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Thèmes de l’Emission de la semaine - Par : Robert Benodin

mardi 7 avril 2009 par Robert Benodin

Thèmes de l’Emission de la semaine

Orlando le 3 avril, 2009

Actualités Politiques : Grandes Lignes

Bonsoir chers auditeurs. Vous écoutez sur les ondes de Radio Classique Inter, l’émission Actualités Politiques, Grandes lignes, animée par Robert Bénodin.

Nous avons avec nous, sur les ondes de Radio Classique inter, Jean-Claude Bajeux Directeur du Centre Œcuménique des Droits Humains, opinant sur son récent article « La Porte Etroite ».

Jean-Claude Bajeux, nous vous souhaitons la bienvenue sur les ondes de Radio Classique Inter.

RB : En entrée de jeu, pourquoi ce titre « La Porte Etroite » ?

JCB : Figures-toi que c’est quelque chose qui est tirée de l’Evangile de St Mathieu chapitre VII version 13 et 14 : « Entrez par la porte étroite. Car large, en effet, et spacieux est le chemin qui mène à la perdition, et il en est beaucoup qui s’y engagent ; mais étroite est la porte et resserré est le chemin qui mène à la Vie, et il en est peu qui le trouvent. » Et plus loin, Ceux qui prennent la porte étroite sont ceux qui construisent leur maison sur le roc. Ce que je vais lire va évoquer beaucoup de choses pour les habitants des Gonaïves et de Cabaret entre autres villes qui de temps en temps sont sous l’eau. Les gens qui ont construit leur maison sur le roc. La pluie est tombée. Les torrents sont venus. Le vent a soufflé et se déchaîne sur la maison. Elle est construite sur le roc, elle tient bon. Mais quiconque n’entend pas les paroles que je viens de dire, ne les met pas en pratique, peut se comparer à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La Pluie est tombée. Les torrents sont venus. Les vents ont soufflés et sont venus s’abattre contre cette maison. Elle s’est écroulée. Et grande a été sa ruine.

Cela évoque beaucoup de choses. Au moindre pluie à l’heure actuelle, déchaîne la panique dans beaucoup de villes de notre pays. Il faut songer à ça, quand on cherche les raisons pour lesquelles notre pays ne marche pas. Pour moi, la raison est que nous n’avons pas pris les moyens d’organiser notre société. Et nous avons la chance d’avoir une Constitution de 1987 qui a défini un chemin qui nous mènerait à avoir une société telle que nous la désirons. Pourquoi on n’arrive pas à établir cette société ? Pourquoi on n’arrive pas ne serait-ce qu’à nettoyer le fatras qui encombre tous les canaux de la ville de Port-au-Prince. La plupart du temps vous entendez qu’il y a une inondation, c’est parce que on n’a pas déblayé les canaux. Et l’eau a ceci de spécial, elle veut toujours descendre. Nos inondations ne sont pas nécessairement des catastrophes naturelles. Elles sont provoquées par notre négligence à ne pas vouloir nettoyer les chemins de l’eau. On a beau répété ça et chaque année on se retrouve devant les mêmes phénomènes.

Ça fait deux siècles que Léogâne vit à coté d’une rivière qui s’appelle Laruonne. Je n’ai jamais entendu que l’on ait fait des travaux pour rectifier le cours de cette rivière. Si vous ne donnez pas un chemin à l’eau, elle se fraye un chemin. C’est ce qui arrive sur tout le territoire. La rectification du cours de l’eau donnerait beaucoup de travail aux gens !

Le chemin étroit que nous devons prendre, de façon évidente, est l’application de la Constitution de 1987. Pourquoi ? Malgré tous ses défauts, il y a beaucoup de défauts dans cette Constitution. Malgré qu’au départ il y avait beaucoup d’indifférence à ce moment là, où l’on voulait écrire la Constitution. Ce sont les militaires qui s’en occupaient. C’est un miracle que ce groupe de constituants s’est surpassé devant la tache extraordinaire qu’ils avaient de présenter au peuple haïtien une constitution. Et ils ont fait un très beau travail, avec des défauts que nous connaissons.

La Constitution exprime pour la première fois depuis 1804, le grand problème de notre pays. A savoir, que nous nous sommes dépêchés d’attraper l’indépendance, sans nous assoire pour réfléchir comment on va organiser cette société indépendante qui sort de l’esclavage. Pendant 200 ans on a navigué. Maintenant arrive le moment de payer la note, et la note est lourde. La note c’est la misère de ce pays. C’est la débâcle de l’administration. C’est l’incapacité de ne pas pouvoir résoudre aucun problème.

