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Thèmes de l’Emission de la semaine - Par : Robert Benodin

dimanche 2 mai 2010 par Robert Benodin

Thèmes de l’Emission de la semaine

Orlando le 30 avril, 2010

Actualités Politiques : Grandes Lignes

L’octroi des pleins pouvoirs étant un fait accompli, la caducité de la 48e législature et d’un tiers du Sénat l’étant aussi, dans ces conditions, la dissolution des chambres devenant futile, la présidence à vie devient de plus en plus accessible pour Préval. Ayant déjà en main depuis plus de 2 ans, deux versions de constitution reçues de Leonel Fernandez, l’Assemblée constituante devra faire un choix entre les deux ou en faire une synthèse. Nos parlementaires, qui ne brillent ni par le savoir, ni par l’esprit, et qui espèrent faire partie de la constituante, ne constitueront-ils pas un handicap pour accomplir une telle tache, dans un temps aussi court ? Cette tache accomplie, pour remplacer la constitution de 1987, Préval n’aura qu’à faire un référendum. Et le tour sera joué ! La nation haïtienne acceptera-t-elle à faire cette régression monumentale d’un demi-siècle vers la présidence à vie ? Hic est quaestio.

Au niveau de l’internationale, d’une part il est important de tenir compte du fait, que l’ambassadeur américain a fait un désaveu. En faisant savoir publiquement dans une entrevue, que la formation de la CIRH, bien qu’introduite au parlement par le biais d’un même projet de loi demandant la prolongation de la loi d’état d’urgence, elle n’a rien à revoir avec cette demande de prolongation. Si cette loi n’avait pas été adoptée par le parlement, les Etats-Unis déterminés à aider Haïti dans ces circonstances, pour des raisons autant historiques que d’intérêts immédiats, auraient trouvé d’autres voies et moyens pour le faire. Le commandant de la mission militaire américaine en Haïti, s’engage cette semaine dans une nouvelle mission de services médicaux et d’ingénierie nécessaires à des communautés situées en dehors de Port-au-Prince, y compris Gonaïves.

Et d’autre part, l’importance de la réunion qui a eu lieu à Brasilia lundi, dans le cadre de cette volonté de créer une nouvelle instance régionale parallèle à l’OEA, excluant les Etats-Unis et le Canada. A cette réunion un accord triangulaire, incluant Cuba, Brésil et Haïti, a été conclu. Le Brésil s’engage à financer l’envoie de nouveaux groupes de médecins cubains en Haïti. Préval a finalement accepté que les Brésiliens construisent le barrage hydroélectrique. Cela va de soi que Préval voulant émuler ce que Chavez, Morales et Ortega ont fait pour se garantir le droit de se succéder, il va foncer à toute allure vers la politique brésilienne pour se garantir la réalisation de ses ambitions personnelles, la présidence à vie. Préval a fait son choix à cette réunion. A qui Préval demande-t-il maintenant les fonds pour organiser les élections à la fin de l’année ? Au Brésil naturellement ! Pour des besoins macro-politiques régionaux, les intérêts de la nation sont sur le point d’être sacrifiés une fois de plus pour satisfaire les ambitions d’un seul homme et de sa clique ! Qui l’emportera dans ce bras de fer, la nation ou Préval ? A nous de trancher et de défendre nos intérêts !

Entre-temps en Haïti, avec l’insatisfaction et surtout la prise de conscience du danger éminent auquel les pleins pouvoirs exposent la nation et l’Etat haïtien, l’évolution du sentiment anti-Préval est en train de devenir presque unanime. Les symptômes de ce sentiment anti-Préval, sont en train de se manifester sporadiquement, à un rythme plus accéléré, plus intensif de jour en jour, à travers le territoire. Le ras-le-bol national est manifeste ! L’inquiétude est réelle ! L’anxiété s’intensifie ! Les nerfs sont à fleur de peau ! Cependant, la marmite qui bout depuis les émeutes de la faim, tarde à exploser ! Pourquoi n’a-t-on pas encore franchi le seuil de tolérance ? De quoi s’agit-il ?

