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Taiwan/Haïti/Agriculture

Sur le passé et l’avenir, le ministre Thomas Jacques fait le point

jeudi 24 avril 2014 par Administrator

La coopération entre Haïti et Taïwan existe depuis 1972 dans le secteur agricole. Des millions et des millions ont été investis dans des projets depuis cette date. Si certains résultats sont probants, Haïti n’a pas fait de pas décisifs dans le domaine. Un nouvel accord vient d’être signé. Sur le passé et l’avenir, le ministre Thomas Jacques fait le point.

Le Nouvelliste : Quels sont les objectifs de cette visite à Taiwan pour le ministère de l’Agriculture ?

Thomas Jacques : Je suis à Taïwan, membre de la délégation conduite par le président Michel Martelly pour participer à la signature de l’accord de coopération entre le gouvernement de la République de Chine (Taiwan) et le gouvernement de la République d’Haïti relative au projet de renforcement des capacities pour la production de semences de riz de qualité en Haïti.

Cet accord a pour objectif la mise en œuvre d’un système de contrôle de la qualité en matière de semences de riz, le perfectionnement des institutions haïtiennes concernées, l’amélioration des mécanismes de multiplication de semences de riz, de traitement postrécolte ainsi que le renforcement des capacités pour la production de semences de riz en Haïti.
Le Projet de renforcement des capacités pour la production de semences de riz en Haïti prévoit de transformer la ferme expérimentale de Mauger en un centre de recherche et de développement rizicole à travers :
a) La mise en œuvre d’activités sur l’évaluation des matériels locaux et introduits ;
b) L’amélioration variétale ;
c) La production de semences prébase sur 2 hectares pendant la durée du projet ;
d) L’établissement d’un laboratoire d’analyse de semences.

En matière de renforcement des capacités, le projet formera en Haïti ainsi qu’à Taïwan des cadres et multiplicateurs de semences dans l’amélioration variétale, la technologie et l’inspection semencières. Ainsi, six techniciens haïtiens participeront à des séminaires à Taïwan durant la première année et d’autres formations sont prévues pour les 3 e et 4 e années du projet. Environ 60 multiplicateurs de semences seront formés par des formateurs haïtiens et taïwanais en Haïti.

Le Nouvelliste : Pouvez-vous nous faire l’historique de la coopération entre Haïti et Taïwan ?

Thomas Jacques : La coopération bilatérale entre la République d’Haïti et la République de Chine (Taïwan) existe depuis 1972. Elle a connu un sursis en 1986 pour reprendre ses opérations en 1996 suite à la signature, à Port-au-Prince, du Protocole de coopération technique agricole du 7 août 1996. Sur le plan strictement agricole, la Mission technique de Taïwan a longtemps travaillé dans la vallée de l’Artibonite où elle exécutait conjointement avec l’Organisme de développement de la Vallée de l’Artibonite (ODVA) des activités liées à la recherche agricole en vue d’améliorer la production rizicole, avant de s’étendre à d’autres régions du pays, dont Marmelade, St-Michel de l’Attalaye, Jacmel, Cayes- Jacmel et la plaine des Cayes / Plaine de Torbeck.

Dans le Sud, la coopération a été initiée en 2008, avec une étude d’avant-projet sur le développement de la riziculture dans la région méridionale. Officiellement, cela a été formalisé en mai 2009 avec la signature d’un Mémorandum de compréhension pour le Projet de production et de commercialisation de riz à Torbeck. Ce projet étant arrivé à terme en décembre 2012, la coopération agricole entre les deux pays continue dans la zone avec un nouveau projet, actuellement en cours, dit projet de coopération pour le développement de la filière céréalière dans la plaine des Cayes tandis qu’un nouveau projet « Production de semences de riz en Haïti » doit encore voir le jour dans l’aire de l’ODVA.
Le Nouvelliste : Quels sont aujourd’hui les projets- phares de la coopération entre Haïti et Taïwan ?