Commençons par le commencement. Puisque on se plaint des défauts de la Constitution, on va essayer d’arranger la Constitution, et elle prévoit cela. Pour la Constitution de 1987, d’après moi, il y a eu un deal qui s’est fait. Beaucoup de personnes pensent simplement au problème de la double nationalité. Le grand problème structurel de la Constitution, c’est qu’il y a de façon évidente une contradiction entre les deux parties de la Constitution. Une partie qui nous décrit une société démocratique qu’elle ait défini par la déclaration universelle des droits humains de 1948. Le 10 décembre 1948, 42 pays se réunissent dont Haïti, pour déclarer qu’à partir de l’instant on va suivre les règles de respect de la personne qui ne sont pas suivis par les pays. Ce qui n’empêche que Haïti quelques années plus tard est tombé dans la pire dictature de l’Amérique Latine et y restera pendant 29 ans, augmenté de 20 ans soit disant de transition démocratique, qui de fait n’a été qu’une batail entre des clans qui voulaient ou ne voulaient pas la Constitution, qui voulaient ou ne volaient pas la Démocratie. On se trouve maintenant 20 ans après la chute des dictateurs, à un point où le sous-développement haïtien est arrivé dans une phase irréductible, si l’on pense seulement à nos forces. Un pays qui multiplie son sous-développement, n’arrive plus à mobiliser des ressources pour pouvoir reprendre le chemin du progrès. Jusqu’à l’année 1956, nous étions sur le chemin du progrès. Nous l’étions sur plusieurs aspects, donnant l’exemple dans toute la Caraïbe, pour un pays qui s’avançait. Depuis 1956, c’est objectif, il faut regarder tous les chiffres, vous tombez dans une chute qui est totale. Ceci peut se résumer par le fait que d’une part, il ne nous reste plus que 1% de couverture végétale dans le pays. Nous sommes condamnés à ce que notre pays soit transformé en un roc. Deuxièmement nous avons une population en augmentation constante. On prédit que chaque 20 ans, nous allons doubler notre population. On est à peut près à 10 millions d’habitants, sans compter les 2.5 millions qui sont obligés de s’en aller ailleurs. Et d’ici 20 ans ce sera 20 millions. Nous ne produisons pour le moment plus rien qui puisse donner à manger aux gens. L’une des raisons c’est que le paysannat haïtien a été détruit par des actes que l’on peut très bien identifier. L’un a été, quand on a tué tous les cochons noirs. Il y a aussi des raisons concernant le cadastre, la propriété des terres, l’ouverture des douanes à l’importation étrangère des aliments etc. Nous n’arrivons pas à produire la nourriture basique qui est le riz, que 60 milles tonnes au lieu de 600 milles tonnes. Il nous faudrait multiplier par 10 la production du riz, si on veut être autonome par rapport à seulement cet élément là. Ça pose tout un problème, quand on les voit tous ensembles, on dit que c’est impossible, on ne peut pas sortir de ce marasme, de cette débâcle, de ce marécage. Ce sont des mots que l’on entend tous les jours. Ce n’est plus le « Haïti chéri » que l’on entendait avant. Personne ne peut sérieusement chanter « Haïti chéri pi belle pays passé rou nenpoint ». Cela n’existe plus ! Nous sommes dans un pays sal et dégueulasse où on passe sur les fatras pour pouvoir marcher dans la rue. Personne n’a pas eu encore le courage de lancer une mobilisation totale pour nettoyer la ville de Port-au-Prince. Qui après toute cette destruction que nous avons eu pendant ces 20 dernières années et en particulier après le départ d’Aristide, où systématiquement on a détruit tout le bord de mer. On a introduit cet élément que l’on appelle l’insécurité, dont on n’est pas encore sorti.

Il faut reprendre les choses par la base. Mettons-nous d’accord sur une règle de vie. Si nous voulons que le pays survive, il faut que ceux qui veulent survivre se mettent d’accord sur des règles de vie et ne plaisantent pas sur ces règles de vie. Je pense que cette année 2009 c’est une année clef pour notre pays. Il y a des décisions à prendre, qu’il faut prendre. Il faut d’abord obéir aux règles que la Constitution a établies, qu’elle appelle « l’amendement ». Le mot amendement dans la Constitution veut dire l’opération d’amender la Constitution. Le mot amendement dans la Constitution est utilisé au singulier sauf dans le titre. Si on prenait le mot pour ce qu’il signifie, ce n’est pas réellement un amendement qu’il faut faire. Ce n’est pas un changement qu’il faut faire. C’est toute une série de changements. Il faut réviser la Constitution. Pour le faire, il faut le faire selon les règles. Or 3 fois déjà, il y avait l’occasion de faire ces changements, il n’y avait pas un gouvernement qui était préparé pour cela. On ne s’est pas assis pendant 20 ans pour faire un travail qui a de la continuité. C’est ce qui nous tue à l’heure actuelle, il n’y a rien qui soit accompli. Il n’y a rien qui répond à un projet, à une vision des choses. Il n’y a que des improvisations. On n’a jamais cherché à solutionner nos problèmes. A l’occasion de n’importe quelle crise, le gouvernement ne fait qu’ouvrir ses tiroirs pour distribuer de l’argent. On distribue cet argent soit directement, ou à travers des soit disant projets qui ne vont nulle part. On n’a pas le souci de résoudre les problèmes techniquement. Le fleuve de l’Artibonite qui traverse le pays de part en part, ne fait l’objet d’aucun projet pour exploiter ses eaux, soit pour produire l’électricité, soit pour irriguer, soit pour l’eau potable etc. Le problème de base de ce pays est d’organiser le mariage entre l’eau et la terre pour la production. Ceci pose des conditions préalables. Ces conditions préalables ne peuvent être établies que par le gouvernement. Faire un cadastre, pour savoir à qui appartient la terre, pour déterminer ce qui va être produit. Il faut un encadrement technique pour faire cette détermination. Au lieu de cela on gaspille de l’argent à droite et à gauche. On emploie des gens pour faire des travaux pour lesquels ils ne sont pas préparés. Il faut remarquer que l’internationale ne répond plus aux demandes d’argent par Haïti. La question qui revient continuellement qu’allez-vous faire avec ? On a un problème d’eau. Vous n’invitez personne à venir proposer une solution hydraulique technique. Le gouvernement ne contrôle rien. Il ne maîtrise ni l’eau ni la terre. Vous n’êtes pas maître de votre pays.

