CAPSULES-HAITIMONDE.COM - Les Dernières Nouvelles d’Haiti - Tout sur l’actualité haitienne - Le réseau de référence Haitimonde.com

Thèmes de l’Emission de la semaine

dimanche 24 janvier 2010 par Robert Benodin

Thèmes de l’Emission de la semaine

Orlando le 22 janvier, 2010

Actualités Politiques : Grandes Lignes

Bonsoir chers auditeurs. Vous écoutez sur les ondes de Radio Classique Inter, l’émission Actualités Politiques, Grandes lignes, animée par Robert Bénodin.

Nous avons avec nous, sur les ondes de Radio Classique inter, L’ingénieur Ray Killick, opinant sur la calamite et la crise qui en découle.

Ray Killick, nous vous souhaitons la bienvenue sur les ondes de Radio Classique Inter.

RB : Dans votre article intitulé « Un Sauvetage Humaniste » dès le premier paragraphe, vous avez mis l’emphase sur le fait que le pays s’est écroulé avec les secousses sismiques et les faiblesses de l’Etat se sont révélées.

Qu’est-ce que vous avez constaté ?

RK : Ça a été un anéantissement total. Ce que j’ai constaté, c’est l’effondrement de l’Etat ! Un Etat, qui était déjà dans une situation plutôt fragile, s’est écroulé de tout son poids. Le manque d’institutionnalisation est évident, du fait de la réponse de l’appareil d’état à la suite du séisme. Ça a été le silence total du gouvernement Préval/Bellerive. On assiste au fait qu’un gouvernement, qui aurait dû jouer un rôle minimum dans la coordination, par exemple de l’aide internationale, est totalement absent. On a un aéroport totalement inadéquat pour accueillir le volume d’aide qui convergeait vers Port-au-Prince, on n’a vu aucun effort de la part du gouvernement pour acheminer le trafic aérien vers les aéroports du Cap et des pays voisins.

On a vu des victimes qui venaient de subir des interventions chirurgicales qui n’avaient pas accès aux médicaments nécessaire pour leur survie, faute de logistique. C’est un rôle qu’un gouvernement aurait dû remplir. Donc il y a un problème dans la réponse du gouvernement qui reflète sa faiblesse institutionnelle.

Il y a aussi un aspect particulier. C’est pour la première fois qu’on a eu une catastrophe qui instantanément a atteint toutes les couches sociales, le commerce et l’industrie. Dans le cas des ouragans ceux sont, le plus souvent, les masses qui sont les plus affectées. C’est une situation qui ébranle une société. Qui teste sa capacité à répondre à ce genre de situation. Qui révèle que la société civile n’est pas organisée non plus. Bien que ce genre de catastrophe soit extraordinaire, l’absence totale de réponse ou de tentative de réponse, montre les faiblesses de ce pays à tous les niveaux.

On a vu l’exode. Déroutées, désarçonnées, désorientées, préoccupées par la survie, les masses ne sont pas prêtes à questionner ni à réagir à l’absence de réaction du gouvernement Préval/Bellerive.

RB : N’ayant pas vu d’intervention gouvernementale, ni d’initiative citoyenne, les masses se sont senties délaissées. Prises de désespoir, elles abandonnent la scène du cataclysme ?

RK : On n’a pas de centre de défense civile qui pourrait collaborer avec la Croix Rouge. On a un gouvernement totalement paralysé. Les masses se rendent compte qu’elles ne sont pas gouvernées.

RB : Dans la capitale les dommages sont spectaculaires. Il y a des villes de la presqu’île du Sud, par exemple, qui se sont aussi écroulées.

Est-vous renseigné sur l’étendu des dégâts ?

RK : On a Jacmel où 9 maisons sur 10 ont été détruites. Il y a Léogâne qui est dans le même état. Il y a Pétion-ville, Carrefour, Petit-Goâve, Miragoâne, les Cayes qui ont subit les mêmes dégâts physiques.

Les dégâts ont affecté non-seulement les maisons priées, mais aussi le commerce. Le chaumage augmente automatiquement.

