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Rentrée parlementaire/Message du Président Martelly

mardi 10 janvier 2012 par Administrator

« La démocratie ne saurait faire la guerre à la démocratie »

Haïti : Mesdames, Messieurs,

Il est de tradition républicaine chez nous, que le 2ème lundi du mois de janvier, le Chef de l’État prenne la parole devant l’Assemblée Nationale, à l’occasion de l’ouverture de la session ordinaire des travaux parlementaires.

C’est un moment important, je le sais.

C’est mon premier discours devant vous. J’en mesure la solennité.

Il m’offre d’abord l’occasion de vous présenter mes Voeux, à vous tous sans exception.

Pour votre bonheur personnel sûrement, celui de vos familles également : La famille n’est-elle pas le premier fondement de la société ?

Mais spécialement, je formule mes Voeux, pour qu’en 2012 s’établissent, entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif, des rapports plus conformes à l’esprit de cette démocratie que je prône et que je souhaiterais plus sereine.

La nôtre est jeune. Elle en a la fougue, le dynamisme, parfois l’arrogance, mais elle reste animée toujours de cette sincérité, je préfère dire plus encore, de cette bonne foi qui doit être l’apanage des Institutions et des hommes de bien.

Mais qu’on ne s’y trompe point, cette sérénité, que j’appelle de mes voeux, ne signifie pas que dans notre démocratie tout le monde doive être d’accord sur tout et en tout. Par démocratie sereine, j’entends plutôt un régime politique fondé sur l’écoute et le respect mutuel, qui gère ses désaccords sans pénaliser la nation toute entière.

" La démocratie ne saurait faire la guerre à la démocratie."

D’autres fronts nous appellent urgemment, plus grands, plus nobles, plus utiles à la Société.

C’est cette quête d’une Haïti meilleure pour ses enfants, qui doit aujourd’hui nous souder.

Honorables Parlementaires,

Chef de l’Etat, je dois assumer la bonne marche de l’ensemble des trois pouvoirs et je ne saurais prendre parti pour un pouvoir contre un autre. Ma présence ici, au-delà d’une obligation constitutionnelle, veut dire aujourd’hui l’importance que j’attache au travail parlementaire. C’est vous qui construisez les références de l’Etat de droit en votant, jour après jour, le cadre légal dans lequel la nation doit évoluer. Votre travail est immense, et mérite le respect.
L’Etat tel que je le conçois doit être au service du citoyen. Ceci exige l’harmonie dans l’action de chacun des trois Pouvoirs, une bonne gouvernance, une administration publique efficiente et professionnelle, un système judiciaire indépendant et intègre, et une police nationale qui, dans ses actes, doit être garante du respect des vies et des biens.
Cet Etat de droit, je le veux offert à tous, sans exclusion et sans exclusive, garantie des libertés individuelles et des droits de propriété.

L’année écoulée, nous avons, chacun de notre coté, fait de notre mieux pour faire progresser Haïti. Cette année, pour faire EMERGER Haïti, nous ne pourrons le faire, qu’ENSEMBLE !

Je me réjouis, en particulier, de voir que le Premier Ministre que j’ai désigné et que vous avez agréé, s’attèle avec son gouvernement à mettre en place les grandes lignes de l’action pour laquelle j’ai été massivement mandaté.

Il vous en a tantôt présenté les points d’orgue.

Jamais je n’arrêterai d’insister pour que l’Haïti de misère, d’égoïsme et de mendicité, qui a prévalu jusqu’ici, disparaisse à tout jamais pour faire place à une Haïti vibrante, dynamique, prospère, équitable résolument tournée vers l’avenir.

Je pense ici particulièrement au monde rural. Le temps de rendre justice à la paysannerie haïtienne est arrivé. Cette composante de notre société, trop longtemps, a largement payé son dû sans rien recevoir en retour. Il est temps, il est grand temps, à un moment où une nouvelle génération est au pouvoir, de promettre une réponse aux paysans.

Au Gouvernement, je réitère ma demande. Du Parlement, je sollicite le concours. De la population, sa participation active. Il faut que l’Etat s’engage à investir massivement dans le milieu rural pour préserver les infrastructures existantes, en créer d’autres et offrir des services aux agriculteurs qui leur permettront d’engendrer des gains de productivité substantiels.