RB : Au premier paragraphe, vous avez décrit la Constitution comme le point de référence pour la construction d’un état de droit et aussi son endurance comme rempare contre les appétits toujours renaissants des profiteurs.

Qu’entendez-vous par là ?

JCB : Quelque chose qui m’a beaucoup frappé. Au moment même où le mouvement démocratique a choisi Aristide comme son leader, quelque mois après on commence à entendre le mot « grand mangeur ». Ce ne sont pas des journalistes qui ont inventé ce mot. C’est le peuple haïtien qui a immédiatement vu que la réalité politique n’a pas changé. Si vous établissez la comptabilité de l’aide reçue par Haïti qui pendant 50 ans, a été détournée du budget de l’Etat haïtien et des entreprises d’état, on aurait dû sortir du sous-développement depuis bien longtemps avec cet argent. On a développé une mentalité parasitaire, où sous des prétextes divers des gens viennent demander de l’argent.

On ne peut pas avoir d’investissement, si on n’investit pas dans une méthodologie d’organisation de notre société. Cette méthodologie d’organisation est dans notre Constitution. C’est toujours un cercle vicieux que toutes les institutions qui sont contenues normalement dans une Démocratie, qui sont là pour contrôler le pouvoir ne fonctionnent pas. Pourquoi elles ne marchent pas ? Le pouvoir n’est pas bête. Vous mettez dans la Cour des comptes 9 ou 12 personnes qui n’ont jamais fait un rapport comptable dans leur vie. On n’aura jamais un rapport sur comment on dépense l’argent du pays. A-t-on vraiment donné de décharge à ceux qui ont géré les deniers publics ? Parce que personne ne va pas faire les recherches nécessaires pour aboutir à la décharge. Ils doivent attendre 10 ans pour que l’hypothèque que l’Etat a sur leurs biens soit terminée. Depuis sous Duvalier, de façon systématique, on met des gens incompétents, des voleurs dans la gestion des deniers publics quel résultat peut-on avoir ? Toutes nos institutions sont pourries à la base. Elles sont gangrenées. Elles sont rongées par la corruption.

Quand la CEA, la Commission d’Enquête Administrative, a donné au premier ministre du gouvernement de transition 1500 pages de rapport sur les lignes de corruption de toute l’administration, commençant par le secrétariat de la présidence. On parle aujourd’hui de l’ONA. Il y a au moins 200 pages dans ce rapport là sur l’ONA. On n’a rien fait. Et l’ONA continue à manger l’argent des ouvriers. Les gestionnaires de l’ONA ne savent pas comment investir l’argent de l’ONA. Le pays ne va pas au désastre. Le pays est un désastre.

Ce qu’on entend dire dans les rues. Je ne vais pas voter, parce que cela ne va rien changer. Or on a une opportunité dans ces élections sénatoriales. Elles doivent avoir lieu dans 2 semaines. Ce ne sera pas une grande opération vu le nombre de candidats. Espérons que l’opération ait du succès.

Le gouvernement de Duvalier est un gouvernement sinistre, un gouvernement de la nuit, de la mort. De plus en plus nous avons des gouvernements de la farce. Personne ne s’occupe de rien. Les ponts qui ont été coupés, ne le sont pas parce qu’ils sont mal construits. C’est parce qu’il ne sont pas entretenus.

RB : Au second paragraphe, vous posez la question : La Constitution est-elle responsable des débâcles du pays et de son instabilité ?

Qui en est responsable ?

JCB : Ceux qui sont responsables de l’Etat. Ce n’est ni Dieu, ni le démon. Ils ne s’occupent de rien, ni du pays, ni de la Constitution. Cela fait 3 fois qu’on avait l’opportunité de réviser la Constitution. On ne l’a pas fait. La Constitution a des défauts qui sont d’abord sur des questions de conception, la double nationalité par exemple qui est absolument aberrante. Une chose encore plus importante, c’est l’opposition qui existe entre le message de la Constitution. Elle est basée sur un message de liberté et de respect des droits de la personne. Le mouvement démocratique a réussi à travers des canaux que l’on sait pour dessiner l’utopie démocratique. Un pays dans lequel on respecte vos droits. Un Etat de droit est un état où les droits sont respectés, les lois sont respectées. Et il y a une sanction. La Constitution parle d’une Armée qui a le monopole des armes et qui est complètement blindée. Une institution qui est intouchable. Ceci ne peut pas être fonctionnel. On ne peut pas avoir une institution qui soit autonome de A à Z. Le principe est que l’on ne peut pas donner raison à un civil sur un militaire. C’est la première fracture de cette Constitution. Il y a deux autres concepts qu’il faut arranger, l’équilibre entre les 3 pouvoirs. Mais il y a un 4e pouvoir que la Constitution propose, qui est le pouvoir électoral, que l’on a jamais accepté.

