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Un cap dangereux pour Haïti - par : Jean Erich René

mercredi 4 août 2010 par Erich Jean René

Un cap dangereux pour Haïti

Jean Erich René

erichrene@bell.net

La crise politique atteint tous les compartiments de la société haïtienne. Sa complexification est particulièrement due à un débordement tout à fait arbitraire de l’Exécutif durant ces 50 dernières années. Selon Habermas, une telle situation s’explique par la mise en péril du principe de séparation des 3 pouvoirs. Le droit à la parole est tout à fait indispensable à la prise de décisions. En Haïti le procès politique au Parlement est à sens unique avec des députés j’approuve. L’espace public haïtien est maitrisé par le Parti au pouvoir. Comment parler de démocratie quand les représentants de la majorité des Partis sont au service du Pouvoir en place. Des acteurs d’horizons divers s’entendent non pour le triomphe d’une cause commune mais en vue du sauvetage individuel.

Dans une société en pleine déliquescence la politique l’emporte sur tous les tableaux. Les priorités telles que, aliment, logement, sécurité éducation, santé etc. deviennent secondaires. Les séquelles laissées par le tremblement de terre du 12 Janvier 2010 sont vouées aux calendres. Le paradoxe de l’histoire nous enseigne qu’une barque nationale à la dérive est parfois récupérée par le plus vil des matelots mais souvent pour le pire. L’Allemagne Nazi nous a offert l’exemple combien convaincant de ce caporal nommé Hitler qui a bouleversé l’histoire du Monde. La France après les nombreuses turpitudes entrainées par la chute de la Monarchie a connu des moments difficiles sous l’Empire du capitaine d’artillerie nommé Napoléon. Dans les deux cas l’histoire termine toujours sur une triste note.

Le 1er mars 1847, Faustin Soulouque qui pouvait à peine signer son nom avait reçu l’investiture comme Président d’Haïti pour se faire sacrer ensuite Empereur le 18 avril 1852. On se moquait de lui et surtout de son ignorance. A chaque réunion du Cabinet ministériel, Il revenait à Delva de collecter les dossiers qu’il devait signer avec leurs duplicatas transmis en cachette â certains hommes de confiance. Céligni Ardouin, son éminence grise aussi bien que le Général Maximilien, commandant de la Garde du Palais national ont eu à découdre avec le Bonhomme Coachi qui a inauguré un règne de terreur et d’obscurantisme consommé. Le carnage de la Semaine Sainte de 1848 confirma son instinct criminel qu’on peut facilement identifier dans sa proclamation aux Jérémiens : « Mon épée ne serait remise dans le fourreau que lorsqu’il n’y aurait plus rien à frapper aucun des parjures qui conspiraient la perte du pays. » Voilà ce que cela nous coute d’avoir un Chef d’État inculte.

Au départ de Jean Claude Duvalier en 1986, suite à la terreur du déchouquage, le pouvoir a failli échoir à Sylvio Claude aux élections du 29 novembre 1987. Il a fallu la tuerie de la ruelle Vaillant montée de toutes pièces par le CNG pour brouiller les cartes et renvoyer sine die les joutes électorales. Le pouvoir pour un laps de temps fut transmis à Lesly François Manigat avant d’être récupéré finalement par l’ambitieux Prosper Avril qui va nous jeter à nouveau dans la gueule du loup par son comportement arbitraire. Le soulèvement de la base de l’Armée contre les Officiers supérieurs, la mutinerie du Palais National et des Casernes Dessalines sont responsables de la délinquance relevée au sein des FAD’H et de sa démobilisation au retour d’Aristide.

Le populisme est une menace permanente pour l’équilibre du Corps social haïtien. Le viol des foules, par des slogans fétiches tels que Tim Tim Bwa Chèh, ansanm nou fò, est courant dans l’histoire des élections en Haïti. Bientôt le Waka/Waka de Shakira lors de la Coupe du Monde, agrémenté de ses déhanchements lascifs, en compagnie de l’ambassadeur du Hip Hop, va faire écho sur la scène politique haïtienne pour attirer les électeurs. Le Peuple haïtien a toujours affiché cette attitude de bon enfant vis à vis de certains candidats sauveurs qui finissent toujours par se comporter en dictateur pour maintenir les rênes d’un pouvoir qui ne repose que sur du bluff mais nullement propice au développement économique du pays. Dans un contexte post-séisme nécessitant la réhabilitation des infrastructures de base, la reconstruction des habitats, des hôpitaux, des centres de Santé, de nos Écoles et Universités etc., il est mal séant de loger encore au Palais National un quidam sans aucun titre, ni qualité ni dignité.

Peut-on se remettre têtes baissées à la Communauté Internationale. Contrairement aux commisérations des bailleurs de fonds internationaux, la réalité quotidienne nous apprend que les promesses faites n’ont pas été honorées. Les démenées du PM Jean Max Bellerive avec la BID qui se fixe des honoraires exorbitants dans le cadre de la gestion de l’aide, nous mettent la puce à l’oreille. Il y a une réalité que nous devons tous saisir. Le Gouvernement de René Préval est en train de saper les fondements de la Nation en se remettant à la République voisine pour les moindres faits et gestes de la vie nationale. La pose de la première pierre de l’Université de Milo, en plein cœur du Royaume de Christophe, ne doit pas nous laisser indifférent. Si la présence de René Préval à l’entrée du Cap a été boudée, la photo de Fernandez a été exhibée publiquement. Nous sommes à la recherche d’une sortie de crise mais pas à n’importe quel prix.