Mais nous ne devons pas oublier que le paysan est aujourd’hui demandeur de ville. Poussé hors de chez lui, par des politiques économiques irresponsables, refusant l’isolement de l’habitat dispersé, voulant faire bénéficier ses enfants des bienfaits de l’instruction, le paysan vient en ville en quête d’un mieux être, que la ville, dans son état actuel, ne peut lui offrir.
C’est pour cela que la question paysanne ne peut être abordée sans une vraie politique d’aménagement du territoire. Aménager le territoire, c’est s’assurer que l’on a mis les bonnes infrastructures aux bons endroits, que l’on a pris en compte les besoins des populations pour dimensionner et assurer les services de base. C’est s’assurer que les investissements, la revitalisation de l’économie se déploient sur tout le territoire et qu’on ne se limite pas à la République de Port-au-Prince. C’est la base de la déconcentration et de la vraie décentralisation. C’est la base d’une vraie restauration de l’environnement urbain et rural. C’est l’une des priorités d’une gouvernance du changement. L’aménagement du territoire c’est s’assurer d’une harmonie entre la population, le territoire et les investissements pour créer un cadre de vie décent et ouvrir des perspectives économiques au plus profond du pays profond, du pays jusqu’ici « en dehors ».
Au chapitre des Forces de Défense :

Je saisis l’occasion de projeter ma vision, qui reste celle de la mise sur pied d’une Nouvelle Force de Défense de notre territoire.

Ce faisant, l’Etat retrouvera sa souveraineté et préparera, au fur et à mesure, la relève de la MINUSTAH.

Cette Force de Défense reprendra le contrôle du territoire et de ses frontières, prêtera main forte à la police en cas de nécessité.

Elle interviendra aussi en cas de catastrophes naturelles et remplira ainsi sa mission constitutionnelle.

2012 également devrait être, selon mes vues, l’Année de la dynamisation de l’Economie. Oui, j’encourage le Gouvernement à lancer une révolution de la croissance, en choisissant les stratégies, en structurant les institutions, en travaillant avec toutes les parties prenantes et en menant des actions cohérentes dans les secteurs prioritaires suivants :

• La production végétale (avec une attention particulière pour les filières fruits et tubercules)
• La production animale (élevage, pêche, pisciculture)
• Le tourisme
• Le logement et la construction
• Le vêtement et l’industrie légère

Je voudrais voir ces 5 secteurs prioritaires supportés par 5 secteurs transversaux qui sont :

• La construction et les infrastructures 
• Un apport en capital pour le secteur des PM ;
• Les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) en sachant que la technologie est le moteur de la compétitivité ;

• L’éducation et la formation professionnelle qui répondent à la demande des secteurs prioritaires pour des compétences spécifiques.
• Un cadre propice aux affaires, obtenu grâce à un partenariat privé public (PPP), à travers des réformes de politiques publiques et la promotion systématique de l’entreprenariat.

Je souhaite voir cet effort d’amélioration de l’environnement des affaires se solder, pour le Gouvernement, par notre classement l’an prochain dans l’index «  Doing Business  ». Notre objectif est de passer de la 162ème place à un niveau nous rapprochant de nos voisins de la région.

Le moment est venu pour le pays d’aller dans une autre direction, de choisir un autre chemin et de prendre enfin parti pour le citoyen moyen.

Sortir Haïti de son statut de PMA est possible, en tirant pleinement parti des avantages qui lui sont accordés par ce statut et par les lois HOPE et HELP, en vue de la création d’emplois durables, au profit de la population haïtienne et ce, de manière décentralisée.

J’insiste, il nous faudra plus encore que l’an passé :

• Attirer des investissements directs étrangers
• Arriver progressivement à une hausse des salaires des employés et à une croissance de l’offre d’emplois
• Améliorer la balance commerciale du pays par une augmentation substantielle des exportations

L’une des dimensions les plus importantes de la mondialisation, pour les petites économies, est la réponse que constitue l’intégration régionale. Le contexte régional abonde en opportunités. Notre diplomatie, intelligente et active, a déjà su les saisir. Quand je me réfère à la région, je veux mettre en perspective ses principales dimensions  :

• D’abord, notre voisine immédiate la République Dominicaine avec laquelle nous partageons l’île. Les grands dossiers de la migration et des relations commerciales devront être traités de façon dynamique dans le cadre de la Commission Mixte Bilatérale. Notre approche est de regarder la totalité de la relation : commerce, investissements, migration, sécurité etc. et trouver ensemble les arrangements gagnant-gagnant.

• La région c’est également la CARICOM, dont nous sommes membres actifs depuis une dizaine d’années. Nous devrons explorer plus en profondeur, avec eux et avec la République Dominicaine, le potentiel qu’offre l’Accord de Partenariat Économique (APE) Cariforum-Union Européenne.