RB : Vous avez fait la remarque : « Si le monde entier s’est levé d’un seul homme pour épouser la cause d’Haïti, c’est pourtant l’homme le plus puissant du monde qui donne le ton. »

Qu’entendez-vous par là ?

RK : Je parle de l’envergure même de l’intervention des Etats-Unis. Il a la capacité de déployer la puissance des Etats-Unis. Cette réponse a été une réponse d’envergure, une réponse substantielle. La réponse des Etats-Unis est incomparable en importance à celle de la Chine et des autres pays qui sont intervenus. Vendredi dernier, Hillary Clinton fait une conférence de presse avec Préval. Elle a déclaré que nous serons avec vous et nous resterons pour vous aider. Elle met l’accent sur la coordination avec le gouvernement dans le projet de reconstruction d’Haïti. En d’autres termes nous allons cogérer ce projet. Il y a là une démarcation entre l’approche antérieure qui consistait à fournir de l’aide au gouvernement qui la gère.

RB : Vous voulez dire qu’il n’y aura pas de délégation.

RK : Justement ! Je ne pense pas qu’il y aura de délégation. Il y aura plutôt une cogestion pour reconstruire ce pays. Ce sera une initiative d’envergure. On voit aussi que la France à l’exemple des Etats-Unis dépêche un navire de guerre vers Haïti.

On voit là aussi l’expression de la doctrine d’Obama, qui veut que l’on travaille en partenaire pour reconstruire Haïti.

RB : Le ministre français des affaires étrangères n’est pas de ce point de vue.

Qu’en pensez-vous ?

RK : Il faut situer la France dans ses réflexes de métropole. Haïti est indépendant certes, mais on n’a jamais coupé le lien avec la France. Il y a aussi dans les Antilles la Guadeloupe et la Martinique. La France veut projeter aussi son image multilatéraliste. Elle veut montrer qu’elle veut travailler et contribuer à l’émancipation d’Haïti. Quand Sarkozy voit l’importance du déploiement des Etats-Unis qui marginalise son rôle, par réflexe il donne la réplique. Cependant il faut retenir que la doctrine d’Obama prêche le partenariat dans les initiatives mondiales.

RB : Après le ravage des 4 cyclones d’automne 2008, on a vu tout au début le même enthousiasme.

Etes-vous certain que dans le cadre d’une crise financière et économique internationale que les donneurs d’aides iront, avec le leadership d’Obama, au-delà de l’intervention caritative, pour s’engager dans des projets à long-terme aussi onéreux que le nation-building ?

RK : Tout dépend de l’approche. Ma lecture me permet de constater que ce sera différent cette fois-ci, pour des raisons différentes. On constate qu’il y a la nomination de Bush et de Clinton par Obama. Il leur a chargé du leadership du projet de reconstruction d’Haïti. Ils ont créé un fond pour financer certaines opérations de reconstruction. Il y a au niveau des corporations, ceux qui invitent leurs employés à y contribuer. L’enthousiasme est là. On croit que les contributions pour Haïti vont dépasser celles collectées pour les autres désastres à travers le monde.

RB : Je voudrais faire la remarque, que les contributions pour le tsunami et les autres catastrophes, ont été caritatives. Tandis que pour Haïti, il s’agit de nation-building. Ce qui est totalement différent. Ceci est placé dans un autre niveau, avec un temps d’exécution beaucoup plus long. En plus, il s’agissait de village. Mais en Haïti, il s’agit d’une capitale. On n’est pas du tout dans le domaine caritatif.

RK : Il y aura la collection de capitaux pendant des années, j’espère. Même si Obama ne réussit pas à être reconduit à la présidence en 2012, il y aura toujours le fond de Bush et Clinton. C’est un leadership qui n’est pas lié nécessairement à la présidence des Etats-Unis.

Il y a d’autres institutions tel que la FMI, la BM, la BID etc. elles ont déjà contribué substantiellement. Elles vont continuer à contribuer encore. Il y a l’UE qui a promis 570 millions de dollars pour commencer. Ce sont des gestes remarquables.