Il est un fait important sur lequel nous devons débattre : la légitimité et la validité de nos candidats. La modification du paysage politique haïtien à des fins purement électoralistes est délétère pour l’avenir de la Nation. On ne peut pas laisser la porte grandement ouverte au premier démagogue pour ravir les bulletins de vote avec des discours assaisonnés de radotages. L’un des plus grands maux de l’espace politique haïtien c’est l’hypertrophie causée par la suprématie du medium de la communication. Les facilités de l’information à distance agrandissent l’image des postulants sans ouvrir une fenêtre d’opportunité pour juger de leurs vraies personnalités et évaluer leurs compétences personnelles réelles. La démocratie qui a vu le jour en Grèce et principalement à Athènes était pourtant l’affaire d’une élite dirigeante. Quand Platon et Aristote évoquent le mot citoyen, ils font allusion aux lettrés, aux nantis du savoir, aux patriciens.

Les élections auront-elles lieu le 28 novembre 2010 ? Peut-être ! En tout cas, le décret électoral, pour la première fois depuis 1987, n’a pas fixé la date du second tour ni celle de la proclamation des résultats au niveau des différents paliers. Cette gaffe trahit éloquemment l’intention manifeste de la présidence de renvoyer les élections en vue de refroidir la chaleur du béton favorable au feu de paille du nouveau phénomène politique en gestation. Pour votre plus complète édification, soulignons qu’à peu de jours de la fermeture de la liste des Candidats, le Parti au pouvoir n’arrive pas encore à désigner son représentant. Comprenne qui pourra !

La mutation sociétale haïtienne en cours est de mauvais augures. Émile Durkheim soutient que ces cas rares et pathologiques ne peuvent durer sans danger. Selon John Locke ce sont les éléments de légitimation du pouvoir qui doivent être repensés. Vaut mieux emprunter à la fourmi son ingéniosité et sa détermination au travail au lieu d’écouter la cigale qui passe tout l’été à chanter. Les conséquences seront certainement fatales. A bien en juger, la crise politique haïtienne actuelle, favorable à la remontée du populisme stérile est particulièrement d’ordre communicationnel. Un cap dangereux pour Haïti.

Pour toute vérification nous reproduisons ci-dessous le texte de l’Arrêté présidentiel ou encore cliquez sur : http://www.jeansenatfleury.com/?p=1799

Le texte de l’ARRÊTÉ

Vu les articles 11, 12-1, 15, 16, 16-1, 16-2, 17,28,31,31-1,31-2,31-3,52-1,52-2,58,59,59-1, 88, 89, 90, 90-1, 91, 92, 94, 94-1, 94-2, 95, 95-3, 96, 130, 132, 133, 134, 134-1, 134-2, 134-3, 135, 136, et 191 de la Constitution ;

Vu la Loi Électorale du 9 juillet 2008 ;

Vu l’Arrêté du 18 janvier 2008 établissant les règlements généraux du Conseil Électoral Provisoire ;

Vu l’Arrêté du 16 octobre 2009 nommant les Membres du Conseil Électoral Provisoire ; Considérant qu’il y a lieu d’organiser les élections du Président de la République, du tiers du Sénat, des Députés, des Conseils Municipaux, des Conseils d’Administration des Sections Communales, des Assemblées des Sections Communales et des Délégués de Ville ;

Considérant qu’il y a. lieu d’organiser les élections pour tout autre poste vacant au Sénat de la République ;

Considérant qu’il convient également d’organiser les élections des Membres des Assemblées Municipales, des Membres des Assemblées Départementales, des Membres des Conseils Départementaux et des Membres du Conseil Inter-départemental ;

Considérant qu’il y a lieu, à cet effet, de modifier le mandat du Conseil Électoral Provisoire formé le 16 octobre 2009 ;

Sur le rapport du Ministre de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales, du Ministre de l’Économie et des Finances, du Ministre de la Justice et de la Sécurité Publique, et après délibération en Conseil des Ministres,

ARRÊTE Article 1.- Le Conseil Électoral Provisoire a pour mandat de :
Organiser les élections du Président de la République, du tiers du Sénat, des Députés, des Conseils Municipaux, des Conseils d’Administration des Sections Communales, des Assemblées des Sections Communales, des Délégués de Ville ;

Organiser les élections pour tout autre poste vacant au Sénat de la République ;

Organiser les élections indirectes des Membres des Assemblées Municipales, des Membres des Assemblées Départementales, des Membres des Conseils Départementaux et des Membres du Conseil Interdépartemental.

Ces élections seront programmées en tenant compte de l’établissement par le Parlement du cadre légal relatif à l’organisation et au fonctionnement des collectivités territoriales.

Article 2.- Le mandat des membres du Conseil Électoral Provisoire prendra fin avec l’épuisement de la mission définie à l’article 1 er du présent Arrêté.

Article 3.- Le présent Arrêté sera publié et exécuté à la diligence des Ministres de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales, de l’Économie et des Finances, de la Justice et de la Sécurité Publique, chacun en ce qui le concerne.

Donné au Palais National, à Port-au-Prince, le 24 juin 2010, An 207ème de l’Indépendance.








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