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Les principaux problèmes structurels du ministère de la Culture et de la Communication - Par : Pierre Raymond Dumas

dimanche 22 novembre 2009 par William Toussaint

Pierre Raymond Dumas

Il y a vingt ans, le 19 décembre 1989, le décret modifiant les structures du ministère de l’Information et de la Coordination devenant désormais ministère de l’Information, de la Culture et de la Coordination, désigné sous le sigle MICC, parut dans Le Moniteur en date du 28 décembre 1989 sous la présidence du gouvernement militaire du lieutenant-général Prosper Avril. Entre janvier 1990 et février 1991, j’occupais la fonction de directeur de la Culture et des Arts au sein du MICC, en d’autres termes je fus le tout premier fonctionnaire à piloter cette direction. Auparavant, par l’arrêté de nomination du cabinet ministériel en date du 12 février 1988, l’idée exaltante d’un ministère des Affaires culturelles prit naissance sous le gouvernement Manigat-Célestin avec le célèbre romancier, poète, peintre, dramaturge, musicien, comédien, chanteur, Frankétienne comme ministre (plus-que-éphémère) tandis que le grand promoteur de la langue créole Roger E. Savain fut nommé ministre de l’Information, de l’Education populaire et du Tourisme dont je fus l’un des membres de Cabinet en qualité de chargé de mission (avril-juin 1988).

On a bien compris, je le crois, que les différences entre le ministère des Affaires culturelles créé par le président Leslie F. Manigat et le MICC du général-président Prosper Avril sautent aux yeux ! Une première mise en question de la loi du 12 mai 1982 regroupant les départements ministériels de la Présidence, de l’Information et des Relations Publiques. De façon nominale, c’est sous le gouvernement Préval-Smarth que le ministère de la Culture et de la Communication (MCC), avec le cinéaste Raoul Peck à sa tête, allait s’instituer en un faisceau parce que sous le gouvernement Aristide-Michel et le gouvernement Aristide-Werleight les deux entités -missions étaient séparées : Henri Claude Ménard et Paul Antoine (ministres de l’Information) et Jean-Claude Bajeux (ministre de la Culture). C’est bien avec le gouvernement Prosper Avril que l’on trouve la première grande harmonisation de l’Information (ou Communication) et de la Culture, deux champs d’activités regroupés en une seule structure organisationnelle, assignés à construire et valoriser leur existence à travers l’invention de politiques et d’actions complémentaires.

Où tout cela nous mène-t-il ? Où voulons-nous en venir ? Il s’agit d’articuler une réflexion instructive, dans une parole d’ordre historique, qui soit en même temps liée à des procédures d’évaluation et permette un bilan d’inspiration thérapeutique.
La plupart des procès intentés contre le MCC, prolongement du département de la Coordination et de l’Information transformé par la Loi du 12 mai 1980 en secrétairerie d’Etat de l’Information et des Relations publiques, s’emploient à montrer que la double mission à lui dévolue n’a jamais pu être remplie jusqu’à aujourd’hui par un ministre parce que certains, pour des raisons de conjoncture politique, se sont occupés exclusivement de communication et d’autres, de par leur parcours professionnel, ont investi un peu sur la culture. Jamais aucun d’entre eux n’a fait preuve d’un certain équilibre, d’une gestion harmonieuse qui tient compte véritablement du caractère transversal et pluridisciplinaire du ministère. Cette indication n’est pas décevante seulement pour les citoyens ; elle rappelle également qu’à maintes reprises, à défaut de ministres complets, l’idée de diviser en deux comme dans le passé le MCC ou de nommer un secrétaire d’Etat est agitée. C’est un problème très grave de parler d’un ministère comme d’une entité tiraillée et désarticulée, en sachant qu’il s’agit évidemment d’un problème de compétence et de leadership au plus haut niveau.

On peut certainement inscrire au coeur de cette cohabitation-distorsion les origines explicatives de ce fameux « déficit de communication » dont on parle à tort et à travers. La tâche qui incomberait au pouvoir exige à cet égard un retournement des habitudes et des relations publiques. Arraisonnement total de tout ce qui est, en vue d’une redynamisation des politiques publiques.

Mais c’est bien de cela qu’il s’agit : c’est que l’opacité est partout dans ce pays, et qu’elle détruit le souffle du changement pour lequel les jeunes générations se sentent faites. C’est une volonté politique réformatrice de s’engager qui mettra fin au déficit de communication.

Depuis sa création en 1989, l’un des problèmes structurels de ce ministère, c’est le tragique problème de pénurie en matière de ressources humaines qualifiées en nombre suffisant. A s’en tenir aux faits, ce problème n’est pas non plus abordé et appréhendé que ne pourraient le laisser croire les innombrables Plans directeurs de la Culture, Etats généraux de la Culture, études de terrain, enquêtes sectorielles, colloques, rapports officiels dont il s’entoure. Tapageusement. C’est important, plus que nécessaire de le maîtriser progressivement grâce à la valorisation des cadres recrutés sur concours. Cet effort de renforcement institutionnel est urgent.

L’autre problème du MCC dont l’utilité laisse à désirer jusqu’à présent comme d’autres ministères, c’est l’absence d’un organigramme basé sur une loi-cadre. Des documents apportés à charge et à décharge dans ces débats, les plus frappants, les plus navrants sont certainement ceux qui touchent à la loi-cadre qui n’a jamais été soumise au Parlement pour ratification. Les projets de loi organique ne manquent pas. Les plus récents viennent des ministres Eddy Lubin et Olsen Jean Julien. Mais leurs efforts ont été freinés probablement par l’indifférence des plus hautes autorités et l’impuissance des opérateurs culturels. Il y a là un grand chantier, indiscutablement.

Entre la pénurie de cadres compétents et l’absence de loi-cadre, les débats font rage. Or, autant les faits s’accumulent pour accuser ou défendre tous ceux et celles qui se sont succédé aux commandes du MCC, autant reste à l’arrière-plan l’épineuse question de son budget qui ne dépasse pas 1% du budget national. Et c’est bien là toute la difficulté. Il faut une volonté politique à tous les niveaux pour accroître l’enveloppe budgétaire du MCC. Il faut agir en ce sens. La société civile peut/doit jouer sa partition sur le plan des pressions médiatico-politiques et du lobbying.

Malgré les palabres et les déclarations officielles, le secteur culturel n’est pour les décideurs politiques ni une urgence ni une priorité. Car leur rapport à la culture n’est que la culmination d’un rapport affreusement hostile à la sauvegarde de notre patrimoine et à la créativité légendaire de notre peuple. Sans doute. Pourquoi ce mépris acharné, pourquoi ces gigantesques et répugnants déficits ?

Pierre-Raymond Dumas








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