On ne peut pas non-plus être complètement rassuré, qu’il y aura un projet de reconstruction assidu, soutenu d’Haïti. Nous sommes dans le domaine de la politique.

Il y a maintenant une volonté exprimée par divers nations, de repêcher ce pays. Le pire serait qu’un nouveau chef d’état aux Etats-Unis décide d’abandonner l’effort, parce que c’est un pays qu’on ne peut pas changer.

RB : Il faut aussi remarquer que le parti Républicain est viscéralement anti-nation-building. D’ailleurs, c’était l’argument de George Bush après avoir chassé les talibans de l’Afghanistan, pour se lancer après dans une guerre beaucoup plus coûteuse en Irak. Obama est obligé aujourd’hui d’adopter une nouvelle approche en Afghanistan qui inclut le nation-building.

RK : Il y a une différence fondamentale entre ce qui se passe en Afghanistan et se qui se passe en Haïti. Les Etats-Unis mettent le paquet. C’est inclus dans leur budget. C’est pour cela que j’ai mis antérieurement l’accent sur l’approche dans le cas d’Haïti. En plus de la gestion de la reconstruction, Obama a donné à Bush et à Clinton la mission de travailler le secteur privé américain.

Le gouvernement et la société d’Haïti s’étant effondrés. Les Etats-Unis étant engagés dans la guerre contre le terrorisme international. Un pays où l’Etat s’est effondré, présente un terrain idéal capable d’être exploité par les organisations terroristes. Le contrôle que les Etats-Unis opèrent sur l’aéroport, sur les côtes et l’espace aérien d’Haïti, c’est pour s’assurer de ce qui entre et sort du territoire. La reconstruction d’Haïti est une nécessité sécuritaire des Etats-Unis. Mais l’exode en masse vers la République dominicaine est aussi un danger qu’il faut éviter. On ne peut pas abandonner Haïti dans l’état de délabrement où elle se trouve. Haïti peut devenir un danger pour les pays avoisinants. Il y aura quand même un minimum. Ce minimum devra inclure aussi la participation haïtienne. Avec qui va-t-on reconstruire ? Peut-on reconstruire avec ce qu’on a comme gouvernants ?

RB : Dans le paragraphe intitulé « Equation Complexe » vous avez dépeint l’effet négatif du cataclysme sur toutes les classes et catégories sociales.

Ban Ki-moun n’avait-il pas, avant le cataclysme, exprimé spécifiquement ses inquiétudes concernant la possibilité d’un éclatement social ?

RK : Oui ! Mais c’est le contexte. On avait la Minustah qui stabilisait le pays. J’ai lu un article d’un journal brésilien qui rapportait que dans une conversation entre le président Lula et le président Obama, que Lula a avoué sa déception. Il a même qualifié la réponse de la Minustah et du gouvernement comme une disgrâce. C’est le chef d’état du pays en charge de la Minustah qui fait un aveu d’échec. C’est peut être dans ce contexte que Ban Ki-moun s’inquiétait d’un éclatement social. Que la Minustah était peut être dépassé par les événements.

RB : Je ne crois pas que ce soit cela. Ban Ki-moon l’a bien spécifié. Il a expliqué que la mission de la Minustah était de rétablir la stabilité militaire. En fait le Chapitre VII de la Charte de l’ONU assigne spécifiquement cette tache à la Minustah. Quand il a invité Paul Collier et Bill Clinton à venir en Haïti, il a été clair. Il s’inquiétait de la possibilité d’un éclatement social en Haïti à cause de la crise financière et économique mondiale qui affecte le pays les plus pauvres. L’Onu a-t-il jamais franchi ce seuil nul-part ?

RK : L’ONU n’est pas une organisation de nation-building. On peut citer ses succès en Asie du Sud-est. Il y a eu là une volonté politique pour changer les choses et reconstruire. Mais en Haïti quels sont les moyens que l’ONU peut utiliser pour persuader ce gouvernement d’assumer ses responsabilités vis-à-vis de la nation ? Aucun ! Il n’y a pas de possibilité de faire pression. C’est le pouvoir de persuasion de Clinton que l’on veut utiliser en Haïti.

