’observateur se retrouve face à l’organisation circulaire qui constitue la charpente de toute œuvre haïtienne.

Marie José- Nadal

Née à Port-au-Prince le 22 avril 1931, Marie José- Nadal s’est initiée à la vie artistique dès l’âge de 4 ans. C’est avec Dewitt Peters, le directeur du Centre d’art, qu’elle a commencé à suivre ses premiers cours de peinture. C’était en 1944, elle avait 13 ans et était la plus jeune de la promotion. D’autres professeurs, comme Georges Ramponeau et Lucien Price, ont également contribué à sa formation en arts plastiques. Toute jeune, elle suscitait déjà beaucoup d’espérance, et s’est, depuis, fait une réputation de promotrice de l’art haïtien. En 1948, elle a quitté le pays pour poursuivre ses études à Bouffémont en France, puis à Montréal au Canada. Après des études à Ottawa avec Robert Hydman et Henry Masson, elle a rejoint les femmes de l’atelier de Tête-de-l’eau, en 1959.

Marie José-Nadal est l’une des instigatrices du groupe « Les femmes peintres ». Ce mouvement s’est propagé aux États-Unis grâce à Lois Maïlou Jones Pierre Noël. Depuis 1944 jusqu’à aujourd’hui encore, elle n’a cessé d’exposer tant en Haïti qu’à l’étranger, notamment en Amérique du Nord, en Europe et dans les Antilles. Elle a reçu, en 1965 à Port-au-Prince, le deuxième prix du salon Esso, avec son œuvre « L’oiseau noir ». L’un de ses tableaux « Paysage spatial » est conservé au musée de Rennes, en France. En 1986, elle a publié, conjointement avec Gérald Bloncourt, l’ouvrage intitulé « Peinture haïtienne », aux éditions Nathan, Paris. Marquée par le plus grand évènement de notre temps, la conquête de l’espace, qu’elle traduit dans ses œuvres, ses toiles empreintes de spiritualité nous emmènent dans cet espace planétaire où l’on frôle d’autres planètes qui roulent parmi des soleils sanglants.

Michèle Manuel

Née à Port-au-Prince le 5 mai 1935, Michèle Manuel a vécu une partie de son enfance à Jacmel. Elle a fait ses premières armes dans la peinture dès l’âge de neuf ans. C’est au Centre d’art à Port-au-Prince qu’elle a suivi des cours dans le domaine de l’art. Elle a travaillé avec l’artiste américaine Lois Jones Pierre Noël, a fait son stage avec le célèbre professeur d’art Cervoni à Porto Rico, puis à Rochester dans l’État de New York à la Galerie d’Art Mémorial.

Pour Michèle Manuel, la vie est mouvement, foule et déplacement. Intelligemment, elle organise son espace en jouant avec la perspective. Elle a un grand souci de la mise en pages bien faite. Son travail rayonne la chaleur avec ses couleurs fortes, ensoleillées, vives. Au courant de toutes les tendances, elle subit certaines influences : les fauvistes, Braque, Picasso. Le rouge brique prime dans ses peintures. Excellente dessinatrice, ses encres aux personnages signifiés sont remarquables. Une de ses peintures a été utilisée pour la fabrication d’un timbre-poste pour Haïti. Si la peinture de Michèle Manuel fait penser à la spontanéité, l’élaboration de ses constructions, particulièrement dans ses paysages de ville, prouve que chacune de ses œuvres est le fruit d’une longue réflexion. Sa peinture a contribué à dissiper la méprise faisant d’une femme peintre de chez nous une artiste du dimanche.

La plupart des œuvres exposées font partie de la collection du Mupanah ou de collections privées des familles des artistes. Tel est le cas pour certains tableaux de Tamara Baussan, mère de l’ancienne secrétaire d’État au Tourisme, Elsa Baussan, et de Marie-José Nadal, mère de Michèle Frisch, actuellement conservatrice au Mupanah.
Péguy F. C. Pierre

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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