• L’année 2011 nous a aussi montré l’importance vitale pour nous des relations avec l’Amérique Latine et la Caraïbe. Notre stratégie de développement demande que nous revisitions nos rapports avec les grands du sous-continent. La stratégie d’intégration et de sécurité énergétique au niveau de l’Amérique Latine et de la Caraïbes retiendra également notre attention.

• En ce qui concerne nos grands partenaires économiques, financiers et techniques dans le domaine de la coopération, je ne peux que souhaiter l’amélioration de l’efficience de celle-ci et
la continuité de leur support.

A ceux qui auront souffert des conséquences du séisme ou d’autres catastrophes naturelles, il s’agira de fournir les moyens de reconstruire en mieux leurs communautés respectives et d’y apporter, enfin, la fourniture de services, tels que l’eau et assainissement, drainage, électricité, police, sans oublier les opportunités de gagner un revenu.

Parlant de l’éducation et du développement humain, mon concept d’une Haïti socialement plus juste, a fait de l’éducation l’une des premières priorités de mon programme politique. Les fruits sont déjà là. Mais mon objectif reste plus grand. J’attends du Gouvernement, de continuer de mettre tout en oeuvre pour honorer les engagements pris envers le peuple haïtien, à savoir, l’accès gratuit à une école de qualité pour tous les enfants à l’échelle du pays, faire en sorte qu’ils y restent au moins jusqu’à la fin de la 6ième année fondamentale et sortent avec le profil de compétences établi.

J’émets également le voeu que l’action gouvernementale permettra :

• de mettre en place dans tous les Départements géographiques du pays un centre de formation professionnel répondant aux besoins des jeunes et tenant compte des potentialités spécifiques de développement de chacun d’eux.
• D’accroître et d’améliorer l’offre de formation technique et professionnelle dans les Départements géographiques ;
• d’appuyer la reconstruction et le développement de l’offre d’enseignement supérieur et universitaire, notamment par le renforcement de l’Université d’État d’Haïti (UEH) et de 5 universités publiques en région ;
• mettre au profit de la formation et de l’apprentissage les technologies de l’information et de communication (TIC) ;

Mon Voeu le plus cher reste que 2012 nous offre l’opportunité d’assumer pleinement le triptyque de notre République : Liberté, Egalité et surtout FRATERNITE.

Cette Haïti qui fut la somme de luttes intestines, d’assassinats, de kidnapping, d’embargo, d’anarchie, de chaos, de destruction de l’environnement, d’égoïsme, de cupidité : Cette Haïti là, il faut qu’elle change !

• Aujourd’hui, ce sont encore 8 millions de nos compatriotes qui vivent encore sans électricité.
• 5 millions d’entre nous ne savent ni lire, ni écrire et sont dans le noir, le jour comme la nuit.
• 8 Haïtiens sur 10 vivent avec moins de $2 américains par jour
• 2 Haïtiens sur 100 contrôlent 69% des richesses du pays
• sur une population active estimée à 4.2 millions d’habitants moins de 200.000 disposent d’un emploi formel et régulier
• 84% des diplômés universitaires haïtiens vivent à l’étranger
• Enfin, la classe moyenne est exsangue

Mais ne dit-on pas que c’est dans les pires calamités que se révèle le caractère des Peuples ?

A l’instar d’Hernan Cortes, débarquant au Mexique, et brûlant ses vaisseaux, pour bien signifier à ses soldats qu’aucune retraite n’était envisageable, ou d’Henri Christophe, brûlant la ville du Cap en commençant par sa propre résidence, au débarquement des troupes de Napoléon, pour clairement indiquer à ses troupes qu’aucun sacrifice n’est de trop en ce qui s’agit de la nation. Je travaillerai, moi aussi, à détruire les navires d’intolérance et de pouvoir stérile, à démolir les immeubles de préjugés insidieux et de
mensonges perfides qui nous ont conduit aux bords de la situation la plus inutilement dramatique de notre histoire nationale.

Je vois se lever sur Haïti une ère nouvelle, une nouvelle philosophie du service public, entièrement tournée vers les services à la population, l’établissement d’un climat favorable à l’investissement et à l’emploi, et la recherche permanente de RESULTATS.

Loin de vouloir socialiser la misère, je m’engage résolument vers la création de richesses afin d’en partager solidairement les profits, sans exclusion et sans exclusive.

Que les Dieux tutélaires de la nation veillent sur nous. Que Dieu bénisse les filles et les fils d’Haïti.
Merci.

Michel Joseph Martelly, Chef de l’Etat








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