RB : Il nous faut ajouter qu’Haïti étant l’un des pays les plus corrompus du monde ; Pour que l’on investisse dans ce pays, il faut qu’il y ait un intermédiaire qui garantisse l’investissement des entrepreneurs et établisse la confiance des donneurs d’aide.

RK : Bien sûr ! Vous avez constaté la dilapidation des 197 millions de dollars de Petrocaribe, pour venir en aide aux victimes des intempéries d’automne 2008. C’est ce qu’on a été imputé au gouvernement de madame Pierre-Louis et qui a forcé l’interpellation et le vote de non-confiance au Sénat. On dit que 90 millions de dollars a été affecté à la CNE pour achat d’équipements lourds. Quand on constate la réponse du gouvernement aux tremblements de terre, on se demande où sont les équipements lourds de la CNE ?

Oui, il faut cet intermédiaire. Est-ce qu’il comprend les magouilles qui se trament au niveau de l’appareil d’Etat ? C’est pour cela que je pense que l’intervention d’Hillary Clinton vendredi dernier est d’importance. On passe de la position d’intermédiaire à celle de la cogestion de la reconstruction d’Haïti.

RB : L’exode vers les provinces, comme réaction spontanée après quelques jours de confusion et d’hésitation, ne réduit-il pas à la fois la pression sociale à la capitale et l’explosibilité de la situation ?

RK : Absolument ! L’exode réduit la pression. Mais il y a l’effet inverse. Il y a un taux d’exode qui peut être nocif pour les villes vers lesquelles l’exode se fait.

RB : L’exode ne se fera pas uniquement entre milieux urbains. Il y aura une dispersion substantielle vers le milieu rural aussi.

RK : Mais il ne faut pas écarter ce problème. On ne sait pas dans quelle proportion la population va se disperser vers le milieu rural par rapport au milieu urbain. Le temps dira. C’est une chose à suivre. On ne peut pas avoir un exode anarchique, déplaçant le problème de Port-au-Prince vers la province.

RB : Maintenant que la migration se fait vers la province. Cette augmentation brusque de demande, ne va-t-elle pas provoquer une inflation dans ce milieu ?

RK : Absolument ! C’est pour cela que j’ai parlé de déplacement de problème d’un point à un autre.

RB : Il y a des observateurs de l’exode qui déclaraient à CNN, qu’il faudrait envisager d’organiser l’exode, pour non-seulement l’accélérer, mais aussi aider ceux qui n’ont pas les moyens pour payer le transport.

RK : L’exode sera bénéfique dans une certaine mesure, si le taux de transfère est limité. Si c’est illimité, on déplace le problème d’un point à un autre.

RB : Compte tenu de la proximité géographique, ceux qui dirigent le monde et qui posent rapidement l’équation avec ses variables, ne vont-ils pas découvrir avec la même célérité que les Etats-Unis ont plus d’intérêt qu’eux dans le nation-building à la fois, en Haïti après le cataclysme et à Cuba après Castro ?

RK : Tout dépend de l’optique qu’on considère. Si on part de l’optique que la reconstruction sera confiée à une majorité d’entreprises américaines. Les autres nations vont voir qu’il y a un déséquilibre dans la répartition. Dans cette même perspective, on peut se demander, c’est quoi une entreprise américaine ? Nous sommes à un moment de l’histoire de l’humanité caractérisé par la mondialisation. Un dollar gagné en Haïti ne restera pas en Haïti, parce qu’il ne peut pas être absorbé. Ça retourne vers les Etats-Unis. Maintenant, la compagnie américaine fait de la sous-traitance en Chine ou en Inde par exemple. Une partie du dollar va se retrouver dans ces pays. On devra, dans le cadre de cette réalité, se poser la question, il y aura-t-il un déséquilibre ?

RB : Dans le projet de reconstruction, l’infrastructure sera parmi les premiers à être reconstruites. L’infrastructure offre un avantage à qui le reconstruit. L’électricité par exemple, ce sont le « after market », le maintien, les pièces de rechange, la compatibilité.

RK : Il y a le « supply chain ». Les pièces qui sont fabriquées par des fournisseurs pour le compte de la compagnie qui est le fabriquant de l’équipement.

