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Un ancien PM haïtien dans les limbes juridiques canadiens - Par : Vincent Marissal, La Presse

dimanche 9 mai 2010 par Vincent Marissal

Accusé erronément par le Canada, il y a six ans, de crimes contre l’humanité, un ancien premier ministre d’Haïti continue de réclamer en vain sa réhabilitation.


L’ex-premier ministre d’Haïti, Jacques Édouard Alexis, et le premier ministre du Québec, Jean Charest, au sommet de la Francophonie de Bucarest, en 2006. Interdit de séjour au Canada en 2004 parce que soupçonné de crimes contre l’humanité, M. Alexis, qui n’a jamais été accusé formellement, ne peut toujours pas se rendre au Canada à titre privé.

Photo : Clément Allard, Gouvernement du Québec, Archives La Presse

Jacques Édouard Alexis, qui a été premier ministre deux fois (de 1999 à 2001 et de 2006 à 2008) et a occupé des postes de ministre, a été interdit de séjour au Canada par le gouvernement de Paul Martin en 2004.

Le Canada, dans un rapport de 160 pages, accusait l’ancien premier ministre d’avoir été complice de meurtres de jeunes commis par la police en 1999 dans le quartier chaud de Carrefour-Feuilles.

Or, aucune accusation formelle n’a jamais été portée contre Jacques Édouard Alexis, qui voyage librement depuis des années aux États-Unis, en Europe, en Afrique et en Amérique du Sud. Seul le Canada l’a placé sur la liste des personnes non admises.

Les auteurs du massacre de Carrefour-Feuilles ont depuis été arrêtés, jugés et condamnés au terme de procès qui ont d’ailleurs valu des éloges au gouvernement haïtien.

M. Alexis, une personnalité en vue à Port-au-Prince qui envisage son retour à la politique active, a été le premier ministre du président René Préval, qui, lui, n’a jamais été mis en cause par le Canada dans cette histoire de massacre.

Le président Préval est reçu au Canada avec tous les égards dus à un chef d’État étranger, et les membres du gouvernement canadien se pressent à sa porte lorsqu’ils vont à Port-au-Prince, comme l’a fait hier soir le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon.

Selon le rapport canadien, Jacques Édouard Alexis, en sa qualité de premier ministre, « devait » être au courant des exactions commises par la police haïtienne. Il a toutefois été innocenté lors des procès des meurtriers.

C’est en tentant de se rendre au Canada pour visiter sa famille en 2004 que M. Alexis a découvert qu’il ne pouvait avoir de visa.

Il a par la suite exigé et obtenu son dossier, après quoi il a demandé, en vain, réhabilitation et excuses formelles.

Redevenu premier ministre en 2006, Jacques Édouard Alexis a reçu le précédent ministre des Affaires étrangères du gouvernement Harper, Peter MacKay, en visite officielle. Celui-ci avait exprimé publiquement ses regrets pour la façon dont M. Alexis avait été traité par le Canada.

Ottawa consentait à l’époque à accorder un visa au premier ministre Alexis pour des visites officielles, mais non au citoyen à titre privé. M. MacKay avait promis une enquête sur ce dossier. Mais depuis, rien.

Interviewé récemment par La Presse à Port-au-Prince, Jacques Édouard Alexis a affirmé que l’ambassadeur du Canada en Haïti lui a offert un visa « en dessous de la table », ce qu’il a refusé.

« On m’a accusé de crime contre l’humanité, il s’agit d’une situation inacceptable, mais le Canada refuse de s’excuser pour ne pas créer de précédent, dit-il. Je ne peux accepter un visa sous la table, je veux des excuses officielles. »

Malgré les graves accusations que le Canada a portées contre lui, M. Alexis a fréquenté des politiciens canadiens et québécois dans l’exercice de ses fonctions en Haïti, mais aussi à l’étranger, notamment lors des sommets de la Francophonie.

Il figurait aussi sur la liste des invités à un repas non officiel lors de la récente visite de Pauline Marois à Port-au-Prince.

Avant 2004, M. Alexis est venu au Canada à maintes reprises. Il a étudié à l’Université Laval dans les années 70, et cinq de ses enfants vivent ici (un de ses fils est économiste au gouvernement fédéral).

À Ottawa, c’est la confusion la plus totale autour de ce dossier. Impossible de savoir où en est le cas Alexis.

Au cours des derniers jours, les ministères des Affaires étrangères et de l’Immigration se sont renvoyé la balle, avant de diriger La Presse vers l’Agence des services frontaliers du Canada, qui n’avait pas plus de réponse.

Pour toute explication, voici ce que la porte-parole de l’Agence nous a envoyé par courriel : « En ce qui concerne vos questions au sujet de Jacques-Édouard ALEXIS, SVP noter que conformément à la Loi sur la protection des renseignements personnels, l’ASFC ne discute pas sur des cas spécifiques. »

Hier, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a entamé sa visite en Haïti en annonçant 10 millions supplémentaires en soutien aux institutions chargées de la justice et de la sécurité en Haïti.








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