La première bataille qui a eu lieu au tour de ce pouvoir en 1987, a causé beaucoup de mort le jour même des élections le dimanche 28 novembre 1987. On les a tués d’un sang froid. Parce que l’Armée ne voulait pas accepter l’idée qu’il y ait une institution indépendante comme le CEP. Elle est seule responsable des questions électorales. Jusqu’à présent, elle n’est pas acceptée. On voit des gens aller au tribunal pour envoyer un mandat à un membre du CEP pour se présenter par-devant tel ou tel magistrat, qui n’a aucune juridiction sur lui. On a aussi l’exemple d’un président du CEP qui a préféré partir pour l’exile, au lieu de signer des résultats frauduleux. Est-on allé chercher ce citoyen pour le féliciter d’avoir dit NON ! Récemment aussi, il y a un membre du CEP qui a refusé de signer le certificat concernant les dernières élections présidentielles. Il y a encore des Haïtiens verticaux. Il y en a plus que l’on pourrait le croire. Mais il y en a beaucoup qui font n’importe quoi, qui se font corrompre. La corruption est généralisée. On ne peut pas éliminer la corruption parce qu’ils se protégent l’un l’autre.

Pour une question de vocabulaire et de style, les constituants n’étaient pas des juristes, ils ont un langage qui est des fois, faible, imprécis et donne lieu à des discussions sans fin. Un exemple : « Le CEP rédige la loi électorale, et le remet à l’Exécutif pour les suites nécessaires. » Que veut dire les suites nécessaires ? Il y des gens qui disent que la loi doit aller à la chambre. Comment la loi électorale peut-elle aller à la chambre, alors que le CEP est la seule autorité en matière d’élection. A non, c’est la chambre qui a la souveraineté. Nos juristes haïtiens n’acceptent pas jusqu’à présent l’idée que le CEP est une innovation qui donne à une institution une part de la souveraineté nationale qui s’appelle le droit électoral. Ce n’est pas nous seulement. C’est toute l’Amérique latine qui est comme ça. Parce que nous ne nous informons pas, nous continuons à empêcher au CEP de fonctionner pleinement avec l’autorité et l’indépendance qui lui sont propres. Si vous nommez au CEP 9 personnes qui n’ont jamais eu aucune expérience d’élection, le CEP ne peut pas fonctionner. Ce n’est pas une question de permanent ou de provisoire, ils ne savent pas ce qu’ils font.

Le pouvoir exécutif se plaint qu’il n’a pas assez de pouvoir. Mais il a beaucoup de pouvoir. Il fait ce qu’il veut. J’appartiens a une commission que président Prévale a fait pour étudier comment faire les amendements. Pour moi, les amendements doivent se faire comme prescrit par la Constitution. Je vois que l’on est en train de faire un travail sérieux en un mois.

Ce que je ne comprends pas, il parait que dans la loi électorale, le CEP dit que si les élections de novembre ne se font pas, le mandat des sénateurs et des députés sera prolongé jusqu’au mois de mai. C’est une stupidité. La Constitution dit que : « En aucun cas on ne peut prolonger le mandat des sénateurs et des députés. » Cela veut dire que vous violer délibérément la Constitution.

Moi je dis, il n’est pas question qu’il n’y ait pas d’élection en novembre. Il faut que tout le pays se soulève pour exiger des élections en novembre. Pour avoir une nouvelle législature qui entre en fonction le deuxième lundi de janvier 2010, pour discuter de l’amendement de la Constitution dans les règles. Quelque soit le prix à payer. Si on a pu trouver 80 millions de dollars pour acheter des tracteurs qui n’ont pas servi, 300 autobus qui vont être détruits en 3 mois, ne venez pas nous dire que vous n’avez pas l’argent. Si vous n’avez pas d’argent on le fera volontairement. On l’a fait déjà en 1987. On a commencé déjà volontairement.

Il faut être sérieux. La Constitution prévoit qu’à partir du deuxième lundi de juin à septembre, c’est la période à laquelle les chambres doivent présenter les changements qu’elles veulent apporter à la Constitution. Et le CEP dit que c’est le 29 juin qu’il va donner le résultat des élections du second tour. Donc les chambres ne pourront pas travailler jusqu’à cette date. Je veux rester positif. C’est un travail qu’il faut finir complètement. Nous ne pouvons pas permettre que le pays entre dans aucune crise, en dehors du chemin de la légalité. Dans le marécage dans lequel nous nous trouvons, si on s’y fourvoie, personne ne viendra nous en sortir. Il faut que les élections se fassent le 19 avril. Il faut que le Sénat ait sa majorité de 2/3, pour pouvoir faire la déclaration d’amendement. Il faut qu’il y ait les élections d’un tiers du Sénat et des députés en novembre. De façon qu’en janvier on peut s’assoire pour amender la Constitution.

En octobre 1986, sur la demande de 12 candidats à la présidence, on avait demandé à Rémi Mathieu, Jean-Claude Roy et moi de faire un projet de loi électorale. C’est pour la première fois que l’on faisait une loi électorale introduisant le CEP. Namphy a refusé de lire ce projet de loi. Effectivement on a dû se battre pendant tout le mois de juillet 1987. Ils ont fait semblant d’accepter. Et c’est à coup de fusil qu’ils nous ont attaqué le 28 novembre 1987. Et depuis lors c’est une batail qu’on a eu avec l’Armée, jusqu’à ce qu’elle se soit détruite elle-même. On continue à donner le pouvoir à des gens qui improvisent. Et qui ont une conception de l’Etat qui n’est pas démocratique. Ils permettent à des tas d’enfants de tuer des gens dans les rues. Soit disant que c’est une revendication populaire. Pourquoi n’a-t-on pas envoyé ces enfants à l’école ? On a préféré d’en faire des gangs d’assassins. Il faut voir ces choses clairement, parce que c’est le destin du pays qui se joue.