RB : Ces pièces produites par le « supply chain » sont vendu que par le fabriquant de l’équipement.

RK : Le « supply chain » est réparti à travers le monde, en Inde, en Chine, etc. Le bénéfice du marché de l’entretien du produit fini peut être réparti à travers le monde.

Il y a aussi la participation du cadre technique qui viendra des Etats-Unis de la République dominicaine etc. Ces pays voisins d’Haïti auront aussi un avantage. Il est clair que les pays qui participeront à la reconstruction d’Haïti vont nécessairement tirer un bénéfice. Les Etats-Unis ont l’avantage de la proximité dans le cas d’Haïti.

RB : Quel inconvénient voyez-vous dans la gestion de la reconstruction par l’ONU ?

RK : L’ONU n’est pas capable de gérer une telle opération. Lula a avoué, en parlant à Obama, que l’ONU ne peut pas assumer toutes les fonctions, toutes les responsabilités de la reconstruction. C’est pourquoi Obama a invité le Canada et le Brésil à rester avec les Etats-Unis pour prendre le leadership de la reconstruction d’Haïti. L’ONU n’a pas le savoir faire pour reconstruire un pays. L’ONU n’a pas les pouvoirs de contrainte, comme les gouvernements qui vont participer à la reconstruction. Pour que l’ONU soit efficace dans un pays, il faut qu’il y ait une volonté politique de réussir de la part des gouvernants de ce pays. Ce n’est pas par hasard que ce soit un président que l’ONU ait choisi pour gérer le projet économique en Haïti.

RB : Vous avez posé des conditions : « Pour la reconstruction, il est impératif que les mêmes politiciens qui étaient à la barre, lesquels la Nature en a démontré l’incapacité et l’incompétence, ne soient pas les interlocuteurs de l’Internationale et les gestionnaires des capitaux internationaux et de la Diaspora haïtienne. »

Comment faire, ils sont, qu’on le veuille ou non, légalement en charge ?

RK : Je ne pense pas que la communauté internationale va créer une situation de crise politique. Il y a des gens qui rêvent du chambardement. Ce serait contre-indiqué. Malgré son incompétence, le gouvernement doit finir son mandat. Cela n’empêche pas qu’on peut se réveiller un beau matin avec un gouvernement de salut public. On ne sait jamais en politique.

Cependant, on ne peut pas reconstruire un pays avec la même culture, avec les mêmes politiciens sans vision qui ont fait faillite. Si non, l’Internationale va s’acharner à enseigner des pratiques de gestion moderne à des politiciens corrompus qui depuis 2006 ont démontré une incapacité flagrante à diriger ce pays.

Si la communauté internationale est sérieuse, elle doit faciliter l’émergence d’interlocuteurs haïtiens sérieux et compétents. Je ne veux pas faire de distinction entre les Haïtiens de l’intérieur et ceux de l’étranger. On est forcé d’admettre qu’il y a 83% des cadres haïtiens à l’étranger. On doit partir d’un embryon qui permet l’espoir. La reconstruction n’est pas seulement la nouvelle architecture de Port-au-Prince. C’est la reconstruction de la nouvelle mentalité. Le pays ne changera qu’avec une nouvelle mentalité.

RB : On se trouve aujourd’hui dans une situation de choc, dont le ras-le-bol fait instinctivement choisir l’exode. Mais qui peut, en peu de temps, quand on aura compris que l’exode n’est pas la solution, passer de l’imploration passive de la miséricorde divine, au dépassement volatil du seuil de tolérance. Ne devra-t-on pas refaire les cartes à ce moment là ?

RK : Il y a des gens qui peuvent travailler le peuple. Mais je pense qu’il y a un moment de sursis. On ne sait pas pour combien de temps ça va durer. Le peuple est maintenant choqué et aux abois. Le peuple qui n’a aucune notion de géologie, est en train d’implorer Dieu et de cherche une explication au cataclysme qui l’a frappé.

