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Le cri du mourant - Par : Jean Erich René

samedi 18 juillet 2009 par Erich Jean René

Le cri du mourant - Par : Jean Erich René

Un processus historique propre à la permissivité, au silence complice et à
la démission a conduit Haïti sur le grabat. Il n’est pas permis à tout le
monde de saisir la trame des événements, de diagnostiquer les racines du
mal afin de supputer les issues possibles surtout lorsqu’on n’est pas
initié à l’art du décentrement dont parle le sociologue Norbert Elias. Au
milieu des flots on est comme subjugué par la multitude et l’immédiateté
des incidents qui sont souvent à l’origine de modifications majeures dans
le comportement futur des citoyens. L’éclair de lucidité post-événementiel,
trop tardif, ne nous accorde aucune marge de manœuvre pour redresser la
barque naufragée. Un sentiment de mépris et d’abandon inspiré par un dégoût
de la chose publique cautionne notre repli en acceptant le fait déjà
accompli. C’est ce point de faiblesse qu’exploitent les dictateurs pour
mettre leurs projets à exécution.

Une simple plongée dans le cambouis social haïtien nous permet de
distinguer les strates significatives de notre dégringolade. Il y a plus de
50 ans en Haïti, il n’était pas possible pour un analphabète fonctionnel de
se porter candidat à la présidence. L’espace politique était plutôt réservé
à une élite intellectuelle, même quand elle enfante des gouvernements de
doublure. Des débats d’idées animés par les écrivains de la Génération de
la Ronde, l’École Indigéniste, les Griots etc. ont toujours aiguillé des
prises de position, enflammées et nationalistes. Il y avait une prise de
position contre l’ingérence étrangère. D’où ce cri déchirant d’Etzer
Vilaire dans « A ma Patrie » :

Toi que le long d’un siècle une foule ignorante
Sur une claie infâme a trainé expirante
Que de fois n’a-t-on pas prostitué ton nom ?
Tu crois entendre hélas ! Dans le vent qui t’emporte,
La voix des nations s’écrier : « Elle est morte »

Que c’est triste un pays en agonie ! La mort n’est pas une fin en soi. Elle
sanctionne souvent l’extinction d’un mode de pensée indispensable à la
floraison d’idées nouvelles. Sans l’hiver il n’y aurait pas de printemps.
Il fallait un Vendredi Saint pour la résurrection du Dimanche de Pâques. Le
spectacle attendrissant auquel on assiste actuellement sur la scène
politique haïtienne sonne certainement le glas d’une génération fatiguée,
désabusée. Elle n’a pas échoué mais elle a accompli sa mission à la mesure
de ses moyens. Nous avons un passé avec des souvenirs peu reluisants. Nous
vivons certes des moments d’angoisse, mais nous avons aussi un avenir et de
brillants projets. Il ne faut surtout pas baisser les bras face aux
préparateurs de l’apocalypse. . L’espoir d’une vie nouvelle appartient à un
futur proche.

Les leçons de l’histoire nous enseignent qu’à chaque fois qu’un Président
en selle tente de changer la Constitution c’est pour assurer sa pérennité
au pouvoir. Le pourcentage de réussite est faible. Ils sont pour la
plupart renversés par suite du soulèvement populaire. Le pire c’est qu’il
s’agit, cette fois-ci, de modifications profondes mettant en danger les
droits fondamentaux des citoyens. Il n’y a pas d’équivalence favorable dans
le remplacement dans les articles 4, 91, 96 et 135 de la Constitution de
1987, de nationalité d’origine par nationalité de naissance dont la
définition a été galvaudée par la Commission présidentielle. Dans tous les
pays, être né d’un père et/ou d’une mère haïtienne est une filiation
parentale qui implique la loi du sang c’est-à-dire le « jus sanguinis » que
les magiciens du président ont changé, abracadabra, en « jus soli ». Les
deux sont complémentaires mais leur permutation et leur mutation sont
dangereuses.

Le droit civil n’est pas un chaos. Il y a une terminologie qui lui est
propre et qui a été préalablement orchestrée dans sa lexicologie bien
longtemps avant cette dernière pluie d’opportunistes. En vertu de la règle
« toti et soli definite » la logique aristotélicienne nous enseigne qu’une
définition est unique et totale. Aucune interprétation ou décision
politique ne peut lui enlever son caractère générique. Compte tenu de
l’universalité des principes du droit civil certaines spéculations purement
subjectives sont très mal venues. Dans tous les pays d’Europe et d’Amérique
la « Nationalité de Naissance » est liée au Territoire mais non aux Parents
comme l’entonnent nos joyeux lutins. Il existe un Code Civil qui définit
les règles à suivre de la naissance à la mort. Il y a certes des nuances
partout dans le monde mais le Code Civil répond à la vertu de l’idéologie
légaliste. L’écrit ne fait loi que dans ce qu’il contient. Le cri du
mourant en appelle à notre conscience de citoyen responsable








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