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Nuages à l’horizon pour les boursiers haïtiens - par : Belmondo Ndengué

mardi 2 novembre 2010 par Administrator

Après l’accueil triomphal réservé aux 163 boursiers haïtiens à leur arrivée au Sénégal, le 13 octobre dernier, l’euphorie a cédé la place aux réalités de l’intégration en terre africaine. Aux problèmes de logement ayant surgi au sein de l’Université Cheick Anta Diop (UCAD) de Dakar, s’ajoute l’attitude de certains étudiants sénégalais, qui digèrent mal que d’autres, venus d’ailleurs, soient mieux pris en compte. Cette réaction pourrait surprendre.

Haïti : Les images de la cérémonie d’accueil de la délégation haïtienne à Dakar à la mi-octobre n’avaient pas moins traduit la volonté des autorités sénégalaises de permettre à de jeunes haïtiens, issus d’un pays dévasté par le séisme du 12 janvier, d’aller poursuivre leurs études dans un pays réputé pour la qualité de son enseignement supérieur. D’une manière générale, l’offre du premier mandataire sénégalais avait été saluée par ses pairs du continent africain, par la presse panafricaine et internationale. Mais au sein même du pays hôte, quelques voix discordantes doutaient de la capacité d’un pays qui a ses problèmes, à gérer l’équation haïtienne, alors que des milliers de bacheliers n’ont pas accès chez eux aux universités. Une frange de l’opposition et de l’élite intellectuelle sénégalaise avait même crié au scandale.

Dès les premiers jours, des boursiers Haïtiens ont émis des critiques sur la qualité de l’eau qu’ils consommaient, l’état des toilettes, le manque d’aération dans les chambres, les mets sénégalais auxquels ils n’étaient pas habitués. De leur côté, les amicales d’étudiants sénégalais qui brûlaient d’envie ont fini par étaler au grand jour leurs frustrations. Le 28 octobre, le ton est monté d’un cran. Des représentants des Amicales des étudiants de l’Université Cheick Anta Diop ont menacé dans un communiqué pour le moins musclé, de « chasser les étudiants haïtiens du pavillon qu’ils occupent, après les formalités pour accéder aux commodités sociales : logements, soins de santé, etc.), si les autorités ne leur trouvent pas de nouveaux logements ».

Comme on peut le constater, les autorités universitaires ont délogé, de la cité universitaire, des Sénégalais au profit de leurs hôtes haïtiens. L’autre grief des contestataires de l’UCAD est encore plus complexe. Le ton est particulièrement ferme et n’épargne pas les autorités au pouvoir à Dakar. « Il est absurde que nos frères traînent à la place de ces Haïtiens », a déploré Amadou Lamine Diongue, président de l’Amicale de la Faculté des sciences et techniques, avant de préciser que « l’UCAD souffre d’une capacité d’accueil insuffisante [ 5 000 lits pour 50 000 étudiants]. Nous n’allons pas sacrifier les étudiants sénégalais au profit des étudiants haïtiens [...]. Nous n’acceptons pas que, pour satisfaire une volonté politique, ces Haïtiens prennent la place de nos frères »

Voilà une situation qui interpelle la responsabilité des uns et des autres, étudiants et autorités des deux pays, qui ont signé des accords avant d’engager le processus. Les revendications des étudiants sénégalais qui ont dû céder leurs chambres sont compréhensibles. De même que leurs préoccupations sur les effectifs pléthoriques, qui font qu’il y ait peu de chambres pour tant de demandeurs à la cité universitaire.
Mais il est pour le moins surprenant que des jeunes venus d’un pays mythique, adulé de tous les Africains pour son héroïsme légendaire et ses souffrances, soient traités d’étrangers sur la terre de leurs ancêtres. Il y a des étudiants haïtiens dans d’autres pays d’Afrique de l’ouest, notamment au Bénin où le mot Haïti fait frémir d’émotion. A-t-on jamais assisté à une telle situation ?

Le retour - au conditionnel - de ce boursier haïtien dont le sexe ne nous a pas été précisé participerait d’un certain nombre de paramètres que nous n’avons pas encore à notre disposition. Il ne fait pas l’ombre d’un doute que les motivations de la majorité des jeunes Haïtiens soucieux de faire, en sens inverse, le long voyage que firent leurs ancêtres, il y a plus de cinq cents ans, étaient d’ordre intellectuel. La bonne réputation des formations sur le continent noir y était pour quelque chose. Mais un pays en développement d’Afrique, ne pouvant que s’apparenter à Haïti, avec des nuances inhérentes à chaque milieu respectif, il appartenait à qui de droit d’organiser à Port-au-Prince, la capitale d’Haïti des ateliers animés aussi par des Sénégalais avec les 163 candidats ayant eu la chance d’être sélectionnés parmi des milliers de postulants. Une préparation psychologique aux réalités économiques, politiques, sociales et culturelles d’un pays au climat quasi identique à celui d’Haïti aurait prémuni ces ambassadeurs des clichés qu’ils ont découvert.

Les universités du Sénégal regorgent d’étrangers de toutes les nationalités, tant au niveau du corps enseignant que des étudiants. Le Haïtiens finiront par s’adapter aisément, comme l’ont fait d’autres avant eux. Toutefois, toute dramatisation des informations en provenance de ce pays serait anticipée. La capacité des autorités de Dakar à maintenir leurs promesses est intacte. L’intégration étant un processus volontariste lent et complexe, il revient aux étudiants haïtiens de faire des efforts d’intégration et de jouer le rôle de dignes ambassadeurs. Qu’ils soient politiciens ou réels, les coups de boutoir et revendications des ténors des Amicales d’étudiants sénégalais ne sauraient, sans risque de ternir leur image, être attribués à une centaine de boursiers. La responsabilité des uns et des autres devrait aider à trouver une solution médiane et éviter que l’offre du Sénégal, saluée par tous les médias du monde entier et la communauté des nations, ne tourne au ridicule.

Belmondo Ndengué








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