RB : Il nous faut distinguer entre l’attitude résignée du chrétien qui se cherche une explication et le questionnement intentionnel de l’animiste vodouisant qui veut imputer le coupable. Entre l’explication et le questionnement qui l’emportera dans la compréhension des masses ? Quel langage sera le plus convainquant et le plus persuasif ?

RK : Là encore, il faut se demander qui sera le leader ?

RB : Voilà le danger. Ce ne sera pas le leadership politique traditionnel, mais le leadership religieux qui d’abord va gérer la réaction. Elle peut être récupérer après par le leadership politique.

RK : C’est tout-à-fait possible. Je ne suis pas un spécialiste du domaine. Je ne peux pas opiner. C’est plausible.

RB : De touts les pays qui participent au sauvetage d’Haïti, les Etats-Unis sont les seuls à exiger personnellement de Préval la signature illico d’un accord.

Pourquoi cette précaution ?

RK : Les Etats-Unis ont envoyé une armada. Ils ont pris contrôle de l’aéroport. On doit interpréter ceci dans le cadre de la guerre contre le terrorisme. C’est un acte préventif.

Dans le cadre de la doctrine d’Obama qui parle de partenariat entre les peuples. Un tel débarquement doit avoir une certaine légitimité. Le Venezuela et même la France ont soulevé la question d’occupation. Cet accord est pour donner une certaine légitimité au caractère de l’intervention des Etats-Unis.

RB : Il y a une scène qui est très significative. Préval avait voulu que ce soit le premier ministre Jean Max Bellerive qui signe. Hillary Clinton a voulu que ce soit René Préval qui signe.

Pourquoi ?

RK : J’ai vu à la télé Bellerive et Préval. C’est Bellerive qui jouait le rôle d’interprétateur pour Préval. Ça montre qu’il n’y a pas vraiment de premier ministre. C’est une création constitutionnelle. L’homme-fort du régime c’est le président de la république. Tout commence et s’arrête avec le président de la république.

Etant bien imbu du fait, Hillary Clinton a exigé que ce soit Préval qui signe cet accord.

RB : La présence militaire américaine est certainement énorme et surpasse celle des autres pays.

Pourquoi les Français se sont formalisés et ont accusé ouvertement l’Américain de vouloir occuper Haïti ? Qu’est-ce qui sous-tend cette accusation ?

RK : Ça a commencé avec un de leurs avions qui transportaient des équipements médicaux, à qui ont avait refusé le droit d’atterrissage. On sait bien que c’est un aéroport qui a une capacité limité. De plus il y avait d’autres avions qui attendaient leur tour pour atterrir.

Quand la France se sent négliger. Sarkozy se sent diminuer. Il a voulu marquer la pertinence de la présence militaire de la France dans les Caraïbes. Il y a aussi la situation volatile de la Martinique et de la Guadeloupe. La France veut s’affirmer sur l’échiquier politique international. C’est l’explication rationnelle du comportement.

RB : Dans le paragraphe intitulé : « La dernière Chance » vous avez dit qu’Haïti offre à la communauté internationale l’opportunité de cesser de collaborer avec les politiciens corrompus.

Depuis plus d’un demi-siècle n’a-t-on pas élu que des politiciens corrompus en Haïti ?

RK : Avec la complicité internationale d’ailleurs. Ceci remonte depuis 1957. Si la communauté internationale décide de continuer à coopérer avec des politiciens corrompus, pour reconstruire Haïti. Je ne vois pas cela de bon œil. Comment cultiver des corrompus et reconstruire avec eux. Ce sont deux choses qui sont mutuellement exclusives. Reconstruire avec des destructeurs qui ne croient ni dans la modernité, ni dans le développement économique. Ce n’est pas un pays qui est acquis aux pratiques modernes de gestion.

RB : Si on veut tout changer, l’éducation ne doit-elle pas avoir une place prioritaire ?

RK : Certainement ! Il n’y aura pas de reconstruction réelle sans un changement profond de mentalité. L’éducation haïtienne doit être repensée pour satisfaire les besoins du pays.

RB : Certes, on ne peut pas reconstruire avec les ouvriers de la destruction.

Mais, où et comment trouver les vrais ouvriers de la construction ?

