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Quand l’armée envahit Café-Philo !

mardi 9 octobre 2012 par Administrator

Désormais, cela devient une habitude. Et ce n’est pas Emmelie Prophète qui dira le contraire. Car elle l’a déjà endossé et signé : ‘‘Mardi soir, c’est Café-Philo’’. Seul le café est servi n’importe où et n’importe quand. Ne me demandez surtout pas pourquoi. Café-Philo a fini par s’imposer et donner ainsi le ton en s’installant dans les cœurs et les esprits de plus d’un.

Espace de rencontres, de discussions et d’échanges sur des questions d’ordre philosophique –avant tout-, social et politique, Café-Philo devient petit à petit le lieu de formation et de construction de ceux qui deviendront ou constitueront, certainement dans les prochaines années, et je le dis sans prétention aucune, une bonne partie de l’élite intellectuelle de ce pays.

En plus d’être une alternative au phénomène de banalisation du savoir que représentent certaines activités ou investissements frisant la délinquance, la débauche et autres activités remettant en question les bonnes mœurs, il est également, à l’instar des salons ou cercles d’intellectuels ayant existé dans la France des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle, cette bonne formule utilisée pour se faire le devoir d’avoir un droit de regard sur l’orientation ou la direction à donner à cette société. Le format n’a pas changé. L’intervention est précédée d’un documentaire plus ou moins en rapport avec le sujet à traiter, vient ensuite le débat.

En effet, ce mardi 2 octobre 2012, le café a été servi tout chaud. Avec un goût exquis. La question de l’armée –donc de la sécurité- a été à l’ordre du jour. Et c’est Himmler Rébu –colonel de son état et professeur de tactique militaire de surcroît- qui a eu à débattre de cette question si délicate qui n’a pas cessé de faire couler beaucoup de salive depuis l’arrivée de l’équipe Martelly au pouvoir.

Après un survol historique de la question pour dire que l’apparition des premières armées remontent à l’antiquité dans un souci de conquête de nouveaux espaces territoriaux et de protection des populations contre des envahisseurs, le professeur Rébu a présenté, non sans louange, les Forces Armées d’Haïti, cette institution si prestigieuse, dès sa formation pendant les guerres de l’indépendance (alors l’armée indigène), jusqu’à sa démobilisation ( de fait) en 1994, lors du retour d’exil du président Jean-Bertrand Aristide.

Les Forces Armées jouent un rôle de vigile dans la question sécuritaire d’un pays et véhiculent des valeurs dont le respect, le sens de l’honneur et de l’honnêteté, la rectitude qui vous rendent capables de réguler le fonctionnement des sociétés. Des valeurs républicaines visant la formation du citoyen. Dissoute en 1994, l’armée d’Haïti est fille de l’armée américaine, a rappelé le colonel, qui l’a vassalisée et instrumentalisée pour le compte de ses propres intérêts lors de la première Occupation américaine d’Haïti de 1915. Les biens naturels d’Haïti font partie de la réserve stratégique des États-Unis. Et c’est ainsi qu’il faut comprendre son démantèlement en 1994. Elle représentait un élément de nuisance pour eux qui étaient sur le point de perdre son contrôle.

Composée majoritairement d’esclaves, à son origine, l’armée d’Haïti, depuis l’assassinat de Dessalines (l’Empereur), était devenue un instrument entre les mains des classes dominantes ou possédantes et des groupes au pouvoir. Avec l’arrivée de François Duvalier au pouvoir, elle sera rejetée à l’arrière-plan et perdra, du coup, de son prestige. De son influence même. Méfiant et sceptique, l’auteur de ‘‘La révolution au pouvoir’’ lui a enlevé tous ses pouvoirs en formant son propre corps de sécurité, les VSN (Volontaires de la sécurité nationale). Les Tontons macoutes. Question d’éviter tout éventuel coup de force visant à l’éjecter du pouvoir. On se souvient certainement de l’affaire Kébreau (chef du haut état-major limogé par Duvalier pour cause de méfiance et d’insécurité), de son choix d’un petit officier qui, en moins de deux heures, a gravi tous les échelons pour prendre les rênes de l’institution.

A la question ‘‘Pourquoi faut-il une force armée en Haïti ?’’, le colonel n’est pas passé par quatre chemins pour dire que c’est la présence des forces étrangères dans le pays qui rend possible une telle interrogation. S’il n’y avait pas d’intérêts politiques et économiques à défendre, dit-il, on n’en aurait pas besoin. Dans le cas contraire, oui. Elle est nécessaire pour la reconquête des valeurs perdues et pour le redressement de notre société. Car il y a, selon lui, un déséquilibre social flagrant, de nos jours, chez nous. Ce qui aura des incidences néfastes sur la postérité. C’est, poursuit-il, un instrument important de consolidation de l’économie et des valeurs dans les milieux ruraux, du maintien du climat de sécurité et de paix, du contrôle des voies maritimes et aériennes, comme nos ports et aéroports qui sont, aujourd’hui, ouverts à toutes sortes de trafics comme la drogue et la contrebande.

Cependant, même s’il existait au sein de l’armée un système de renseignement très fiable et très pointu à l’époque qui fait que la criminalité et le banditisme étaient traités avec la dernière rigueur, Himmler Rébu a oublié –peut-être par mégarde ou délibérément- de mentionner qu’il existait des éléments réputés très criminels et qui terrorisaient sans relâche la population civile. Même s’il croit que l’armée n’a jamais absorbé, dans toute son histoire, le ¼ du budget alloué à la Police nationale –une façon pour lui de répondre à ceux qui clament haut et fort qu’elle est une institution budgétivore- et que sa remobilisation est nécessaire, l’histoire ne lui pardonnera peut-être jamais son coup d’État manqué contre Prosper Avril en 1990 qui a coûté la vie à des centaines d’individus au sein de la population.

Précédé d’un documentaire sur le terrorisme animé comme d’habitude par le philosophe Raphaël Enthoven, les jardins du Popeye’s Chicken Fried étaient pleins à craquer. Le débat très houleux. Agressif certaines fois. Cela se comprend. Le colonel a voulu donner une image trop sainte de cette armée –à laquelle il a appartenu ou appartient encore- tant décriée et rejetée par la population. Le message était très clair. Et c’est Gabriel Garcia Marquez qui nous l’a appris. De même qu’il n’y a ‘‘Pas de lettres pour le colonel’’, il n’y a pas eu non plus de salut (militaire) pour lui.

Dieulermession Petit-Frère, MA








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