On dit que c’est la Constitution qui est la source d’instabilité dans le pays. Le gouvernement refuse de signer la loi électorale. Refuse d’appeler le peuple aux comices. Et retarde de 2 ans les élections pour nous donner le problème que nous vivons aujourd’hui. On constitue le Conseil National du Pouvoir Judiciaire. Il leur a pris 3 ans pour voter ces lois, pour des raisons complètement ridicules. On a présenté une loi sur le kidnapping. On l’a voté en un mois, sauf qu’on ne l’a pas encore publié dans le Moniteur. Le Conseil National du Pouvoir Judiciaire ne peut pas fonctionner parce que les membres ne sont pas certifiés, depuis un an. Un autre problème, c’est le président de la Cour de Cassation qui doit présider le Conseil. Or il n’y a pas de président de la Cour de Cassation depuis 4 ans.

Comment peut-on dire que ce soit la Constitution qui soit la source d’instabilité dans le pays. Il y a un échafaudage que l’on a fait dans la Constitution qui est abracadabrant. Sauf qu’il y a une vision du futur qui est absolument réel. Le pouvoir de développement ne se fera qu’à partir de ces unités de base, les municipalités. C’est le peuple des bourgs, des villages, qui va décider comment il va travailler. Et qui doit avoir de l’influence sur le pouvoir central pour obtenir les moyens qui lui sont nécessaires, cadres et investissements. C’est communautés sont réelles. Il revient à la législature d’inventer la décentralisation et la déconcentration, qui sont absolument nécessaires, pour augmenter la production nationale.

RB : Le premier et le seul régime qui a gouverné sous l’égide de la Constitution de 1987, c’est le régime lavalas.

Pourquoi les gouvernants de ce régime, ont-ils toujours refusé de faire les élections indirectes ?

JCB : Il est difficile en peut de temps de faire cette analyse. En résumé, la raison est que nous nous sommes trompés. Nous nous sommes trompés, pas seulement sur la qualité du leadership de l’homme que nous avons découvert après. On a un groupe de gens qui ne constitue pas une équipe. N’oubliez pas que pendant les 20 ans qui viennent de se passer, on n’a eu que des gouvernements improvisés. On a passé 25 ministres de la justice. Comment peut-on faire une réforme judiciaire avec 25 ministres, dans le département ministériel le plus dangereux, le plus délicat, le plus complexe, et qui pourtant est fondamental ? Or les personnes qui sont venus autour d’Aristide, les meilleurs de la société haïtienne, de la communauté haïtienne, la racine du pays. Ils étaient enthousiasmés de cette opportunité.

1-Les leaders n’étaient pas démocrates.

2-Les leaders n’étaient pas honnêtes.

Et nous avons eu ce désastre. Le coup d’état n’a fait que renforcer la légitimité du président Aristide. Il lui a rendu un service. Mais déjà, on pouvait voir qu’il avait une théorie de la justice, une théorie du gouvernement complètement opposée à la Démocratie. La question de non-tolérance, brûlant les gens dans les rues etc., le populisme folklorique. Or il nous faut un gouvernement de gestionnaires, d’administrateurs. Le monde est entré en crise. Qui va gérer cette crise ? Ce sont des gestionnaires des administrateurs. Il y a de mauvais gestionnaires que l’on chasse partout, dans tous les pays. Il faut mettre le pays au travail suivant le mécanisme et les lois de la production. Or nous ne sommes jamais entrés dans la dynamique de la production. On fait des jugements sur l’économie haïtienne des condamnations etc. Il n’y a pas de solution réelle. Un exemple frappant, il y a une dame qui vient chaque jour avec son restaurant ambulant vendre du riz dans des récipients d’un mettre de diamètre. Aucun ministre ne peut me dire quand est-ce que cette dame cessera d’utiliser le charbon de bois. Or ce problème est posé à tous les gouvernements haïtiens depuis 50 ans. Il n’y a personne qui soit venu avec une solution. Ils disent, il faut planter des arbres. Qui va planter les arbres ? Où allez-vous planter les arbres. Vous n’avez même pas un cadastre.

La Démocratie ce n’est pas un mot. C’est un genre de vie. Celui qui est responsable, doit vivre comme un démocrate. Il lui faut faire des projets réels. Mais pas des projets qui masquent des détournements d’argent. Il y a une loi sur la corruption qui est soit disant préparée. La corruption dans le code pénal de 1845, se définit par escroquerie et l’association des malfaiteurs. Or le monde moderne définit au moins d’une vingtaine de façons la fraude gouvernementale. Ces mots n’existent pas dans notre vocabulaire légal. En même temps nous sommes en train de signer des tas de conventions internationales. Chaque fois qu’on veut les appliquer, les juristes disent que ce n’est pas dans le code pénal. On n’a pas encore fait des lois d’application. On a rejeté un candidat à la primature parce qu’il avait la lettre « Q » dans son nom. C’est le comble de l’absurde. Les gens ne nous traitent pas avec sérieux. Ce n’est pas difficile à déterminer quand on s’adresse à un responsable haïtien qu’il est un farceur. Nous n’avons jamais eu de gouvernement d’équipe. Chaque Haïtien crois que c’est lui qui sait tout. On a eu des personnes de bonne volonté. Des personnes bien formées des meilleures universités du monde. Mettez les ensembles, elles ne font rien. Elles se neutralisent. Il n’y a pas une projection, une vision d’un pays. Où l’on vous dit que nous allons faire ça pendant 3 mois, et en 6 mois nous allons faire telle ou telle chose, des choses concrètes.