RK : Tout va dépendre de l’approche utilisée. Si on continue, comme le fait le gouvernement, à vouloir maintenir la diaspora loin du pays, ce sera la faillite. Nous allons augmenter notre dépendance vis-à-vis de l’étranger. Ce qu’il faut faire, c’est faciliter et encourager le retour des cadres en Haïti.

RB : On peut ne pas rapatrier. Utilisant les progrès de la télécommunication, on peut pour utiliser les cadres haïtiens de haut niveau, faire le « out-sourcing ». C’est une procédure courante utilisée par les grandes corporations. Cela diminue énormément l’utilisation du temps et du coût. Pour les cadres intermédiaires qui gèrent le journalier, ce qui se fait chaque jour, c’est autre chose.

RK : C’est un model. Quand je parle de projet de reconstruction. Je fais intervenir un facteur de liberté. Quand je parle de rapatriement des cadres. C’est-à-dire offrir des avantages. Amender la Constitution, peut être, pour faciliter ce rapatriement. Il y a des cadres qui vivent à l’étranger qui pensent au retour au pays natal. Nous parlons d’entrepreneurs, mais pas d’employés de l’administration publique. Ce sont des gens qui veulent venir investir dans le pays en toute liberté dans le domaine de leur choix. C’est dans cette optique que je parle d’ouvrier de la reconstruction.

RB : Le partenariat entre Haïti et la communauté internationale serait la situation idéale.

Est-il possible maintenant avec les acteurs politiques qui gouvernent le pays ?

RK : Ce partenariat doit être sérieux. On s’attend à ce que chaque parti remplisse son rôle, s’acquitte de sa tache, de manière satisfaisante.

Si vous avez un gouvernement qui a largement échoué, faute de vision. Et qui vient d’afficher une incapacité certaine de par sa réponse au cataclysme. Si vous me dites que vous allez reconstruire avec de tel partenaire, ce sera le naufrage. Vous ne pouvez pas investir avec des partenaires qui ont détruit !

RB : Cette reconstruction est un projet complexe à long-terme qui peut prendre au moins 25 ans, ou 5 mandats présidentiel.

Comment va-t-on pour le bien d’Haïti garantir le maintien au pouvoir pendant ces 5 mandats, des gouvernants capables de maintenir le cap, sans retomber dans le piège populiste ?

RK : Il n’y a pas de réponse facile à cette question, si on est vraiment démocrate. Si on est pragmatique, on pourra dire, qu’on a un pays détruit, un Etat qui s’est effondré, une société anéantie, un commerce anémique. Il faudrait, pendant au moins 5 ans, avoir un gouvernement sérieux stable qui permet l’édification des structures et des institutions. Qui organise une nouvelle culture à l’intérieur de ces institutions, pour les consolider. C’est la stabilité de ce régime qui garantira la longévité de ces institutions et le respect des nouvelles valeurs. Il faut permettre aux institutions et aux valeurs de prendre racine au pays.

Sur une période de 25 ans, si on adopte le principe démocratique de la possibilité d’alternance, on ne peut pas avoir cette garantie. A moins que l’on veuille former un gouvernement de salut public composé de plusieurs secteurs de la société.

RB : Le problème fondamental depuis un demi-siècle, c’est la déliquescence institutionnelle. D’où vient-elle ? Elle vient de l’usurpation de l’autorité institutionnelle par les chefs d’état des régimes populistes. La faillite de l’Etat est indubitablement son corollaire. C’est la consolidation des institutions qu’il faut gérer et non le maintien du pouvoir.

RK : C’est pour cela que j’ai parlé d’une période de 7 ans de mis sur pied d’institutions solides. Il faut aussi que ceux qui sont responsable des institutions pratiquent cette nouvelle culture pour garantir leur consolidation. Ce sont ces institutions raffermies qui vont créer la société nouvelle. La bureaucratie, l’administration doivent survivre l’alternance politique. Il faut en faire une carrière. Il y a une culture qui traverse les gouvernements haïtiens qui fragilise les institutions en les empêchant d’être indépendantes du pouvoir politique. L’Etat c’est le chef d’état ! C’est le régime de pouvoir absolu.