Thomas Jacques : Les axes prioritaires de la coopération entre les deux pays s’harmonisent avec les thématiques retenues dans le Plan national d’Investigation agricole (PNIA 2010-2016) et le Programme triennal de relance agricole 2013-2016. Les projets-phares de la coopération entre Haïti et Taïwan aujourd’hui sont les suivants :

• Projet de production et de commercialisation du riz à Torbeck dans le département du Sud.

Entre juillet 2009 et décembre 2012, la République de Chine (Taïwan) a financé à titre de don le Projet de production et de commercialisation de Riz à Torbeck pour un montant de 15 millions de dollars américains. Les interventions du projet ont porté sur les principaux facteurs liés à la production et à la transformation rizicoles, tels l’extension, la mécanisation agricole, la gestion de l’eau, la transformation et la commercialisation agricoles, le renforcement organisationnel. Les principaux résultats peuvent se résumer comme suit :
Superficie couverte par campagne : 2 413 hectares
Superficie totale cumulée pour la durée du projet : plus de 12 000 hectares ;
Rendement moyen obtenu pour le projet : 3,5 tonnes/hectare ;
Nombre de machines agricoles et autres équipements acquis : 67 motoculteurs, 4 tracteurs, 11 décortiqueuses, 3 trieuses, 11 séchoirs mécaniques, des vanneuses, etc .

Construction de 18 kilomètres de canal de drainage ; construction et réhabilitation de plus de 4 barrages ; construction de 20 km de canaux d’irrigation en maçonnerie ; curage de plus de 100 km de canaux d’irrigation ;
Construction d’un complexe technico-administratif au montant de plus de 3.000.000 $ US ;
Vente de plus de 2.000 tonnes de riz blanc à des institutions locales, nationales et humanitaires dont le Programme alimentaire mondial ;
Installation d’équipements pour 3 organisations rurales de la région ;
Création de près de 15 000 emplois temporaires dans les domaines de l’ingénierie et de la transformation.

• Projet de coopération pour le développement des filières céréalières dans la plaine des Cayes.

Ce projet a démarré en 2013 pour une période de 4 ans avec un financement avoisinant les dix (10) millions de dollars. Il s’agit de fournir de l’assistance technique sur une superficie totale de 7.000 hectares dans la plaine des Cayes, de façon à augmenter la production agricole de la zone, d’une part, et, de ce fait, augmenter le taux d’autosuffisance locale dans la consommation de maïs, de haricots et de riz, d’autre part.

• Recherche et formation.
La Mission de Taïwan a longuement travaillé dans la recherche sur le riz dans la vallée de l’Artibonite. Le Projet de développement rizicole de la vallée de l’Artibonite qui est arrivé à terme le 31 décembre 2013 a été révisé de manière à concentrer ses activités dans :
a) La recherche et la formation sur la ferme expérimentale de Mauger ;
b) La production annuelle de 1 800 kg semences de TCS-10 et Prosequisa-4, CAP, MGG et de 40 000 kg de semences de base desdites variétés ;
c) L’amélioration des caractéristiques variétales (essais d’adaptation) ;
d) La conduite des essais de fertilisation et d’adaptation régionale et locale ;
e) La conduite des parcelles de démonstration.

• Les projets de développement agricole de Savane Diane

Il s’agit de quatre projets réalisés après le séisme du 12 janvier 2010 :

Projet de construction du Village de l’Espoir de Savane Diane. Budget : USD 5,5 millions (état d’avancement : terminé)
Le gouvernement de la République de Chine a appuyé le gouvernement haïtien dans la construction de logements sociaux à St-Michel de l’Attalaye, après le séisme du 12 janvier 2010. C’est ainsi qu’un montant de 5 500 000 dollars US a été investi par les Taïwanais à Savane Diane pour la construction du village Espoir qui comporte 215 maisons, dont 200 au village Espoir et 15 au Village Zacharie, 1 école, 1 auditorium et 1 complexe administratif.

Construction de six ponts, amélioration de la route Saint-Michel-Village Espoir (Débauché). Budget:USD 1 750 000 (état d’avancement : terminé)

La Mission technique taïwanaise (MTT) a réalisé le revêtement de la route St-Michel de l’Attalaye-Savane Diane et la construction de 6 ponts nécessaires pour maintenir cette route fonctionnelle en toute saison. Le coût des travaux a été de 1 750 000 dollars US.