Les partis de masse offrent naturellement la capillarité par laquelle les masses articulent leurs revendications, ventilent leur frustration, à travers de multiples moyens d’expression et de mobilisation. Alors que la sporadicité des manifestations à travers le pays témoigne de la quasi-unanimité des sentiments anti-Préval, la mobilisation nationale tarde à se réaliser. Les partis de masse qui ont vautré pendant trop longtemps dans le miasme corrupteur et corruptible du gouvernement de coalition de Préval, ont perdu graduellement le contact avec les masses et par voie de conséquence leur crédibilité. Assis autour de la table gouvernementale, ils se sont distancés inconsciemment de leurs bases. Ces partis de masse victimes de la corruption sont aujourd’hui divisés et émiettés. Leurs leaders ont perdu leur pouvoir de convocation. Aussi bizarre que ceci puisse paraître, Préval chef d’état, leader de ce gouvernement de coalition créée par lui et pour cause, n’a pas pu, ni n’a pas su non-plus récupérer ces bases déboussolées, sans leadership, pour combler ce vide. Ceci ne constitue-t-il pas la preuve irréfutable que Préval ait été catapulté par tiers au pouvoir. Sa présence au plus haut sommet de l’Etat, n’est-il pas artificiellement maintenue. Préval seul est-il capable de conquérir le pouvoir et de s’y maintenir !

On constate aujourd’hui, avec pitié, des leaders traditionnels de partis de masse qui adhérent publiquement au ras-le-bol avec des déclarations enflammées, mais sans aucun effet mobilisateur réel. Les masses ne répondent pas à leurs appelles à la mobilisation. Avant qu’il ne soit trop tard, ce vide à l’avant-scène politique, doit être comblé, pour que l’on fasse œuvre qui vaille avec un mouvement unitaire ! La décente aux enfers pour une seconde fois dans cette logique infernale de la présidence à vie, pour satisfaire les ambitions d’un seul homme et d’une seule famille politique, au détriment des intérêts de toute une nation, est révoltante !

Peut-on naïvement croire que ce soit par respect pour le calendrier constitutionnel que Préval tient à tous prix et malgré les circonstances à organiser des élections à la fin de cette année, ou au début de 2011. Préval a constamment violé le calendrier constitutionnel pour fragiliser le pouvoir législatif. Le dossier de Préval en matière électorale est exécrable. Il n’y a pas eu une élection gérée par Préval qui ne soit pas un scandale. Pire celles d’avril 1997, ont remporté la palme ! Elles ont été annulées de manière spectaculaire par l’ONU, l’OEA et le reste de la communauté internationale. Ce n’est pas pour la première fois non-plus, que Préval ait formé un CEP ignorant totalement les prescrits constitutionnels. Le CEP, qui a fait les élections présidentielles du 26 novembre 2000, a été créé frauduleusement sans aucune consultation avec les secteurs de la société, après que le président du CEP précédent, Léon Manus, se soit sauvé clandestinement par le biais de la frontière haïtiano-dominicaine pour échapper à l’assassinat.

La fourberie utilisée par Préval aux dernières élections d’avril et de juin 2009, pour former ce CEP, est d’exiger que chaque secteur désigne deux représentants. En fin de compte, c’est Préval qui fait le choix final des neuf membres du CEP parmi les 18 délégués. Aucun délégué du secteur privé n’a été sélectionné comme membre de ce CEP. Alors que l’article 289 de la constitution est clair sur ce point. Il ne requière qu’un représentant par secteur. Cette procédure empêche à Préval d’avoir le choix final.

Préval conscient de la précarité de sa situation, constate dans les faits à travers le pays, l’accroissement exponentiel du sentiment anti-Préval. Préval sait, dans ses moments de lucidité, que ses deux mandats, ont été incontestablement des échecs. Il sait que n’ayant jamais résolu aucune des crises qui ont précédé le tremblement de terre, elles se sont dangereusement accumulées. Même quand il dénie audacieusement la corruption de son gouvernement, il sait dans sa conscience de corrupteur, s’il en a encore une, que ce soit le moyen préférentiel le plus direct et le plus efficace, pour se rallier des acteurs de l’avant-scène politiques et particulièrement dans un pays pauvre. Il obtient les pleins pouvoirs. Pour faire quoi ? 3 mois après le cataclysme, pourquoi en a-t-il besoin ? Certes le pouvoir corrompt ! Le pouvoir absolu cependant, corrompt absolument !