Il y a un laboratoire qui a coûté 5 millions de dollars pour faire des autopsies. Il n’y a pas une autopsie qui a servi dans un jugement quelconque. On est en train de se battre depuis des années pour qu’il y ait des autopsies dans les cas de meurtre. Ça aurait pu être utile dans les cas d’assassinat. On exploite aussi l’absence d’autopsie pour ne pas condamner des criminels.

Oui se sont des farceurs, mais des farceurs très intelligents, très malins. L’économie c’est des termes mathématiques.

Le bulletin de vote c’est la sanction du citoyen. Il y a des tas de gens qui se sont précipités pour être candidat. Des gens qui ont des dossiers judiciaires très lourds, en terme d’assassinat et de vol. Ils jouissent de l’impunité. Ils ont des intouchables. On risque d’avoir des chambres qui deviennent des abris pour les voleurs et les assassins. Dans notre société les voleurs et les assassins sont devenus des personnes respectables et respectés.

Le ministre de la justice ne peut pas faire avancer la machine judiciaire. Or c’est le ministère, à l’heure actuelle, le plus important du gouvernement. Tant qu’on ne s’attaquera pas aux responsables de la corruption et des chefs de la corruption, on ne va nulle part.

Tous les documents concernant le pillage de la compagnie de téléphone, ont été publiés aux Etats-Unis dans le Wall Street Journal, dans le Miami Herald, sur des sites spécialisés de l’Internet et dans le New York Times. Les tribunaux américains ont déjà condamné ce monsieur qui participait à la campagne électorale de McCain, d’une amende de $1,200,000. Parce qu’il avait fait un accord avec la Téléco qui était illégal du point de vue de la loi américaine. Qui du coté d’Haïti a signé l’accord ? Il faut poser la question. Or tous ces documents sont là. Le pire est que la complicité à l’impunité n’est pas notre monopole. Il y a une tendance à considérer ça comme un détail. Ce n’est pas un détail, c’est la condition même du développement.

Qu’est-ce qu’on a besoin à l’heure actuelle pour faire un pas vers le développement ? 3 milliards de dollars par ans, sur 10 ans. Si vous investissez ces 30 milliards de dollars dans des points précis, des filières de développement. Dans 10 ans le pays serait méconnaissable.

RB : Quel serait l’effet sur l’indépendance du pouvoir judiciaire, si les juges de paix, les juges de première instance et les juges d’appel, sont choisis par les Assemblées territoriales comme le prescrit la Constitution de 1987 ?

JCB : Il ne faut pas aller dans ce sens. Celui qui a avancé cette idée, ne connaissait pas comment l’appareille judiciaire fonctionne. Il faut qu’il y ait des instances pour soutenir la candidature des magistrats. Il y a un premier pas qui est fait. Si vous voulez être un juge de paix, par exemple, il vous faut passer un concours. A un niveau plus élevé, il faut avoir le consensus de vos confrères. Il faut arriver à faire fonctionner le Conseil National de la Magistrature. C’est mon opinion que l’Assemblée territoriale ne soit pas le meilleur moyen pour faire le choix des juges. Ce n’est pas dans cette direction que nous devons nous orienter. Il faut consolider le magistrat. Il y a des problèmes d’honnêteté, de compétence etc. Au début il faudra travailler avec ce qu’on a. Il est possible que si on contrôle réellement le magistrat qu’il puisse donner un bon travail. S’il doit préparer un cas dans un délai. S’il lui faut donner une ordonnance à temps, et qu’il est surveillé, on peut avoir des résultats positifs. Mais il faut prendre la chose au sérieux. A l’heure actuelle, la situation est exécrable. Pour sortir de ce problème, il faut une pression venant du pouvoir central. Il ne faut pas croire que la France, les Etats-Unis n’ont pas ces problèmes.

RB : Si la pression doit venir du pouvoir central. Or c’est précisément le pouvoir central qui tient le pouvoir judiciaire vassalisé.

JCB : C’est à l’intérieur de la profession qu’il faut trouver des moyens de sélection et de surveillance. Le pouvoir central doit donner l’exemple du sérieux. On est fatigué avec des farceurs. Il faut laisser de coté ceux qui sont en train de pavaner à partir du vocabulaire et du discours idéologique. Mais il y a des mobilisations de l’effort humain, cela rentre dans les rapports humains. C’est là où entre le leadership.

RB : Quel serait l’effet sur la qualité de nos élections, si le CEP est permanent ?

JCB : C’est la même chose qui peut arriver que pour la Cour des Comptes. Il y a des institutions que la Constitution a prévues, mais que l’on n’a jamais mises en fonction. Si vous nommez 9 personnes qui n’ont jamais pris une décision libre dans leur vie, ils ne donneront rien. Voyez l’état de la Cour de Cassation. Elle est paralysée.