Projet de production alimentaire et de formation professionnelle des sinistrés déplacés à Savane Diane. Budget : USD 4 millions. (Etat d’avancement : terminé)
Il s’agit :
• d’encadrer les 215 bénéficiaires du Village Espoir qui mettent en valeur une superficie de 322.5 ha pour la production des cultures suivantes : (maïs, sorgho, pois congo, riz pluvial et arachide) et les cultures maraîchères dans les cours autour des maisons du village.
• Assurer la formation professionnelle des jeunes dans l’artisanat décoratif et l’ébénisterie du bambou afin de générer des revenus supplémentaires et la formation non formelle des membres de l’Organisation des planteurs de Debauche Savane Diane (OPDSD) reconnue par le ministère des Affaires sociales et chargée de la gestion du Village Nouvel sous la supervision de la mairie de SMA et du MARNDR

Le projet est doté d’un moulin à céréales, d’un marché agricole, d’un atelier d’ébenisterie et d’un centre d’équipements agricoles.

Projet d’alimentation en eau du Village de l’Espoir de Savane Diane. Budget : USD 982 162 : Etat d’avancement (t9erminé)
Les constructeurs du Village avaient pensé utiliser l’eau des nappes souterraines pour alimenter la nouvelle communauté. Mais ils ne savaient pas qu’à Savane Diane il n’existe pas de nappe aquifère important. Les puits forés donnaient peu ou pas d’eau. Pour résoudre le problème d’alimentation en eau potable du Village de l’Espoir il a fallu recourir à un système de stockage et de traitement des eaux de la rivière l’Attalaye. C’est donc ainsi qu’a été conçu « le Projet d’alimentation en eau du Village Espoir de Savane Diane ». Les travaux sont aujourd’hui terminés. Ils ont consisté en la construction d’un barrage, d’un lac collinaire de 120 000 m3 de capacité, de réservoirs de traitement et de stockage d’eau, de bornes fontaines au village et de canaux d’irrigation permettant l’irrigation dans une première phase de 50 ha sur les 400 ha prévus.

Le Nouvelliste : Taïwan a financé beaucoup de projets agricoles en Haïti. Aujourd’hui quelles sont les plus grandes réussites dans le domaine agricole si on analyse la coopération avec Taiwan ?

Thomas Jacques : Les réussites dans le domaine agricole de la coopération avec Taïwan sont à mon avis :

1. L’introduction de la variété TCS-10 dans les années 80 après la destruction de la variété de riz locale « La Crête-à-Pierrot » par la maladie de la paille noire. C’est ce qui nous a permis de reprendre la production rizicole dans la vallée de l’Artibonite. On a tendance à l’oublier. ;

2. L’introduction du bambou comme plante antiérosive utilisée dans l’ébénisterie et la construction. Taïwan a fait sa part, il reste à nous autres de vulgariser le bambou et ses multiples usages pour le mettre au cœur de notre plan de gestion de l’environnement ;.

3. Le Centre L. Jean Dominique, qui est un complexe agrotouristique et industriel qui tarde à montrer toutes ses potentialités, mais qui assurément deviendra un jour le poumon de l’économie de Marmelade. C’est un concept de projet qui ressemble aux microparcs agro-industriels que nous prônons actuellement ;.

4. Le projet de production et de commercialisation du riz à Torbeck a quand même modernisé la riziculture dans la commune de Torbeck avec les services offerts aux planteurs en matière d’intrants agricoles, de service de décorticage et de commercialisation du riz.

Je pourrais citer en dernier lieu les projets de développement de la Savane Diane. En réalité, la coopération avec Taïwan a beaucoup aidé le secteur agricole. Il faut comprendre les résultats de ces projets dans le contexte global de développement d’Haïti, un contexte où les freins au développement sont beaucoup plus macro et ne pourront avoir tous leurs effets que si nous traitons ces problèmes aussi. Le gouvernement, dans le cadre de la relance agricole, se penche sur ces problèmes qui empêchent de voir le plein effet de ces projets. Je veux parler de la politique tarifaire, du système de financement agricole, de la contrebande, la politique de subvention agricole, pour ne citer que ces contraintes-là le gouvernement actuel se penche pour créer un cadre macro favorable aux investissements dans le secteur agricole.