RB : Pensez-vous que le choc de ce cataclysme forcera enfin la rupture avec le passé d’un demi-siècle de populisme ?

RK : On ne peut que l’espérer ! Le populisme sera toujours présent dans la société. La société idéale serait d’avoir une classe moyenne extrêmement avancée, suffisamment riche.

Le populisme d’Aristide par exemple, qui exploite les clivages sociaux au détriment de ceux qu’il prétend défendre. Ce populisme anarchique fragilise les institutions et la société.

RB : Que pensez-vous du rôle direct, prépondérant joué par Leonel Fernandez dans les affaires haïtiennes et dans la recherche de solution à la crise cataclysmique haïtienne :

- Etre le proxy de Préval pour défendre les intérêts haïtiens en France.

- Présider aux réunions sur Haïti en lieu et place de Préval.

- Proposer le coût du plan Marshal pour la reconstruction.

- Déterminer pour Préval où Port-au-Prince devra être reconstruit.

- L’Union européenne consacre le statut de satrapie d’Haïti vis-à-vis la Dominicanie, en promettant à Leonel Fernandez de lui rembourser tout ce qu’il aura dépensé pour le compte d’Haïti.

- Un consul dominicain annonce qu’il n’y aura pas d’élection cette année, avant les autorités haïtiennes.

Leonel Fernandez n’est-il pas en train d’usurper, à la barbe du peuple haïtien, la présidence de l’île ?

RK : Entre les Etats-Unis, la France, le Canada et le Brésil, Leonel Fernandez est le tuteur local de l’île d’Haïti. C’est le leader de l’île. En mission en France, le cas d’Haïti fut discuté par Leonel Fernandez avec Sarkozy. C’est un type qui prend beaucoup d’ampleur. Il a un intérêt particulier. Haïti est son 3e partenaire commercial. La Dominicanie sera l’un des premiers bénéficiaires de la reconstruction d’Haïti. Elle se trouve dans une position idéale par rapport à Haïti. C’est un leader calculateur. Le fait que ce soit lui qui a proposé et présidé la réunion sur Haïti, montre son leadership et l’absence de leadership de Préval. C’est visible que Préval manque de poids.

Proposer le coût du plan Marshal. Encore un autre aspect de l’absence de leadership de Préval, qui lui permet de combler le vide. C’est aussi dans le but de bénéficier au maximum de la reconstruction d’Haïti. Il a intérêt à faire campagne pour cette reconstruction.

L’Union européenne promet de lui rembourser l’argent dépensé pour le compte d’Haïti. Ceci est grave !

Pour les élections je ne vois pas comment on allait s’y prendre. Mais la déclaration du consul a précédé toute déclaration d’autorité haïtienne. C’est aussi grave. Il nous faut reconnaître qu’Haïti est un pays livré à lui-même, qui n’est pas gouverné. C’est Préval qui laisse la porte ouverte à Fernandez et au consul.

La communauté internationale cherchant un interlocuteur sérieux, Préval étant incapable, passer par Fernandez lui facilite énormément la communication et la tache.

RB : Quelle est votre vision de l’avenir, après l’effondrement spectaculaire de la capitale et du gouvernement ?

RK : Le séisme est une catastrophe. Cependant, c’est une opportunité pour repartir sur des bases fraîches, nouvelles. Pour la première fois de son histoire, le monde entier est mobilisé à son chevet. Après 1804 Haïti était seule, ostracisée. Haïti représentait cette menace pour les colonialistes et les esclavagistes. Ce n’est qu’en 1861 que l’indépendance d’Haïti a été reconnue par les Etats-Unis.

C’est un moment de grande opportunité. Mais opportunité que ne peut se saisir qu’avec un partenariat sérieux. Ce n’est pas une rue à sens unique. L’avenir est prometteur. Mais il dépend de la qualité du partenariat.








Accueil | Plan du site | info visites 317482

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site LES ENTREVUES  Suivre la vie du site Emissions de Robert Benodin   Politique de publication

Haitimonde Network