C’est la même chose pour la politique extérieur du pays. Si le numéro un c’est la justice. Mais le numéro deux c’est la politique étrangère du pays. Il faut intégrer tout le problème du peuple haïtien dans une politique étrangère. Il faut aller défendre le peuple haïtien vis-à-vis des pays qui l’exploite illégalement. Il faut avoir des instruments légaux pour se battre contre ces gouvernements. Pourquoi le gouvernement haïtien ne peut même pas défendre ces 5 Haïtiens qui ont été tués dans un camion quand on leur a tiré dessus. On les a enterré sur place, sans les identifier. On n’en parle plus. Ça c’est grave ! Si vous choisissez des gens qui n’ont aucune expérience dans les domaines qu’ils vont gérer tant pis pour vous ! C’est ça qui a été fait et qui se refait. Il faut cesser avec cette plaisanterie !

C’est une plaisanterie, quand vous venez dire que c’est la Constitution qui est responsable de l’instabilité dans le pays. C’est une manière de faire qui date de longtemps. Le plus grand manipulateur n’a-t-il pas été Sténio Vincent ? Il a été le manipulateur par excellence des partis et des groupes politiques.

RB : Quel serait l’effet sur l’évolution de nos communes, si la décentralisation et la déconcentration se matérialisent ?

JCB : Il faut qu’il ait un centre technique dans chaque chef lieu de Département qui ait tout l’équipements nécessaires qui fonctionnent en liaison avec le pouvoir central, pour donner à tous les citoyens tous les documents dont ils ont besoin, acte de naissance, licence, acte de propriété etc. Le pays sera transformé. Il faut commencer sérieusement. Il faut avoir le cadastre. On a promis que l’on va délivrer une carte d’identité électorale avec un numéro qui va de la naissance à la mort, ça fait déjà quatre ans. On n’a pas encore délivré 2.5 millions. On est incapable de distribuer les cartes. Il en est de même pour les sacs de farine et de riz. Nous n’avons aucune technique de distribution. On force le citoyen à venir se batte en plein soleil pour recevoir ce qui lui revient de droit. C’est le mépris des gens. Or il existe des techniques de distribution !

RB : La volonté de vouloir remplacer la Constitution, ne vient-elle pas du fait qu’elle constitue un rempare insurmontable contre la confiscation à vie du pouvoir ?

JCB : Remplacer par quoi ? On va la remplacer par une autre Constitution. Ce sera encore la même chose. C’est le cercle vicieux.

RB : Dans un paragraphe vous avez fait ce constat et posé des questions : « Tous les problèmes ont été dix fois analysés. Toutes les solutions ont été vingt fois proposées. Que peut faire encore la parole ? Le silence serait-il sagesse ? Qui sera à la hauteur de cette crise historique ? »

Qu’entendez-vous par là ?

JCB : Haïti est le pays qui a été le plus étudié par les centres et instituts de recherches scientifiques. Lorsque je présentais ma thèse, dans les années 80, je suis tombé sur les rapports de Washington sur le drainage de Port-au-Prince, deux énormes volumes. Ils avaient prévu qu’il fallait faire des canaux ouverts. On a fait les canaux. Sauf que des gens sont venus construire des deux cotés de canaux. Mais il n’y a pas non plus le drainage, ni le maintien des canaux. Il faut aussi draguer la baie de Port-au-Prince, celle des Gonaïves, et celle du Cap.

La parole devient silence. J’ai des amis qui se sont tus. Qui vivent dans la tristesse. Nous sommes capables de bien des choses. Mais il ne faut pas que l’on prenne des gens pour des imbéciles. On n’a aucune envie de travailler pour enrichir 3 ou 4 personnes. Ce qu’on fait comme construction en Haïti, c’est comme si on n’a jamais eu d’école d’architecture. Ce qu’il y a comme problème avec l’eau, c’est comme si on n’a jamais eu des hydrauliciens. Le pays s’effrite pièce par pièce dans ce laisser aller. C’est très facile d’être indigné. C’est le moment du silence. On ne veut pas faire du scandale.

Il y a un leadership qui apparaît dans le pays, au niveau des municipalités, au niveau des députés. Si vous voyez la distribution des votes à travers le pays, sur la carte, à l’exception de l’Ouest, où il y a eu des manipulations, le pays profond a réparti ses voix sur une multitude de partis et de groupes politiques. Il faut qu’il y ait des voix qui disent ça suffit. Il faut que le vote devienne une sanction. Je souhaite que pour les sénatoriales, on verra encore ce même phénomène. De toute façon, il faut aller de l’avant. Il faut faire les choses selon les règles.

L’état civil, la carte électorale est un désastre, le cadastre on n’en parle pas ! Ces documents sont nécessaires pour établir la justice, les actes, les identifications des citoyens et leur permettre d’être des citoyens fonctionnels à part entière. Il vous faut construire des réseaux de bases de données. C’est la démission devant l’organisation de la société. Il y a des maire qui commence à comprendre qu’il faut qu’ils prennent les problème à bras-le-corps.

RB : Vous avez aussi constaté le fait que malgré ses imperfections, la Constitution continue cependant à nous tracer, le chemin des libertés, de l’Etat de droit et du développement.