Le remplacement de la constitution n’a pas d’autre but pour Préval, que de mettre fin à la limite des deux mandats présidentiels. Il veut rejoindre ses compadres sud-américains, Chavez, Morales et Ortega. Préval tient à faire les élections lui-même pour pouvoir se doter d’un parlement soumis et se garantir par le biais d’une nouvelle constitution le maintien de la présidence à vie. Dans le cadre des pleins pouvoirs accordés à un chef d’état, peut-on naïvement croire qu’il veut ou qu’il peut faire des élections démocratiques, libres, honnêtes et crédibles ? L’octroi des pleins pouvoirs ne met-il pas en suspend automatiquement toutes les garanties constitutionnelles ? Après que la nature ait ponctué avec éclat la fin du populisme archaïque (fascistoïde et anarchique). Au moment où Haïti et son peuple se sont décidés et se préparent à franchir de pied ferme le seuil de la modernité. Au moment où les pays qui se sont précipités spontanément à leur chevet après le cataclysme, s’engagent de bonne foi à les accompagner pour franchir ce seuil. Pourquoi, 3 mois après le cataclysme, Préval exige-t-il du parlement le plus corrompu des annales de la République et obtient de lui les pleins pouvoirs, si ce n’est que pour forcer cette régression infernale vers la présidence à vie ? Nous en avons soupé, il y a un quart de siècle ! Allons-nous comme des spectateurs indifférents permettre à Préval le loisir de faire sombrer la barque avant d’atteindre les rives de la modernité ? Hell no !

Les participants aux conversations qui ont eu lieu cette semaine au Département d’Etat au sujet de la tenue des élections, ont abondé dans le sens de Préval qui dit vouloir remettre le pouvoir à son successeur le 7 février 2011. L’argument ou le prétexte offert en faveur des élections gérées par Préval, est que ce serait un recul pour la Démocratie, si Préval est remplacé par un gouvernement provisoire. Le Département d’Etat, avant d’épouser cet argument, aurait dû poser la question suivante : La présence de Préval au pouvoir, avec ce qu’il a comme dossier récent et passé dans le domaine électoral, une fonction fondamentale pour la Démocratie, constitue-t-elle en avancement pour la Démocratie ? L’important dans cette conjoncture pour la nation haïtienne, comme pour l’internationale, c’est d’avoir des élections dont les résultats reflètent en vérité l’expression de la volonté générale ! C’est ce qui doit établir la vraie stabilité dans le pays, et permettre la gestion de la cohésion sociale par le consentement.

En prenant en considération Préval lui-même, le danger pour l’avenir du pays est d’une part le fait que les élections seront gérées par un président ayant les pleins pouvoirs. Préval est autorisé à gouverner par décret présidentiel. D’autre part le dossier électoral de Préval d’avril 1997 à juin 2009, est des plus exécrables, du point de vue fraudes et irrégularités. Face à cette décision de l’internationale d’abonder dans le sens de Préval pour faire des élections gérées par lui avec son CEP, met la nation haïtienne dans une impasse. Elle se trouve aujourd’hui le dos au mur. Elle ne peut plus continuer à se perdre en conjectures. Il y va de son avenir. C’est à elle de se décider, si elle doit compromettre son avenir en allant aux élections avec Préval et son CEP. Ou s’émanciper en défendant ses propres intérêts ! Face à une résistance nationale sérieuse, il sera difficile pour l’internationale de se ranger, pour quelque prétexte que ce soit, du coté d’un pouvoir qui est à son crépuscule, alors qu’elle se prépare à investir substantiellement dans l’avenir d’un pays démoli. L’avenir d’Haïti, voilà la priorité des priorités !








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