Le Nouvelliste : Le riz est au coeur de la coopération entre les deux pays. Pourtant, d’année en année, Haïti importe plus de riz. Peut-on dire qu’il y a faille ou échec de la coopération entre les deux pays sur ce point précis ?

Thomas Jacques : Il faut remonter à 1986 pour bien comprendre pourquoi Haïti importe aujourd’hui plus de 350 000 tonnes de riz. En effet, les mesures, notamment fiscales, de politique publique prises au cours de cette période n’ont pas été favorables à la production agricole. On se rappelle des manifestations organisées par les paysans de l’Artibonite contre ces mesures en 1988. De plus, la croissance de la population passant de 6 millions en 1986 à 10 millions aujourd’hui, l’augmentation de la population urbaine, Les programmes alimentaires de distribution de riz des années 80 sont autant de facteurs qui ont contribué à une nette augmentation de l’importation de riz au détriment de la production locale. Par ailleurs, la paille noire des années 80-90 a été aussi pour beaucoup dans la baisse de la production locale. C’est la coopération avec Taïwan qui a aidé à l’introduction de la variété TCS 10.

La coopération avec Taïwan a été beaucoup plus sur la recherche variétale et la mécanisation agricole. La réhabilitation des infrastructures d’irrigation a fait l’objet d’autres programmes financés notamment par des prêts obtenus de la BID et il a fallu attendre le Projet d’intensification agricole de la vallée de l’Artibonite pour voir une reprise de l’augmentation de la production rizicole qui est passée de 86 000 TM en 2004 à environ 100 000 TM aujourd’hui. La coopération avec le Venezuela a apporté aussi sa contribution entre 2009-213 avec l’installation de 10 unités de décorticage. L’ensemble de ces coopérations ajoutées aux décaissements du Trésor public, sans oublier l’appui de certaines organisations non gouvernementales comme OXFAM, doivent nous conduire à une augmentation de la superficie cultivée en riz, à une meilleure maîtrise des techniques de production rizicole et donc à terme à une progression de la production rizicole locale.

Le Nouvelliste : Pour ce voyage du président Michel Martelly, comme lors des autres voyages de présidents haïtiens à Taïwan, ni ceux qui produisent le riz en Haïti ni ceux qui importent le riz n’accompagnent le chef de l’Etat, ne pensez-vous pas qu’ils auraient dû être là et être au cœur des stratégies pour relancer la filière riz ?

Thomas Jacques : Une délégation d’hommes d’affaires d’Haïti faisait partie de cette mission pour présenter aux homologues taïwanais les potentialités d’Haïti. La CFI et la Chambre de commerce d’Haïti ont présenté une Haïti ouverte aux affaires et vous avez vu les réactions positives des hommes d’affaires de Taïwan qui sont enchantés de faire un tour en Haïti dans le meilleur délai. Pour le riz, le protocole d’accord que nous avons signé a beaucoup plus un aspect technique. Ce gouvernement entretient un rapport constant avec les hommes d’affaires importateurs de riz pour les intéresser à investir de préférence dans la production locale.

Une commission nationale de riz a été créée dès ma prise de fonction comme ministre (j’entends réactiver cette commission). La commission de stabilisation des prix en 2013 a beaucoup échangé avec les acteurs de la filière riz. Un premier groupe a franchi le pas en installant une unité de décorticage à L’Estère et travaille directement avec plusieurs groupes d’agriculteurs. Le réseau de coopératives RACPABA soutenu par les OXFAM fait un travail de qualité dans la filière. Autant d’acteurs avec lesquels le MARNDR entend continuer à travailler de près pour la mise en place d’un ensemble de politiques publiques favorables à la production rizicole locale.

Propos recueillis par Frantz Duval

Voir en ligne : Le Nouvelliste







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