Quelles sont ses imperfections les plus notoires, justifient-elles son remplacement ?

JCB : Il n’est pas question de remplacer la Constitution. Elle est là, on va la réviser. Il y a le traitement du premier ministre. Il y a des gens qui disent qu’il faudrait donner plus de pouvoir au président. C’est incroyable ! On vient de sortir de 200 ans de plein pouvoir pour les présidents. Le premier ministre est complètement paralysé, entre la chambre qui le menace tous les jours et un président qui est omnipotent. Il faut que le chef du gouvernement ait un statut de chef de gouvernement. Le problème n’est pas entre le législatif et l’Exécutif. C’est à l’intérieur de l’Exécutif. La division des ministères est complètement inepte. Il n’y a pas un ministère du logement social par exemple. Le ministère des travaux publics est aberrant. Chaque ministère doit régler des problèmes, et rendre compte à l’opinion publique.

Aussitôt que quelqu’un devient ministre il devient silencieux. C’est la réserve. Oui mais, il y a un sens de la responsabilité aussi. Personne ne dit rien. Le problème de la gazoline récemment, personne n’a expliqué ce qui est arrivé. Personne n’explique ce qui se passe. Nous sommes devant un gâchis.

Les policiers chinois, qui sont dans leur base, dans le secteur industriel, en 7 mois, ont récolté 2 tonnes de légumes cultivées dans la cour de leur base. Il faut être en contrôle. Il faut investir. Il faut le savoir faire. Il faut les moyens techniques. On ne peut plus faire l’agriculture avec la machette et la houe. Il faut une agriculture mécanisée et des paysans mécaniciens. Il faut envoyer les chimères à l’école, au lieu de leur donner une arme et leurs garantir l’impunité.

RB : A la fin du texte vous avez dit que : « C’est par cette porte étroite qu’il faut entrer et suivre, sans tricher, les cheminements, les procédures, les obligations contenues dans la Constitution du 29 mars 1987 pour la réviser, dénouer le nœud de ses contradictions, raffermir et préciser son langage. Cela demande, comme on le sait, une suite d’opérations minutieuses et coûteuses : une élection sénatoriale dans 15 jours, la présentation des changements à effectuer le deuxième lundi de juin 2009, de nouveau des élections en novembre, députés et sénateurs pour le rendez-vous du deuxième lundi de janvier 2010 afin de voter les articles remis à neuf.

Les bénéfices à tirer de ces exercices d’obéissance à la Constitution seront immenses. Car il est temps de travailler à consolider les choses au lieu de les aider à disparaître. »

La Commission constitutionnelle consent-elle à franchir cette porte étroite, ou veut-elle aider à faire disparaître la Constitution ?

JCB : J’ai été étonné de voir comment des gens ont accepté de travailler ensemble, pour ce qui est de cette commission. Il y a un vent qui souffle. Nous sommes dans la racine de la rénovation. Nous n’avons pas besoin d’une autre constitution. On a besoin de cette Constitution de 1987 nettoyée, révisée. Si nous faisons un faux pas, il n’y a rien qui va nous en tirer. Il y a des gens qui disent qu’il n’y aura pas d’élection en novembre. Mais si vous n’avez pas d’élection en novembre, qu’est-ce qui va se passer en janvier ? Ce qui peut se passer, je l’ai déjà vu, depuis 10 ans. J’ai vu des choses que je n’ai jamais cru que j’aurais pu voir, en fait de barbarie, de gaspillage, de destruction. Des usines, des commerces ont été liquidés en une nuit. Des choses qui ont exigé 20 ans de travail.

On a besoin de sécurité, c’est vrai. Mais il faut commencer par la base. Il faut d’une police rapprochée, une police au niveau des sections communales, avec des gens des sections communales. La Minustah peut former 6 milles personnes des sections communales. C’est un pays remarquable, il y a des endroits dans le pays qui n’ont pas vu un policier depuis vingt ans. Il n’y a pas la présence de l’Etat dans certains endroits. Et pourtant les gens gèrent leurs affaires.

La Constitution demande que nous présentions la liste des amendements. Nous sommes en train d’étudier les amendements qui sont nécessaires et la façon de solutionner les problèmes qu’ils posent, nationalité, la périodicité des élections, l’invention d’un nouveau système de rapport entre la municipalité et le pouvoir central, exploitant la capacité de communication moderne etc., pour réaliser la décentralisation et la déconcentration très vite. Le CEP a déjà empiété sur 3 semaines de travail de la dernière session ordinaire, en annonçant que les résultats des seconds tours seront publiés le 29 juin 2009.

Nous allons terminer le premier lundi de juin 2009, le rapport et le travail de sensibilisation. On va présenter une liste de problèmes avec les possibilités de solutions. Pour la sécurité par exemple, il y a 18 corps de sécurité que l’on doit mettre en fonction dans le pays. La police locale, de proximité, des paysans qui deviennent des agents de sécurité dans la section communale etc. Il faut régler la violence armée, avec un corps d’intervention rapide. On ne peut pas tolérer dans une société des armes qui sont des armes de guerre. Il faut d’une force qui peut les réduire.

RB : Je te remercie pour ta participation à l’émission. et j’aimerais t’inviter une prochaine fois.

JCB : Je serai toujours à ta disposition. Il y a un travail de sensibilisation qui doit se faire aussi.








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